Le dessin de Michel-Ange et la couleur de Titien.
Le Tintoret est né sous le nom de Jacopo Comin en 1519 à Venise. La profession de son père, un teinturier de tissus, lui vaut son surnom de « Tintoretto », qui en italien signifie « petit teinturier ». Il démontre un talent artistique rare dès son plus jeune âge, ce qui motive son père à l’envoyer travailler dans l’atelier du plus grand maître de l’époque, Titien. Cependant, peut-être parce que Titien reconnaît tout de suite en lui son immense talent, le jeune homme est libéré du studio après seulement 10 jours. Dès lors, le Tintoret est largement autodidacte, étudiant les sculptures de Michel-Ange et la façon dont elles capturent le corps humain de façon réaliste dans divers états de mouvement, en y incorporant l’utilisation lumineuse de la couleur qu’il admire tant chez Titien. Plus tard, dans son propre atelier, il inscrit sur le mur, « Le dessin de Michel-Ange et la couleur de Titien » pour inspirer sa démarche artistique.
Alors qu’il atteint la vingtaine, le Tintoret obtient des commissions et bâtit sa réputation grâce à des pratiques commerciales et promotionnelles avisées : il donne gratuitement des œuvres d’art, établit des prix avantageux pour ses commissions et termine des projets d'envergure avec une rapidité remarquable. Il acquiert le surnom « Il Furioso » (« Le Furieux ») pour ses méthodes de peinture intenses et sa forte personnalité, qu’un tiers décrit comme « un seul grain de poivre qui domine le goût d’un plat entier ».

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Les thèmes du Tintoret sont majoritairement inspirés par la mythologie grecque et romaine, les scènes bibliques et les légendes chrétiennes. La qualité narrative de ses peintures à l’huile, malgré leur goût pour les traits dramatiques et inachevés, est soigneusement planifiée et organisée par l’artiste à l’aide de croquis avant de les poser sur toile.

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Bien que les œuvres les plus célèbres du Tintoret soient ses scènes mythologiques et chrétiennes, il était aussi un très bon portraitiste. Quoique Titien, de 30 ans son aîné, disposait d’une plus grande renommée, ses fréquents voyages pour se charger de commissions à travers l’Europe et le Saint-Empire Romain ont rapidement laissé au Tintoret la place de maître dans sa ville natale. Le Tintoret peint les portraits des principaux dirigeants et citoyens de Venise et crée des œuvres qui cimentent le pouvoir des familles dynastiques de la ville. Son style révèle une maîtrise magistrale du clair-obscur (le contraste entre les tons clairs et foncés), des couleurs riches et un rendu exquis de la torsion du corps et des détails du visage.

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L’un des sujets les plus répétés par le Tintoret est la Dernière Cène, dont il réalise neuf versions différentes tout au long de sa vie. Il reçoit des commandes dans toute la ville, allant des murs des confréries aux retables d’église en passant par l’intérieur du Palais des Doges, la résidence du chef suprême de Venise située au bord du canal. Après qu’une œuvre majeure du Palais des Doges fut détruite dans un incendie en 1577, un concours pour un nouveau tableau est annoncé. C’est Véronèse, l’un des trois grands artistes de Venise avec Titien et le Tintoret, qui remporte d’abord la commande avant de mourir d’une infection peu de temps plus tard. La commission est alors attribuée au Tintoret.

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Pour cette œuvre, il produit un dessin à l’huile élaboré montrant Jésus couronner Marie comme Mère de Dieu, entourée d’anges, d’âmes sauvées et de chérubins. Cependant, le chef-d’œuvre final est exécuté principalement par son atelier, qui inclue trois de ses enfants. Il s’étend sur 24 mètres de long, la plus grande peinture à l’huile jamais réalisée. Le plus petit croquis, maintenant au Louvre, est un triomphe en lui-même, réalisé entièrement de la main de maître du Tintoret, avec des centaines de figures détaillées virevoltant, flottant, s’embrassant et s’élançant dans le ciel.

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Le couronnement de la carrière du Tintoret fut cependant l’opportunité de décorer l’intérieur de la Scuola di San Rocco, une confrérie de Venise. À l’époque, de telles institutions s’apparentaient à des cercles sociaux pour chrétiens, qui y contribuaient par des cotisations importantes et en les incluant dans leurs testaments, permettant ainsi à ces confréries d’accumuler de grandes richesses. Le Tintoret commence à produire des œuvres pour la confrérie en 1560 et continue jusqu’à sa mort. La San Rocco est souvent appelée la chapelle Sixtine du Tintoret, avec plus de 40 de ses œuvres ornant les murs et les plafonds.
Vers la fin de sa vie, le Tintoret peint son dernier autoportrait, dans lequel il représente son visage marqué, sa barbe grisonnante et son regard solennel. Edouard Manet décrit ce tableau comme « l’une des plus belles peintures du monde ». Il est terminé en 1588, avant que le peintre ne commence à travailler sur son magnum opus, le Paradis, après quoi il se retire largement du monde artistique. En 1594, il décède à l’âge de 75 ans.

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Le grand maître Tintoret a insufflé à l’art de la fin de la Renaissance un sens du drame, de la couleur, du mouvement, de l’expression et une qualité réaliste qui deviendra la marque de fabrique de futurs mouvements comme le baroque et le maniérisme. Sa mise en scène sensible a élevé la peinture à un genre presque théâtral et permet d’explorer les façons dont un récit est diffusé par le mouvement, la couleur et la composition.










