Le style néo-classique
Le style néo-classique, qualifié également de style Louis XVI, incarne la modernité dans l’Europe de la fin du XVIIIe siècle. S’opposant au style « rococo », qui accumule les formes organiques ( « ro » venant de « rocher » ) et les riches ornementations ( « coco » venant de « barroco », baroque en portugais), le néo-classicisme prône le retour à la rigueur morale et le stoïcisme sur le modèle de l’antiquité grecque. La production artistique sous le règne de Louis XV est alors jugée frivole et l’Athènes vertueuse de Praxitèle et de Périclès est glorifiée. Les formes sont logiques, équilibrées, et les lignes droites, épurées. Les courbes sont conservées, mais viennent seulement supplanter les structures droites et symétriques comme ornementations décoratives. Ce courant coïncide avec les idées des lumières et les idéaux politiques révolutionnaires : la recherche d’un monde juste dirigé par les lois immuables de la raison et de l’équité. Encouragés par l’important support financier de puissants mécènes, et résultant des découvertes de sites archéologiques en Italie dans la région de Naples, les arts décoratifs connaissent une effervescence hors du commun dans cette seconde partie du XVIIIe.
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Arts décoratifs et pendules de style néoclassique
Par exemple les bronzes d’ameublement, incluant les pendules. À partir du règne de Louis XVI, les modèles de pendule les plus luxueux sont agrémentés de plaques de porcelaine polychrome réalisées à la Manufacture royale de Sèvres comme on peut le voir sur cette exceptionnelle pendule de cheminée exposée à La pendulerie, une enseigne spécialisée dans les horloges anciennes d'exception. Le marchand Daguerre qui alors a le monopole des commandes des pendules de luxe fait intervenir les meilleurs artisans du moment, incluant l’émailleur Georges-Adrien Merlet, l’horloger Renacle-Nicolas Sotiau et les bronziers François Rémond (vers 1747-1812) et Pierre-Philippe Thomire (1751-1843).
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Renacle-Nicolas Sotiau, « Horloger de Monseigneur le Dauphin »
Cette pendule de cheminée en bronze finement ciselé et doré, et plaques de porcelaine de Sèvres illustre parfaitement la mode néo-classique française de cette époque. Conçue par Renacle-Nicolas Sotiau en collaboration avec les artisans cités plus haut, il n’existe que trois exemplaires de cet objet d'art, tous détenus par de grands collectionneurs européens. Les créations de Renacle-Nicolas Sotiau sont très populaires à l'époque. L'horloger conçoit des mouvements de pendules, chefs-d’œuvre d’élégance et de perfectionnement pour les plus grands collectionneurs, notamment des membres du haut clergé et de grands financiers.
L’horloger crée également de somptueuses pièces pour le prince Régent d’Angleterre, futur roi George IV, ainsi que pour Mesdames de France, tantes de Louis XVI, et pour la reine Marie-Antoinette. Ce savoir-faire lui vaut d'ailleurs le surnom d’ « Horloger de Monseigneur le Dauphin », fils aîné de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Aujourd’hui, les créations de Renacle-Nicolas Sotiau sont principalement conservées à la Walters Art Gallery de Baltimore, à la Frick Collection à New York, dans la collection Huntington à San Marino et au Musée national du Château de Versailles.
La caisse en bronze doré peut être attribuée soit à François Rémond (vers 1747-1812), soit à Pierre-Philippe Thomire (1751-1843), deux des plus importants bronziers parisiens du temps avec lesquels Daguerre collabora en exclusivité.
Cette pendule a été déclinée uniquement en trois exemplaires, tous commandés par de grands collectionneurs européens, ce qui participe à en faire un modèle d'exception. Commandée par le duc et la duchesse de Saxe-Teschen, elle a également une provenance unique.
On a même retrouvé des dessins envoyés par Daguerre au duc de Saxe-Teschen, qui faisait ainsi découvrir à cet important collectionneur les pièces disponibles à la vente dans son magasin parisien.
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Que sont devenues ces trois pendules ?
Des trois exemplaires de cette pendule, l’une appartient aux collections de la Huntington Collection à San Marino en Californie, la seconde, signée par l’horloger Louis Montjoye et datée 1782, est exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam (la pendule avait été acquise la même année par le futur Tsar Paul Ier et son épouse Marie Féodorovna). La troisième étant celle de La Pendulerie. Un dessin anonyme conservé au au Metropolitan Museum of Art est très certainement, selon les experts de La Pendulerie, une planche de présentation envoyée par le marchand Daguerre au duc de Saxe-Teschen (1738-1822). Celui-ci était un important collectionneur d’arts décoratifs et de mobilier et faisait construire à l’époque, dans le plus pur esprit classique, un somptueux château à Laeken (près de Bruxelles), sur les plans de l’architecte Charles de Wailly. Selon La Pendulerie, un visiteur du domaine aurait décrit le domaine ainsi : « Il y avait un nombre infini d'incroyables bronzes, des pendules de tout genre, de somptueuses pièces de mobilier… C’est le palais le plus riche, le mieux meublé de ceux qui existent dans les pays circonvoisins ». On imagine tout à fait cette pendule dans ce temple du luxe dans le plus pur style néo-classique à la mode française. Le duc, le plus jeune fils d’Auguste III, roi de Pologne, et époux de Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (1742-1798) était un collectionneur et mécène particulièrement important pour l'époque. Son immense fortune, acquise grâce à son mariage avec la sœur aînée de Marie-Antoinette, lui permettra de développer une collection d’œuvres d’art exceptionnelle.
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