Après avoir publié un recueil de chansons et un livre de recettes, le savant, médecin et humaniste nurembergeois Hartmann Schedel (1440-1514) s’est attaqué à un nouvel ouvrage : une sorte de chronique universelle encyclopédique incluant des histoires de plusieurs villes européennes. Un projet ambitieux qui a été financé par les deux commerçants Sebastian Kammermeister et Sebald Schreyer.
Schedel avait pour but de raconter l'histoire du monde, une histoire illustrée commençant à la Création jusqu’aux années 1490. Les textes, basés sur la Genèse, suivent la décomposition traditionnelle médiévale de l'histoire du monde en sept âges.

L’imprimeur et éditeur Anton Koberger, l’un des plus importants d'Allemagne de la fin du XVI siècle, a permis l’impression d’un nombre sans précédent de 1 809 illustrations, faisant de La Chronique l'un des livres les plus techniquement avancés de l’époque.
Le peintre, dessinateur et graveur sur bois Michael Wolgemut et son beau-fils Wilhelm Pleydenwurff, également basés à Nuremberg, ont été sollicités pour réaliser les gravures de l’ouvrage (la commande s’élevait à 1 000 florins). Wolgemut et ses employés, dont son élève Albrecht Dürer (qui a probablement contribué à l'élaboration de certaines illustrations), ont exécuté 645 blocs gravés sur bois grâce auxquels les illustrations furent ajoutées à l'ouvrage en 1809.
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Parmi les visuels figurent des vues de villes, une carte du monde et une carte de l'Europe, ainsi que des illustrations qui offrent un aperçu intéressant du monde quotidien à la fin du XVe siècle.
L'ouvrage, écrit en latin par Schedel et traduit en allemand par Georg Alt, a finalement vu le jour dans l’atelier de Koberger en 1493. L'ouvrage de 656 pages était alors disponible en deux versions : une impression en noir et blanc non reliée et une édition plus travaillée, reliée et colorée à la main.
Le 11 décembre dernier, un exemplaire en latin relié et coloré a été présenté chez Bonhams à New York. L'estimation de 200 000 à 300 000 dollars a été largement surpassée avec une adjudication de 437 813 dollars (357 319 euros), soit le montant le plus élevé jamais déboursé aux enchères pour l’édition latine de ce rarissime incunable.

Ian Ehling, responsable des livres chez Bonhams à New York, a déclaré : « C’est un exemplaire très rare de l’un des premiers travaux d’impression les plus importants et les plus ambitieux de l’histoire. La Chronique, conservée ici avec sa reliure originale et ses illustrations colorées à la main, a déclenché sans surprise une bataille d'enchères en ligne et par téléphone. Ce nouveau record mondial témoigne de la beauté et de l'importance du livre. »
Les exemplaires de l'édition latine se comptent entre 1 400 et 1 500 exemplaires, et seuls 400 ont survécu jusqu’à aujourd'hui. L’édition allemande de La Chronique a été publiée en plus petit nombre : un exemplaire allemand imprimé par Koberger en 1493 s’était envolé à 541 250 livres sterling (660 866 euros) chez Christie's à Londres en 2010.
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