Jean Royère naît en 1902 dans une famille aisée. Employé dans l’entreprise commerciale de son oncle, ce n’est qu’en 1931 qu’il se lance dans la décoration, à l’âge de 29 ans. Encouragé par ses proches, il s’engage dans un atelier du faubourg Saint-Antoine pour se former à l’artisanat. Royère produit ses premières pièces à l’attention de proches comme le docteur Decourt, pour qui il conçoit un intérieur en tubes et lattes de métal chromé. Un langage formel qu’il réemploie pour le bar du Carlton sur les Champs-Élysées en 1933. Suite au succès de cette commande, Royère participe au Salon d’Automne où il est récompensé.

En 1934, il entre au service de Pierre Gouffé, un artisan réputé du faubourg Saint-Antoine. Il est alors influencé par les grands créateurs de son temps (Jacques-Émile Ruhlmann, Gio Ponti…). Royère développe un style personnel qui se décline en lignes audacieuses, en formes originales rehaussées de motifs poétiques qui deviennent sa marque de fabrique. Les commandes d’ampleur se succèdent (chambres de l’école d’infirmière à Suresnes, mobilier de la cité ouvrière d’Aplemont). Dix-sept ensembles lui sont commandés pour l’Exposition internationale des arts et techniques à Paris en 1937.
En 1938, Royère obtient sa première commande au Moyen-Orient, la décoration de l’appartement du président de la Bourse du Caire. Au 29e Salon des artistes décorateurs, il expose des meubles aux contours biomorphiques. Lampadaires « Champignon », sièges « Trèfle » et fauteuils « Éléphanteau » deviennent des classiques de son répertoire.

Mobilisé durant la guerre, Royère reprend ses activités après la débâcle de 1940. En 1942, il expose un intérieur pour chalet au 30eSalon des artistes décorateurs. L’ensemble se déploie autour d’un escalier en lattes de sapin et d’un fauteuil en peau de chèvre. La même année, Royère quitte Pierre Gouffé et se met à son propre compte. En 1943, il présente au Salon d’Automne un bahut orné d’étoiles, son premier meuble marqueté de paille.
Désormais indépendant, Royère fonde des agences dans plusieurs pays du Moyen-Orient (Liban, Égypte, Syrie). Il devient le décorateur attitré des souverains régionaux. Parallèlement, il met au point de nouvelles séries comme les chaises « Ondulation », les tables « Flaque » et les canapés « Boule ». Il reçoit bientôt sa première commande publique : la décoration de la réception du consulat de France à Alexandrie. Pour l’occasion, il livre un ensemble luxueux et sobre tout en sycomore et en bronze.

De 1948 à 1953, Royère exécute d’importants chantiers en Égypte (hôtels Shepheard’s et Sémiramis). En 1949, il ouvre une galerie à Paris, Faubourg-Saint-Honoré. Il participe à l’exposition « Formes françaises » à la Maison de France au Rockefeller Center (New York). Il remporte en suivant le chantier de l’ambassade du Koweït à Washington.
En Égypte, l’État français lui confie la décoration d’un salon orné d’une fresque de Jean Cocteau pour le centre culturel du Caire. En Arabie Saoudite, il décore le palais du prince Fayçal. Il reçoit également des commandes privées en France (restaurant Drouant). En 1953, il décroche l’un de ses plus gros contrats orientaux avec l’hôtel du Capitole, à Beyrouth. Pour le roi Hussein de Jordanie, il crée du mobilier de bureau en chêne, cuir et Formica.

Mais le climat instable de la région pousse progressivement Royère à s’installer en Amérique du Sud. Il ouvre des galeries à Lima et à Sao Paulo. En France, il conçoit en 1956 la chambre « Charme de Paris », avec des sièges « Yo-yo ». Il collabore avec l’architecte Pierre Vago pour la décoration du Fouquet’s (1958). Il obtient enfin la plus prestigieuse de ses commandes orientales : l’aménagement du nouveau Sénat en Iran, construit par Mohsen Foroughi et Heydar Ghiai. Royère meuble l’hémicycle de sièges en aluminium doré recouverts de cuir grenat. Cette mission marque l’apogée et la fin du rêve mauresque.
En 1972, Jean Royère met fin à sa carrière. Il s’installe aux États-Unis en 1980. La même année, il vend son mobilier à l’hôtel Drouot et en donne une partie au musée des arts décoratifs de Paris. Il meurt en 1981.

Côté marché, il est aujourd’hui l’un des designers les plus en vogue. Ses meubles biomorphiques sont très recherchés. Une paire de fauteuils « Boule » (1947) a atteint la somme de 847.500 euros en 2017 (Christie’s Paris). Il y a encore quelques temps, on trouvait de belles pièces à bas prix, comme cet ensemble de tables gigogne cédé 875 livres en 2009 (Christie’s Londres). Mais le moindre ouvrage de qualité est désormais au moins évalué à plusieurs milliers d’euros.
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