La toute première des cinq versions du Cri de Munch, actuellement conservée au Musée National de Norvège, comporte une petite inscription en norvégien connue de longue date des experts. Logée dans le coin supérieur gauche, presque imperceptible dans la nappe de ciel chatoyante qui se décline à l’arrière-plan, la phrase « Ne peut avoir été peint que par un fou ! » a été ajoutée au crayon quelques années après la création de la toile.
Si les experts avaient d’abord émis l’hypothèse d’un acte de vandalisme, peut-être le legs d’un spectateur indigné au tournant du XXe siècle, une analyse infrarouge vient de révéler que l’auteur de la phrase ne serait autre que l’artiste lui-même.

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En effet, les techniques de la technologie infrarouge et de l’analyse graphologique ont permis aux experts d’examiner soigneusement l’inscription, mot par mot puis lettre par lettre, pour la comparer aux autres écrits connus du peintre (notamment ses lettres et ses carnets). « Il ne fait aucun doute que l’inscription est celle de Munch », a affirmé la conservatrice Mai Britt Guleng dans un communiqué diffusé par le musée ce lundi. « L’écriture et les événements qui ont suivi le moment où Munch a montré le tableau pour la première fois en Norvège vont dans le même sens ».
Cette version du Cri a été exposée pour la première fois en Norvège en octobre 1895, suscitant des critiques acerbes de la part du public et des historiens. Après avoir vu l’exposition, le critique d'art Henrik Grosch a notamment écrit qu’il n’était plus possible de « considérer Munch comme un homme sérieux avec un cerveau normal ». La mauvaise réception de l’œuvre aurait non seulement altéré la santé mentale du peintre mais l’aurait aussi, selon les récentes découvertes, poussé à griffonner l’inscription désobligeante sur la toile.

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Munch avait, au même titre que son père et sa sœur, une santé mentale fragile et a été placé dans un établissement psychiatrique en 1908 à la suite d’une dépression nerveuse. Le peintre norvégien, auteur de l’œuvre qui symbolise aujourd’hui l’angoisse inhérente à l’espèce humaine, aurait-il donc repris les mots de la critique, ou souhaitait-il confesser sa propre détresse psychologique ?
« En écrivant cette inscription dans les nuages, il a pris possession, d'une certaine manière, ou il a pris le contrôle de la façon dont il devait être perçu et compris » a confié Mai Britt Guleng. « Nous n’arrêterons jamais de faire des recherches sur Edvard Munch et ses œuvres d'art. Chaque fois que nous nous posons de nouvelles questions, de nouvelles réponses et perspectives émergent ».
La présente version de l’œuvre a été volée en 1994, le jour de l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Lillehammer, avant d’être retrouvée quelques mois plus tard. Elle sera de nouveau exposée en 2022, lors de l’ouverture prévue du futur Musée national de Norvège, qui regroupera les collections de plusieurs établissements.
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