La peinture murale réalisée par le jeune Keith Haring dans le Grace House Youth Centre, à Manhattan, recouvrait la totalité de la cage d’escalier du bâtiment, sur trois étages. Trente-cinq ans plus tard, l’édifice doit être vendu et rénové. Mais qu'advient-il du chien qui aboie, du bébé rayonnant et de tous les autres personnages célèbres imaginés par l'artiste urbain ?

Keith Haring s’est attelé au projet en 1983 en commençant par peindre, sans préparation ni croquis, une douzaine de personnages cartoonesques aujourd’hui emblématiques de son œuvre. La fresque comportait le bébé rayonnant, dupliqué sur de nombreuses œuvres, le chien qui aboie, ou encore le couple siamois.
La peinture murale a été maintenue en excellent état grâce à l'église de l'Ascension, propriétaire du centre. Néanmoins, le bâtiment vieux de plus de 90 ans sera bientôt mis en vente pour être transformé en immeuble résidentiel.
Afin d'éviter que le travail de l'artiste ne soit endommagé (voire détruit) lors de la rénovation, l'église a dépensé plus de 850 000 dollars pour ôter la fresque et avec l'aide de conservateurs, a réussi à extirper 13 personnages sans dégâts.

En vue de sa situation financière, l'église a choisi de mettre les œuvres aux enchères : elle espère qu’elles seront acquises par un musée et que les profits de la vente seront assez importants pour pouvoir en verser une partie à la Fondation Keith Haring. Certains redoutent que la fresque ne se retrouve en mains privées, ce qui déplaît profondément à Gil Vazquez, le directeur de la Fondation Keith Haring : « Cette fresque n’a pas été créée pour appartenir à un collectionneur. Elle était destinée à illuminer une pièce remplie d'enfants », a-t-il confié au New York Times.
L’œuvre n’a jamais été signée par Keith Haring et M. Mallon, un ancien employé de la Grace House, a déclaré au New York Times : « Il aurait été ridicule pour lui de la signer. Tout le monde savait qui il était. Nous l'avons tous regardé faire. » Bien qu'il n'y ait pas de signature, les restes de la peinture murale sont estimés entre 3 et 5 millions de dollars et seront dispersés le 13 novembre prochain chez Bonhams, lors de la vente Post-War & Contemporary Art, à New York

Keith Haring a forgé son œuvre en s’inspirant du graffiti. Seulement, au lieu d'utiliser de la peinture en aérosol, il s’est armé de crayons et de pinceaux, et a peint dans le métro new-yorkais.
Malgré sa courte vie (il décède du sida à l’âge de 31 ans), Haring a créé des œuvres immédiatement reconnaissables et révolutionnaires pour l’époque. Les collectionneurs se les arrachent aujourd’hui pour plusieurs millions, comme en témoigne Untitled de 1984, qui s’est envolé plus de 4,5 millions de dollars en 2018.




