On les retrouve fréquemment, dans l’histoire de l’art, mais beaucoup ignorent encore d’où sont tirées ces scènes rocambolesques où des personnages s’empilent les uns sur les autres pour former des figures complexes. Ces tableaux ne sont ni inventés, ni tirés des écrits mythologiques, ils représentent Le Forze d’Ercole, une véritable tradition qui a pris racine au carnaval de Venise il y a des siècles.

Les origines du carnaval de Venise sont difficiles à établir de manière précise. On estime qu’il a commencé au XIIe siècle, pour se développer et s’enrichir jusqu’au XVIIIe siècle. À certains moments de l’histoire, le carnaval finira par être célébré pendant près de six mois. D’octobre à Noël, de la Saint-Etienne jusqu’au carême, le jour de la Saint-Marc, ou encore lors de la Sensa, toutes les occasions étaient prétextes aux déguisements et aux fêtes grandioses.
De grandes attractions ont émergé pour divertir un public toujours plus exigeant, telles que le Vol de l’Ange, la Mauresque, les courses de taureaux et d’ours, ou encore les théâtres de marionnettes. Parmi elles, Le Forze d’Ercole (Les forces d’Hercule ou Les travaux d’Hercule), consistaient en d’incroyables pyramides humaines qui opposaient les deux clans rivaux de la Sérénissime, les Nicolotti et les Castellani.

Les figures les plus étranges étaient effectuées et portaient des noms très représentatifs comme la Fondamenta dei Pensieri (le Quai des Pensées), ou Allegoria della fama (Allégorie de la gloire). Les deux factions vénitiennes tentaient ainsi de se surpasser dans des démonstrations publiques de force et d'habileté. Les Castellani (habitants des quartiers du Sestiere di Castello, San Marco et Dorsoduro), portaient des casquettes rouges, et les Nicolotti (habitants de Dorsoduro, près de l'église de San Nicolo dei Mendicoli), des noires.
Le Forze d’Ercole célébraient la dextérité et les prouesses vénitiennes lors de la prise d'assaut des murs, en l’an 1162, par le doge Vitale Michiel II sur Ulrico, Patriarche d’Aquilée. Aujourd’hui, on peut assister à des spectacles de rue inspirés des anciennes cérémonies comme Le Forze d’Ercole, mais sans prouesses dangereuses.

Le thème de ces drôles de compétitions, dépeintes tantôt sur un fond neutre tantôt devant un public, semble s’être popularisé parmi les peintres du XVIIIe siècle. On retrouve ainsi, outre des œuvres de l’École vénitienne, des tableaux signés par des artistes comme Balthasar Nebot (actif entre 1729 et 1765) ou Francesco Guardi (1712-1793).
Retrouvez plus d’articles sur l’histoire de l’art sur le Magazine Barnebys !




