Fabriquer des chaises spécialement pour les enfants est une tradition qui remonte à la fin du XVe siècle (les premières chambres pour enfants seraient d’ailleurs apparues à cette époque). Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les chaises pour enfants étaient en fait des copies miniatures des sièges pour adultes et suivaient les conventions stylistiques du mobilier de l’époque. Ce n’est qu’à la fin du XVIIe siècle que la chaise haute s’est popularisée : les premiers modèles étaient conçus comme un minuscule fauteuil surélevé sur de grands pieds, permettant à l'enfant d'être nourri à la cuillère par un adulte.

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Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve, au sein de sa collection, une magnifique chaise haute anglaise datant de la Restauration anglaise (1660-1688), une période où le confort et la richesse des ménages ont pris de l’importance. Fabriquée en noyer, elle est dotée d'une barre amovible à l'avant pour empêcher l'enfant de tomber. Un modèle similaire de la même époque a été vendu pour 2 700 livres chez Mallams en 2011. Construite en chêne, cette chaise est composée d’une version miniature d’un fauteuil pour adulte, mais repose sur des pieds ornementaux torsadés.

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Au cours du XVIIIe siècle, les chaises hautes « convertibles » sont apparues. Conçues en deux parties, elles étaient composées d’une assise pouvant être placée directement sur une table basse, elle-même surélevée sur des pieds. La chaise pouvait ainsi être retirée et utilisée indépendamment de la table. La chaise haute en acajou de style Hepplewhite datant de 1770-1780, anciennement dans la collection de Preston Hall, est accompagnée d’une table avec une extension en forme de cœur servant de repose-pieds. Comme les chaises plus anciennes du XVIIe siècle, elle possède également une barre ornementale fixée à l'avant pour maintenir l'enfant en place. Les chaises à bascule étaient également populaires aux XVIIIe et XIXe siècles, et de charmants exemples rustiques, souvent en orme, peuvent encore être achetés aux enchères pour quelques centaines de livres.

À l'inverse, la chaise de « correction » était utilisée pour punir les enfants désobéissants et s’est imposée comme un élément essentiel des ménages de la fin de l'époque géorgienne ou de l'époque victorienne. Ces chaises sont généralement dotées d'un long dossier droit et d’une petite assise ovale, obligeant l'enfant à rester assis en se tenant droit pendant plusieurs heures. La Frederick Parker Chair Collection (à la London Metropolitan University) et le Victoria & Albert Museum of Childhood possèdent tous deux des exemplaires dans leurs collections.

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L'époque victorienne était une ère d'inventions brevetées, et les chaises pour enfants ont connu des modifications astucieuses, donnant à certains modèles une petite table à l’avant, ou la possibilité de régler la hauteur de la chaise à volonté. Il était même possible de transformer certaines chaises en l'équivalent victorien d'une poussette pour enfants. D'autres développements dans la conception de meubles européens du XIXe siècle ont conduit à la chaise en bois courbé Thonet : construite en bois léger, la structure est pliée pour prendre forme sous la pression de la vapeur chaude. Thonet a été la première entreprise à produire en série des meubles spécifiquement destinés aux enfants, les premiers exemplaires étant mis en vente dans le catalogue Thonet de 1866.

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Au XXe siècle, le design de meubles pour enfants a connu un nouvel essor. En 1919, Gerrit Thomas Rietveld (1888-1964) a conçu une élégante chaise haute pour enfants sous l'influence du mouvement De Stijl. Avec des formes géométriques verticales et horizontales, ce modèle est réduit à quelques éléments et tend presque vers l’abstraction. Elle n'est peut-être pas très pratique, mais elle montre à quel point les modernistes ont pris au sérieux le concept de design pour enfants. Le Carnegie Museum of Art possède un exemplaire en bois poli et en cuir, et le Victoria & Albert Museum possède une version peinte en rouge vif.
Plus pratique, on retrouve la chaise pour enfants N65 d'Alvar Aalto (1898-1976), conçue en 1935 pour la section enfants de la bibliothèque municipale de Viipuri, en Finlande. L'assise circulaire et les bords arrondis de ce modèle protègent l'enfant. Le contreplaqué était considéré comme un bois plus hygiénique et, comme le disait Aalto lui-même, « plus agréable au toucher ».

Une décennie plus tard, Charles et Ray Eames (respectivement 1907-1978 et 1912-1988) ont produit leur propre version d'une chaise pour enfants, l'un de leurs premiers modèles en contreplaqué. Cette chaise était moulée à partir d'une seule pièce de bois, puis teintée en rouge (puis vendue dans les couleurs primaires bleu, jaune, magenta et noir). Le contreplaqué étant bon marché, ergonomique et léger, les enfants pouvaient facilement soulever la chaise et la déplacer au gré de leurs envies. Le motif en forme de cœur sur le dossier dérive de la culture populaire européenne, et notamment de l'univers des frères Grimm ou de Hans Christian Anderson. Une chaise pour enfant Eames de 1944 en contreplaqué moulé non teinté (provenant de la collection de Michael et Gabrielle Boyd) s’est envolée pour 2 800 dollars chez Wright en 2018. Une autre encore, datant de 1944 et teintée à l'aniline en rouge (avec une étiquette Evans Products), a atteint 8 500 dollars chez la même maison de vente.

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La voiture à bascule ou « Schaukelwagen », conçu par Hans Brockhage (1925-2009) et Erwin Andra (né en 1921) en 1950, s’inscrit dans la même veine créative. Une structure en forme de D surplombe un siège en contreplaqué moulé. La « chaise » est montée sur quatre roues en métal, ce qui permet à l'enfant de transformer l'objet en une voiture de course aux lignes épurées, en une chaise à bascule ou, couchée sur le côté, en un parc pour animaux. De même, la chaise Junior (ou Chica) conçue en 1972 (fabriquée par BBB Bonacina) a poussé ce principe encore plus loin en permettant aux enfants de laisser libre cours à leur imagination. La chaise Chica est fabriquée en plastique rouge, jaune, bleu et blanc, avec des dossiers pivotants qui s'insèrent dans le siège. Elle peut ainsi être démontée et reconstruite à volonté, pour former des murs, des parcs ou des écrans, comme l'enfant l'entend.

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D'autre part, la Chair Thing de Peter Murdoch (né en 1940), axée sur la réduction des coûts de production, a été fabriquée en série par Perspective Designs Ltd à partir d'une seule pièce de carton imprimé. Environ 76 000 chaises ont été vendues en six mois en 1967, pour moins de 1 livre sterling chacune. Malgré les quantités produites, la nature fragile du carton a fait que peu d’exemplaires ont survécu et que les prix des marchands dépassent aujourd’hui les 2 000 dollars pour les modèles les plus rares.

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Autre modèle très pratique et révolutionnaire, la chaise Tripp Trapp, conçue par Peter Opsvik (né en 1939) en 1972, est toujours fabriquée dans une large gamme de couleurs. Cette ingénieuse chaise haute se situe à mi-chemin entre le mobilier pour bébés et pour adultes, et permet à l'enfant de s'asseoir à table. Un siège et un repose-pied réglables permettent à la chaise de « grandir » avec l'enfant au fil du temps. Pour un adulte, la barre et la première assise peuvent être retirées, faisant du repose-pied un siège. Kristian Vedel (1923-2003) s’est inspiré d’une idée similaire pour sa chaise de 1958, dans laquelle le contreplaqué est plié pour former un demi-cercle. Un siège en bois simple s'insère dans cinq fentes horizontales distinctes et peut être relevé ou abaissé à volonté.

Dans la lignée des formes ergonomiques des chaises précédentes se trouve la Lilla M, conçue en 1990 par Caroline Schlyter (née en 1961) et fabriquée pour la première fois par iForsnas Form AB en 1995. Construite à partir d'une seule pièce de bois de bouleau stratifié peinte dans des couleurs primaires, elle constitue, malgré sa forme organique, un retour à l'obsession des premiers designers pour les bois moulés et stratifiés (un processus qui a commencé avec Thonet au XIXe siècle). Les chaises Lilla M sont aujourd'hui très recherchées ; attendez-vous à payer un prix de revendeur de l'ordre de 900 livres pour une chaise en parfait état.
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Article de Luke Honey
Luke Honey est un ancien spécialiste du monde des enchères (Phillips, Bloomsbury Auctions et Bonhams), devenu écrivain, chroniqueur et antiquaire. Il vit à Londres avec sa femme et son lévrier dévoreur de livres.



