Il aura fallu un certain temps pour que l’esprit collectif considère les arts décoratifs comme un art véritable. D’abord uniquement vu comme des objets témoins de l’Histoire, le mobilier, la céramique, la verrerie, comme bien d’autres, ont réussi à se hisser au rang d’objets d’art. Ainsi, lors de sa vente du 31 mars, ce sont les arts décoratifs du XXe siècle que la maison ARP vous propose de redécouvrir au travers de plusieurs objets d’exception.
Romain Monteaux-Sarmiento, Directeur associé et Responsable de la communication et du marketing chez ARP, nous confie que le fil rouge de cette vente, « c'est de montrer une sélection d'objets élégants et représentatifs de leur époque ». On retrouve, dans le catalogue de cette vente, quelques grands noms de la céramique française (Madoura, McKirdy, Lurcat, Chambost ou encore Capron), du mobilier expérimental, mais aussi un étonnant travail de l'artiste Roberto Giulio Rida réalisé à partir du réemploi de bloc de verre Venini des années 1930. Pour ce qui est de l'Art déco, une belle collection de pâte de verre (Argy-Rousseau, Walter et Bergé...) se démarque. « Les amateurs éclairés recherchent l'originalité des sujets, des gammes de couleurs, ce qui les intéresse, c'est le contraste et l'intensité marqués par celles-ci, axe ici dans cet ensemble privilégié par notre collectionneur », a déclaré Rémi Lambert, responsable de la vente.

Commençons ce tour d’horizon avec le mobilier. Un bureau triangulaire des années 1950 et de facture italienne retient notre attention. Son design élégant mélange différents matériaux, le tripode en bois laqué ivoire est décoré de hauts sabots en laiton. Le plateau est en placage de noyer, dont la ceinture laquée noire avec jonc en laiton rehausse les tons chauds du bois. La lampe de bureau est par ailleurs intégrée à la structure en laiton. C’est un superbe objet au charme indéniablement rétro et moderne.

Une poignée de pièces du catalogue a été conçue par un grand créateur du XXe siècle : Gio Ponti. Architecte, peintre, auteur, designer, cet homme aux multiples casquettes est une figure majeure du renouveau du design italien d'après-guerre. Sa carrière a été prolifique, autant en tant qu’architecte que designer. Cette grande table basse en merisier a été revisitée par l’artiste plusieurs fois au cours de sa carrière, devenant ainsi un modèle classique. Ici, le bois est sublimé, grâce au plateau en verre laissant apparaître la charpente croisée de la table.

Dessiné par Gio Ponti pour le transatlantique Conte Grande et édité par Cassina, ce grand canapé cinq places des années 1950 a quelque chose d’iconique. Il est d’une apparente simplicité, une touche de vert rehausse le blanc et souligne la forme en arc de cercle. Les pieds fuselés sont en noyer. Ce canapé rappelle en tout point l’esthétique des années 1950 et pourtant, grâce à son design épuré, il pourrait tout à fait intégrer un intérieur moderne.

Autre article de mobilier italien, cette banquette (environ 1971) a été réalisée par le Studio di Architettura Sei A, dont faisaient partie plusieurs grands créateurs italiens de l’époque. Cette banquette, au design à la fois étrange et inédit, se dénote au sein du catalogue. Le design laisse deviner la mécanique que renferme l’objet : en effet, la banquette est articulée et motorisée, elle forme une chaise longue dont l’inclinaison est réglable.
Autre rareté, le fauteuil « Arcata » dessiné par Gae Aulenti et édité par Poltronova, qui fait la couverture du catalogue.

Les collectionneurs pourront retrouver des vases aux designs uniques ainsi que des sculptures, comme cette œuvre réalisée par François-Xavier Lalanne et éditée par Artcurial, une pièce aussi originale que recherchée. En terre chamottée, la surface scarifiée donne à la matière une apparence étrange, organique. L’extérieur du vase est émaillé noir, tandis que l’intérieur est émaillé bleu, créant un contraste frappant. Ce gallinacé ne passera pas inaperçu. Dans un autre registre, la sculpture de Kristin McKirdy évoque également une forme particulière et ce de manière saisissante : la silhouette féminine est aussi sensible qu'énigmatique.

Pour clore ce tour d’horizon, la veilleuse « La Coupe Fleurie » de Gabriel Argy-Rousseau force l’admiration. Datée de 1923, elle a été réalisée en pâte de verre aux couleurs chaudes et rassurantes, dont du violet, de l’orange, du rose, rouge, et noir. Cet objet regorge de détails, il représente une corbeille au décor en bas-relief et débordant de fleurettes. C’est un objet remarquable qui rappelle le savoir-faire incroyable de son créateur : Gabriel Argy-Rousseau était en effet un sculpteur, céramiste et maître verrier qui a grandement participé à la reconnaissance de la pâte de verre comme un art décoratif majeur du XXe siècle.
Ce catalogue habilement constitué, dont les lots sont aussi qualitatifs qu'originaux, nous emmène à travers les multiples disciplines du domaine des arts décoratifs. Leslie Marson, commissaire-priseur en charge de cette vacation, attire également notre attention sur « les miroirs et luminaires de Rida pour leur esprit radical voir cinétique », la jardinière d'Henri-Léon Charles Robalben « qui aurait sa place au Petit Palais ou au musée d'Orsay », ou encore le cabinet moderniste de Giorgio de Ferrari. « Jean-Jacques Wattel, en charge de cette vente, a choisi des objets emblématiques de leur époque et avec lesquels nous avons envie de vivre aujourd'hui », conclut-elle. Rendez-vous le 31 mars à 15 h, au 174 rue du Faubourg Saint-Honoré.


