Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa, voit dans ce 68e chapitre un « retour aux sources » pour un public multigénérationnel, dont le nouveau lieu (Brussels Expo au nord de Bruxelles) n'a perturbé en rien leur expérience. Soixante-cinq mille visiteurs, collectionneurs, conservateurs de musées, décorateurs ou amateurs d’art, se sont déplacés des quatre coins de l’Europe, mais aussi du Japon, du Mexique, ou encore des Etats-Unis, pour découvrir la foire.
Une foire dont la thématique cette année mettait à l’honneur l’Art nouveau, comme un hommage fait à la Belgique dont l’une des stars nationales, Victor Horta, est à l’origine de l’Hôtel Tassel à Bruxelles (1892), considéré comme étant la première maison Art nouveau jamais construite.

La BRAFA : un état d’esprit
La BRAFA qui voit le jour à Bruxelles en 1956 est l’une des foires d’art les plus anciennes au monde et correspond à un certain état d’esprit. On peut voir la BRAFA un peu comme une communauté de marchands et de visiteurs dont le point commun réside dans le goût des belles choses, toutes époques confondues. À la BRAFA, on trouve de tout et de partout ! Art d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie, Art européen, art ancien, art moderne, art contemporain…
Un éclectisme qui pourrait faire penser au positionnement de la TEFAF, le tout avec un agencement bien plus surprenant que le prestigieux salon de Maastricht dont les allées sont définies par secteurs, comme les tables d’une encyclopédie. La BRAFA, dont le nom évoque son attachement à la capitale belge aurait également pu se positionner à l’instar de sa grande soeur hollandaise qui s’est exportée à New York. Mais le salon garde les pieds sur terre et préfère conserver son inspiration nationale et son ambiance festive proposant des œuvres de qualités pour des prix accessibles. « La BRAFA reste une foire, pas un musée » explique Harold t’Kint de Roodenbeke.

Que fallait-il voir à la BRAFA 2023
Cette année, le design fut très apprécié. Notamment l’escalier rouge de 1971 du français Georges Ferran, réalisé pour Axe, en mousse de polyester, acier et laque présenté par la galerie hollandaise Morentz. D’autres œuvres monumentales ont également marqué les esprits comme l’immense tableau « Untitled » de 1978 de Sam Francis, mesurant près de 4m sur 5m, présenté par la Guy Pieters Gallery. On remarquait également une jonction de six panneaux de 1981-4, de James Rosenquist, de 2 mètres sur 7 à admirer sur le stand de la Galerie Jean-François Cazeau. À peine moins grand, les visiteurs ne pouvaient pas rater le magistral relief de Damien De Roubaix à la galerie Nosbaum Reding. Les amateurs d’art moderne pourront reconnaître la résonance de cette œuvre du nom de Garage Days Re-Re-visited (2019) avec le tableau Guernica réalisé en 1937 par Pablo Picasso.

Qu’est ce qui s’est bien vendu ?
Depuis quelque temps, on remarque une belle évolution vers l’art moderne et contemporain, une catégorie qui marche très bien à la BRAFA comme en témoignent les excellents résultats de cette année. Les nouveaux participants dans ce domaine, notamment, enregistraient de belles performances. La parisienne Dina Vierny par exemple, avec seulement deux éditions à son actif, cédait un tiers de son stand, incluant un bronze d’Aristide Maillol ayant appartenu à Raoul Dufy, Ève à la pomme. Le nouveau participant, Samuelis Baumgarte, qui dédiait son stand à Miro et Calder, cédait quant à lui un mobile de ce dernier, Twisted tail, de 1968, pour plus d’1 million d’euros.

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Du côté des habitués, La Galerie de La Présidence réalisait sa meilleure édition avec la vente d’œuvres de maîtres tels Signac, Vasarely ou encore Bissière. Harold t’Kint de Roodenbeke se séparait d’un très bel Hans Hartung de 1982 ainsi que d’une sculpture en bronze de Georges Minne de la fin des années 1930. Selon lui, on pouvait noter un réel engouement pour les artistes du mouvement Cobra.
Côté art du XXème siècle, la Maison Rapin vendait une console, exemplaire unique, Orione sideboard, de Roberto G. Rida, réalisée en 2017 pour 120 000 euros. Gokelaere & Robinson cédait une table d’Ado Chale en résine, années 70, ainsi qu’une série de sculptures en bronze d’Anton Prinner.
Du côté de l’art contemporain, les artistes asiatiques furent particulièrement appréciés. La Boon Gallery se séparait d’une œuvre du Coréen CHUN Kwang Young de 2007 pour environ 120 000 euros. La galerie Taménaga, installée en France et au Japon, vendait plusieurs œuvres de « ses artistes » japonais tels que Takehiko Sugawara et Miharu pour 30 000 euros pièce.

Du côté des artistes contemporains occidentaux, la galerie Guy Pieters cédait une œuvre de Christo, The Mastaba (Project for the U.A.E, 1979) ainsi qu’une sculpture monumentale, Three hearts on the rocks (2002), de Jim Dine, chacune à 750 000 euros. Très beau succès enfin pour Samuel Van Hoegaerden dont le stand dédié à l’artiste belge, Pierre Alechinsky a très bien marché !
Parmi les ventes d’objets d’Art d’Afrique et d’Océanie, Serge Schoffel cédait à un collectionneur anglais une « poterie cérémonielle » de l’époque précoloniale pour quelques milliers d’euros. Ce dernier ayant pour projet d’offrir l’objet au musée de Kampala. Toujours chez Schoffel, un grand totem en bois sculpté Nyamusa trouvait immédiatement preneur pour 25 000 euros.

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La galerie Claes quant à elle cédait dès le premier soir une panthère Edo du Bénin en bronze, fin XIXe siècle et réalisa par la suite une dizaine d’autres ventes allant de 12 000 à 40 000 euros ainsi que sept photos de l’artiste belge d’origine béninoise Fabrice Monteiro.
De belles ventes sont à noter également du côté de la Haute époque et de l’Art ancien. Un tondo Renaissance en marbre de l’artiste Domenico Gagini trouvait preneur pour 40 000 euros chez Dei Bardi Art.
Du côté de l’art ancien, Klaas Muller, vendait au Scheepvaartmuseum d’Amsterdam, un tableau du peintre hollandais Hieronymus Van Diest (La Haye, 1631-1673), intitulé Zicht op Den Briel.

De beaux résultats également pour l’orfèvrerie. La galerie Bernard De Leye, spécialisée dans cette catégorie vendait un rafraichissoir Vienne de 1782. Enfin la Pendulerie cédait un important lustre à huit lumières en bronze attribué à Pierre-Philippe Thomire, époque Empire, ainsi qu’un rare pendule de cheminée en bronze doré à l’or bruni, Paris, Époque Empire - Restauration, signée ‘Breguet Neveu et Cie.
Une édition 2023 donc très réussie dont il ne faudra pas oublier de mentionner les efforts environnementaux. Par exemple, l’intégralité des moquettes de la foire provenaient de la société danoise Ege Carpets qui recycle les déchets océaniques en tapis.
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