Présenté dans le rayon d’une friperie new-yorkaise tenue par l’association Habitat for Humanity, le croquis attendait son heure. En juin 2018, un collectionneur anonyme, dont on sait seulement qu’il est manutentionnaire d’art à temps partiel, entre dans la boutique et débourse quelques dollars pour un dessin représentant un femme nue allongée, tracée au crayon gris sur papier. Persuadé que le croquis est de la main du peintre autrichien Egon Schiele, auteur du Baiser et protégé de Gustav Klimt, il fait appel à Jane Kallir, directrice de la galerie St. Etienne à New-York et auteure du premier catalogue raisonné sur l’œuvre de l’artiste, pour faire évaluer le dessin.

« Nous recevons des centaines de photographies par an et la plupart sont des faux, des copies ou simplement des dessins identifiés à tort comme des œuvres de Schiele », avait confié l’expert.
Les premières photographies envoyées par le propriétaire étaient trop floues pour permettre à Kallir une évaluation convenable. Un an plus tard, après avoir reçu des clichés plus nets, l’expert a comparé le dessin avec d’autres œuvres de Schiele, avant de rendre son jugement à la chaîne américaine CNN : « Il correspondait parfaitement, je pouvais presque identifier la séance du dessin dont il provenait. Alors ma première intuition s’est confirmée ».
En trente ans d’expertise, c’est la première fois que Kallir identifie une œuvre à la provenance aussi unique : le dessin aurait été réalisé en 1918, année de la mort de l’artiste, le même jour que deux autres croquis où figure le modèle. La femme nue apparaît en dans une vingtaine d’œuvres de Schiele, pour la plupart conservées dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New-York et au musée Leopold, à Vienne.

Le dessin est aujourd’hui à vendre dans la galerie St. Etienne, et est actuellement exposé dans le cadre de l'exposition « The Art Dealer as Scholar », parmi d’autres œuvres de Schiele. Selon The Art Newspaper, le croquis pourrait valoir 100 000 dollars. Dans le cas d’une acquisition, le collectionneur anonyme a confié qu’il reverserait une partie du bénéfice de la vente à l’association Habitat for Humanity, qui a mis le dessin sur son chemin. L’organisation à but non-lucratif s’engage à offrir des logements décents aux communautés les plus démunies.


