Tamara de Lempicka fait partie de cette poignée d’artistes dont le nom fait sensation à chaque apparition sur le marché des enchères. Son style Art déco au traitement rigoureux et indéniablement sensuel fascine les collectionneurs et fait grimper sa cote un peu plus à chaque vente, jusqu’à venir la placer parmi les dix artistes féminines les plus chères du monde.
C’est donc avec beaucoup d’anticipation que le marché se prépare à la vente de Jeune Hollandaise, une œuvre encore inédite aux enchères qui s'inscrit dans un contexte exceptionnellement rare. Présentée chez Rossini le 3 juillet prochain dans le cadre de sa vente « Art Moderne & Intérieurs contemporains », cette œuvre d’une grande importance historique et artistique est restée en mains privées depuis son achat à l’artiste dans les années 1940.
Le portrait Jeune Hollandaise témoigne du style chic et inimitable de l’artiste, qui a quitté sa Pologne natale pour rejoindre la France, avant de finir sa carrière aux États-Unis. Installée dans sa maison-atelier du 14e arrondissement de Paris à l’aube des années 1920, Tamara de Lempicka a su capturer l’énergie et l’effervescence des Années Folles comme peu de peintres avant elle, alliant sa carrière d’artiste avec un mode de vie « libéré et rebelle » qui a inspiré sa peinture.

Sa rencontre et son mariage en 1933 avec le baron austro-hongrois Raoul Kuffner marquent un changement de statut social pour la peintre, ce qui lui vaut le surnom de « Baronne au pinceau ». À l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, le couple émigre aux États-Unis, où Lempicka expose à de nombreuses reprises. Son œuvre, d’abord saluée pour ses portraits, s'oriente vers l'art abstrait et tombe progressivement dans l'oubli après le conflit.
Grâce à son parcours multiculturel entre exil et modernité, Lempicka a capté l'esprit de toute une époque en s’inspirant du maniérisme de la Renaissance et du néo-cubisme, dans une esthétique stylisée résolument américaine. Le corps de travail de Lempicka, qui a toujours étroitement contrôlé sa production, compte entre 300 et 400 peintures et a connu son apogée dès la fin des années 1920 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une période dont seule une centaine d’œuvres sont issues.

C’est précisément dans cette période d’excellence que s’inscrit Jeune Hollandaise, un portrait de 1941 figurant une femme assise sur une chaise, tenant entre ses mains un bol contenant trois œufs. Doté d’une composition géométrique rigoureuse, de volumes puissants et d’un chromatisme subtil, le tableau présente le traitement caractéristique de l’artiste, où la lumière donne aux visages et aux corps une présence presque sculpturale. Ce portrait à l'influence cézannienne, filtrée par l'élégance glacée de l'Art déco, trouve son équilibre entre un décor parsemé de lignes droites et un jeu de courbes dans les contours du corps et des textiles. On remarque, ici encore, la formidable capacité de Lempicka à peindre les femmes de manière sensuelle tout en laissant transparaître leur personnalité et leur force de caractère.
Comme l’a déclaré Rossini, « une à trois œuvres de cette qualité apparaissent chaque année à l'échelle mondiale, avec en moyenne une tous les 10 ans en France ». Dans un marché habituellement dominé par les Anglo-saxons, qui enregistrent l'essentiel des ventes millionnaires de l’artiste, l’apparition de cette œuvre représente un événement majeur au sein de l'Hexagone.

Jeune Hollandaise est non seulement une œuvre de grande qualité, mais aussi de grande importance historique, car elle a été choisie spécialement par l'artiste (parmi toute sa production en exil) pour la représenter au Salon d’Automne à Paris en 1944. À partir de là, sa provenance est limpide, puisqu'elle a fait l'objet d'un achat direct auprès de Lempicka par M. Louis Riz en 1947. Le tableau a également été représenté dans plusieurs ouvrages tels que Tamara de Lempicka de Gioia Mori et Furio Rinaldi (Fine Arts Museums of San Francisco and Museum of Fine Arts, Houston, Yale University Press, New Haven 2024, p. 232), La pittrice Tamara de Lempicka de Mandel Gabrielle (La Mandragora, Milan, 1957, p.4), ou encore Tamara de Lempicka de Marmori Giancarlo (Idea Editions, Milan, 1978, texte p.8).
Dans un état de conservation irréprochable, le tableau est resté dans la descendance de M. Louis Riz jusqu’à aujourd’hui et fait une entrée en fanfare aux enchères avec une estimation fixée entre 400 000 et 600 000 euros.
On connaît une autre version de ce portrait peinte vers 1957 et intitulée La Hollandaise II, qui est aujourd’hui conservée au musée de Lublin en Pologne.
Rossini aura l'honneur de présenter Jeune Hollandaise, qui a fait l'objet d'une expertise du cabinet Maket Expert (tenu par Michel et Raphaël Maket) le 3 juillet prochain. Écoutez Olivier Nuzzo, Directeur commercial de Rossini, et l'expert Raphaël Maket, parler de la découverte de l'œuvre ici.
Pour rappel, l'œuvre sera proposée dans le cadre de la vente « Art Moderne & Intérieurs contemporains », dont le catalogue comprend près de 250 lots. À ne pas manquer.
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