Vibrante de couleurs, de textures et de voix différentes, nous sommes très fiers de présenter ces œuvres "de l'Afrique, pour l'Afrique, au monde".
Strauss & Co, la première maison de vente aux enchères d'Afrique, est ravie d'annoncer, le 28 février prochain, l’inauguration d’un nouveau format de vente comprenant des chefs-d’œuvre d'artistes modernes et contemporains précurseurs du continent africain. La vente Curatorial Voices: Modern and Contemporary Art from Africa, qui suscite déjà un intérêt international, sera composée de lots sélectionnés par un groupe de conservateurs de renom, tous issus d'importants centres d'art africains. Aux côtés de Strauss & Co, on trouve en effet Kimberley Cunningham, conseillère en art et fondatrice de Cunningham Contemporary en Afrique du Sud ; Valerie Kabov, historienne de l'art, critique et directrice de First Floor Gallery Harare ; Dana Endundo Ferreira, fondatrice et directrice générale de Pavilion54 ; Danda Jaroljmek, directrice de Circle Art Agency à Nairobi ; et Heba Elkayal, conservatrice indépendante et chercheuse basée entre Le Caire et Londres.

Parmi les points forts de la vente figurent des œuvres d'artistes éminents tels que Pierre-Christophe Gam, Cyrus Kabiru, Zanele Muholi, Simphiwe Ndzube, Thierry Oussou, Athi-Patra Ruga, Cinga Samson et Tafadzwa Tega. Pour mettre en avant le rôle de cette vente aux enchères panafricaine sur le marché, Kate Fellens, co-responsable de la vacation chez Strauss & Co, a déclaré : « L’objectif de cette nouvelle vente est de souligner l'importance d'une plus grande collaboration à travers l'Afrique. En travaillant ensemble, nous cherchons à renforcer l'infrastructure entre nous. Du Cap au Caire, de Lagos à Harare, pour que le marché de l'art africain se maintienne sur le long terme, ce type de collaborations de l'intérieur devient crucial. »
« Une grande partie de l'art africain est débattue et échangée dans les foires d'art et les ventes aux enchères européennes et américaines. Ce sont des lieux de rencontre incontournables pour l'art, mais nous voulons nous concentrer davantage sur les relations au sein du continent africain, et travailler de concert est très important », ajoute-t-elle. Selon Kirsty Colledge, autre responsable de la vente, « il y a une énergie palpable dans notre salle d'exposition au Cap, alors qu'une sélection passionnante d'œuvres provenant de tout le continent africain, d'artistes établis ou émergents, est réunie ». La vente, comme elle le souligne, est « vibrante de couleurs, de textures et de voix différentes. Nous sommes très fiers de présenter ces œuvres "de l'Afrique, pour l'Afrique, au monde”. »

Plusieurs conservateurs renommés, sans qui cette vente n’aurait pas vu le jour, ont accepté de s’entretenir avec Barnebys et de partager leurs idées sur le monde passionnant de la collection d'art africain moderne et contemporain. Dana Endundo Ferreira, de Pavilion54, nous a confié sa vision du marché actuel et ses prévisions pour l'avenir.
Barnebys : Selon vous, quelle est la place de l'art africain dans le marché de l'art mondial actuel ?
Dana Endundo Ferreira : Je vois toujours le marché de l'art africain comme un marché petit mais émergent. Il a encore un long chemin à faire, mais l'avenir semble prometteur. La collection d’œuvres d’art est étroitement liée à la richesse, ce qui explique l'entrée de la Chine sur le marché de l'art ces dernières années, et explique pourquoi les États-Unis dominent toujours le marché. Si l'on considère le continent africain, il y a des indicateurs forts : un nombre croissant de personnes fortunées et une urbanisation rapide. Le continent détient actuellement une richesse de 2 100 milliards de dollars, qui devrait augmenter de 38 % au cours des dix prochaines années. Selon la Banque africaine de développement, même dans l'environnement économique mondial actuel, l'Afrique devrait dépasser le reste du monde en termes de croissance économique au cours des deux prochaines années.
D'un autre côté, s'il est vrai que les musées occidentaux ont accueilli un nombre sans précédent d'artistes africains ces dernières années et que des foires d'art plus ciblées ont vu le jour à l’international, je pense que les voix des Africains et des afro-descendants commencent tout juste à être entendues, et ce pas seulement sous le prisme de l’Occident. Nous pouvons enfin raconter les diverses histoires de l’Afrique d'un point de vue différent, et non comme une seule entité homogène qui tiendrait dans le carcan du terme « art africain ». L'Afrique est immense et regorge de cultures, d'histoires, de groupes ethniques, de religions et de styles différents, y compris dans la diaspora. Nous n’en sommes qu’au début et avons tant à découvrir sur ce que l'Afrique et sa diaspora ont à offrir en matière d'art.
En outre, si quelques artistes bénéficient d'une reconnaissance internationale et voient leurs prix monter en flèche, la plupart des œuvres restent très abordables et les prix sont encore à la portée des collectionneurs, même les plus novices, ce qui montre que le marché de l'art africain doit encore faire ses armes. Nous sommes loin d'un marché arrivé à maturité.

L'intérêt et la demande pour l'art africain ont considérablement augmenté ces dernières années, mais comment faire en sorte que l'art africain se développe durablement, et pas seulement comme une tendance ?
Le développement de foires d'art telles que 1:54 et Art X Lagos, la construction de nouveaux musées tels que le Zeits MOCCA, et les maisons de vente aux enchères internationales ont largement contribué à susciter un intérêt global pour l'art africain. La prochaine étape consistera à mettre en place davantage d'infrastructures susceptibles d'apporter encore plus de visibilité aux artistes et à leurs œuvres, y compris sur le continent.
Nous savons que l'acquisition d'œuvres d'art sur le marché repose en grande partie sur la visibilité et la compréhension. Toute grande exposition rétrospective peut attirer un public plus large et contribuer à faire augmenter la demande, qui à son tour fera monter les prix.
C'est pourquoi je pense que les trois éléments suivants seront nécessaires pour construire un marché durable : l’infrastructure, l’éducation et la demande à l’échelle locale.

Travailler pour défendre le développement de la collection d'art africain est également la mission du commissaire d’exposition Serge Tiroche, un collectionneur d'art contemporain africain et fondateur d'Africa First, une plateforme qui soutient les talents émergents de toute l'Afrique. Voici ses propos.
Barnebys : Quel rôle un collectionneur individuel peut-il jouer pour améliorer le profil du marché de l'art contemporain africain et, au-delà de l'importance de soutenir financièrement ces artistes par le biais de la collection, quelles sont les choses à prendre en compte ?
Serge Tiroche : Un collectionneur peut jouer un rôle très important pour les artistes, sans forcément faire l’expérience des contraintes inhérentes aux rôles définis des conservateurs, galeristes, musées ou critiques.
En tant que collectionneur international ayant plus de 30 ans d'expérience dans toutes les facettes de l'industrie de l'art (outre le soutien économique que j'apporte aux artistes par le biais d'acquisitions, de commandes, de résidences et de prix) je peux également fournir des conseils impartiaux sur le développement d’une carrière, les prix et la représentation. Je suis également un ambassadeur viable de leur pratique auprès des conservateurs, des autres collectionneurs et des galeristes. J'assiste souvent à une hausse significative de la popularité d'un artiste une fois qu'il a été ajouté à notre collection et promu par notre réseau, lors d’expositions dans des galeries internationales et d’expositions pop-up, ainsi que dans des foires d'art à des moments stratégiques.
Africa First, que j'ai fondé en 2017, s'est donné exactement cette mission : être une plateforme qui peut offrir aux artistes émergents un soutien financier, une visibilité, des conseils et des opportunités de développement de carrière à l'échelle mondiale ; et, lorsque le moment est venu, servir de porte d'entrée aux marchés secondaires. Et surtout, rien de tout cela ne se fait au détriment du soutien traditionnel dont un artiste devrait bénéficier, bien au contraire, car nous chérissons la collaboration et nous nous épanouissons dans ce domaine.

Lors de notre entretien, Valerie Kabov, de la First Floor Gallery Harare, nous a confié que la collaboration entre toutes les institutions était un élément essentiel.
Barnebys : Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les conservateurs sur le continent, que ce soit par expérience personnelle ou collectivement ?
Valerie Kabov : Nos secteurs ne disposent pas de suffisamment d'espaces institutionnels indépendants ni de ressources suffisantes pour soutenir le développement de la recherche historique et des expositions. Actuellement, il n’est pas réellement possible de répondre aux besoins des secteurs artistiques locaux ou à la croissance des publics locaux. Les conservateurs se retrouvent souvent face à des situations difficiles lorsqu’il s’agit du financement, et considèrent souvent les espaces internationaux comme une option privilégiée. Nous devons développer des procédés qui rendent possibles de grandes expositions passionnantes et leur permettent de voyager à travers le continent. Pour résoudre ce problème, il faut toutefois relever les nombreux défis de la logistique d'interconnexion sur le continent, auxquels sont confrontés presque tous les secteurs de la culture et de l’économie.
Comment voyez-vous l'art africain évoluer dans les années à venir ?
Je pense que nous sommes dans une période charnière. L’intérêt international pour l’art contemporain du continent a finalement permis aux collectionneurs locaux de prendre conscience du talent qui se trouve à leur porte. C'est la chose la plus intéressante qui émerge à mon avis.
Quel serait votre principal « artiste à suivre » sur le continent ?
En tant que galerie axée sur les artistes émergents, j'ai un penchant pour nos artistes et l'art contemporain zimbabwéen en général. C'est une scène artistique unique et extrêmement riche, avec une quantité disproportionnée de talents compte tenu de la taille du pays. Les artistes que nous espérons voir s'établir sur la scène internationale dans les deux prochaines années sont Gresham Tapiwa Nyaude, Wycliffe Mundopa et Helen Teede. Ils bénéficient déjà d'un fort soutien des collectionneurs et de la critique et ont la maturité et la force de leur pratique pour devenir des stars dans un avenir proche.

Danda Jaroljmek, de Circle Art Agency (Nairobi), défend également l'idée que la création d'un marché de l'art durable est essentielle. « Notre intention est de créer un marché de l'art solide et durable pour les artistes d'Afrique de l'Est. Grâce à des expositions collectives et individuelles et à la participation à des foires d'art internationales, la galerie a augmenté la visibilité des artistes établis et émergents, tant au niveau international que national ».
Barnebys : Il semble que développer le réseau actuel de collectionneurs d'artistes africains soit d'abord un travail qui nécessite de cultiver, d’éduquer et de promouvoir. Comment trouvez-vous l’équilibre dans ce rôle ?
Danda Jaroljmek : Étant donné que nous venons d'un milieu à but non-lucratif, lorsque nous avons créé Circle Art Agency, la motivation est restée la même : donner une chance aux artistes, en faisant parfois passer cette chance avant la sécurité financière.
Quelle a été votre approche pour organiser des ventes aux enchères qui encouragent l'investissement dans l'art est-africain ?
Plusieurs choses : trouver un équilibre entre le moderne et le contemporain, s'assurer que l'ancienne génération n'est pas oubliée, et représenter le plus équitablement possible les œuvres de toute la région (du Kenya à l'Ouganda, en passant par la Tanzanie, l'Éthiopie et le Soudan). Il faut également s'assurer qu'il existe une bonne gamme de prix pour encourager les jeunes ou les nouveaux collectionneurs, ainsi que ceux qui savent déjà quels artistes les intéressent. Enfin, il est absolument essentiel de passer beaucoup de temps à discuter avec les enchérisseurs potentiels et à les conseiller pour leur offrir une meilleure compréhension de l’art depuis les années 1960 jusqu'à nos jours.

Heba Elkayal, conservatrice indépendante et historienne de l'art, a également collaboré avec Strauss & Co. Pour elle, « il est grand temps que les artistes africains présentent, exposent et vendent leurs œuvres côte à côte dans une maison de vente aux enchères africaine ». La mission d'Heba est principalement dédiée à la présentation d'œuvres d'artistes égyptiens qui séduisent un nouveau public de conservateurs et de collectionneurs.
Barnebys : Comment percevez-vous le dialogue entre les artistes égyptiens contemporains avec le reste du continent ?
Heba Elkayal : La conversation actuelle n'est pas aussi forte ou dynamique qu'elle pourrait l'être. Malgré les efforts de Nasser pour pousser les Égyptiens, sur le plan spirituel et émotionnel, vers un mouvement panafricain dans les années 1950 et 1960, tout a été inversé dans les années qui ont suivi en raison du climat politique égyptien, qui a évolué vers une préférence de politique étrangère pour les États-Unis et l'Europe. Aujourd'hui, les Égyptiens aspirent à dialoguer avec d'autres pays et artistes sur le continent, car ils reconnaissent qu'ils ont plus en commun, en termes d'histoires politiques respectives et de réalités sociales. Ils reconnaissent également que, sur le plan esthétique et artistique, les artistes du continent s'efforcent de créer des identités artistiques vernaculaires et y parviennent, ce qui constitue une proposition artistique bien plus intéressante que ce qui se passe ailleurs. Un canon d'art africain moderne et contemporain s'est formé et continue de s'étendre, ce qui est bien plus intéressant pour de nombreux artistes égyptiens que d'essayer d'être reconnus par le public et les conservateurs à l'étranger (qui partagent très peu de choses intellectuellement et culturellement avec les artistes égyptiens).
Parlez-nous de certains des artistes que vous avez sélectionnés pour cette édition, quels sont les principaux thèmes explorés ?
L'identité dans ses multiples itérations et facettes, qu'il s'agisse de l'identité collective du peuple égyptien en période de bouleversements politiques et de printemps arabe, ou de l'individu qui tente de mieux comprendre sa propre identité face aux attentes imposées par les mœurs de la société égyptienne. Tandis que Weaam El Masry explore ce que signifie être une femme dans la société d'aujourd'hui et de remettre en question les limites et les forces (souvent très oppressantes) auxquelles les femmes sont confrontées quotidiennement, Ibrahim Ahmed se concentre également sur la question de la masculinité qui a été imposée aux hommes par la société, ainsi que sur la toxicité de ces idées et leur impact sur les jeunes hommes. Bien que le travail de Nermine Hammam se focalise davantage sur un élément plus interne de l'identité dans la sphère spirituelle, ces œuvres sont politiques et portent des déclarations et des messages politiques forts.

Curatorial Voices: Modern and Contemporary Art from Africa se tiendra le mardi 28 février. Comme l'a déclaré Bina Genovese, directrice générale de Strauss & Co : « La vente aux enchères présentera au public des œuvres d'artistes africains renommés à un moment où Le Cap, capitale mondiale de l'art, est au centre de l'attention. Grâce à nos compétences dans le secteur de l'art d'Afrique australe, d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord, je ne doute pas que cette nouvelle vente élargira le dialogue entre les artistes et les collectionneurs de tout le continent africain et au-delà, et offrira des possibilités de communication entre les professionnels du monde de l’art ».


