Pour Jaguar, tout a commencé en Angleterre en 1922. Passionné de moto, William Lyons, à peine majeur, lance avec un ami (William Walmsley) sa première marque automobile, sous le nom de Swallow Sidecar Company (SSC). Au départ, la production se consacre exclusivement aux side-cars de moto qu’on reconnaît à leur caisse en aluminium à pans octogonaux.
Quatre ans plus tard, premier développement : son patron rêvant de se faire une place dans le royaume du sport automobile, il part s’installer à Coventry et commence par produire des carrosseries pour la Austin Seven, ainsi que Sunbeam, Morris et Fiat. Dans la foulée, cet homme doté d’un certain sens du style sort sa première voiture (la SS One) qui rencontre un certain succès du fait de son prix relativement attractif.

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Au début des années 1930, il prend seul le contrôle des affaires et lance notamment la SS100, qui sera la première du constructeur à franchir la barre symbolique des 100 miles/h (160 km/h). C’est aussi l’époque où il renomme sa société SS Ltd, nom qui disparaîtra en 1945 pour Jaguar Cars, en raison des confusions néfastes et évidentes avec les initiales des « SS » allemands.
Les beautés de Lyons
Après la guerre et jusque dans les années 60, Jaguar produit des modèles qui vont marquer l’histoire, comme la Jaguar XJ, la Jaguar type-D (qui remportera trois fois les 24 Heures du Mans) et surtout, la Jaguar type-E, un véritable joyaux motorisé doté d’un interminable capot. Pour dire, à l’époque, même le grand Enzo Ferrari en était allé de son compliment en considérant ce roadster à plancher plat comme « la plus belle voiture de tous les temps ». Un avis partagé par de nombreux spécialistes, comme les rédacteurs du magazine anglais Autocar, qui en 2002 l’ont élue à leur tour comme plus belle voiture du siècle, devant la Lamborghini Miura et la Ferrari 250 GT à châssis court. Ce qui est certain, c’est que la type-E, conçue en version cabriolet et coupé révolutionna en profondeur l’univers de la voiture de sport avec ses pointes flirtant avec les 240 km/h.
Au rayon des grandes réussites, difficile aussi de ne pas dire un mot de la XK-120, dont la légende raconte qu’elle a été créée dans l’urgence, en quelques semaines à peine, par un William Lyons alors anobli et au sommet de son inspiration. Aujourd’hui encore, ce petit cabriolet à l’allure sportive figure parmi les grandes réussites commerciales de la marque britannique aux États-Unis. Les voitures de la marque ont été convoitées par des personnalités célèbres telles que Clark Gale et Steve McQueen.

Le long passage à vide
Dans les années 60, Jaguar traverse une période beaucoup plus trouble qui va se prolonger jusqu’à la fin de la décennie suivante. Les raisons de ce passage à vide sont nombreuses : la marque subit d’abord les conséquences de la récession économique qui frappe la Grande-Bretagne. Les ventes s’effondrent. La marque passe alors un accord avec le groupe BMC – Austin, Morris – mais la sauce ne prend pas du tout, entraînant une nationalisation ordonnée par le gouvernement travailliste de l’époque. Fruit de ce marasme ambiant et des grèves qu’il suscite dans les ateliers de production, la qualité et la fiabilité des modèles Jaguar en prend un coup, ce qui pousse William Lyons à prendre sa semi-retraite. C’est le début d’un long passage à vide, durant lequel la notion de luxe finit par disparaître.
En 1984, Jaguar est privatisé mais le groupe qu’il rachète la société – British Leyland – est presque aussitôt placée en liquidation judiciaire. L’heure est grave, suffisamment pour prendre des décisions risquées : pour redorer son image, Jaguar tente le tout pour le tout et fait en misant à fond sur la compétition. Née la XJR5, une sportive armé d’un V12 6,0l sous le capot, avec laquelle les efforts s’avèrent payants. En 1988, le constructeur renoue enfin avec la victoire sur les 24 Heures du Mans en devançant la Porsche 962C.

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Deux ans plus tard, Jaguar poursuit sur sa lancée et décroche une nouvelle victoire au Mans avec la XJR-12, un modèle avec lequel la marque termine d’ailleurs 1990 deuxième du Championnat du monde des voitures de sports, derrière Mercedes.
Dans la foulée, Jaguar se remet à rêver, et à faire rêver, notamment en donnant naissance à la fin des années 80 à la XJ220. Sur le papier, ses lignes sont exquises, son moteur super-puissant. Du coup, les bons de commandes explosent et la spéculation, très tendance à l’époque, fait le reste. Mais, alors que la marque est rachetée en 1990 par Ford, le projet traîne en longueur. Il faut attendre 1992 pour que la « supercar » sorte enfin des usines avec des prestations mécaniques finalement bien moindres que celles annoncées au départ. Beaucoup d’acheteurs se rétractent, entraînant une vague de procès pas franchement bien vus par le public et les connaisseurs. Pourtant, sur les grands circuits, cette voiture a bel et bien tout d’une merveille. Gavée d’équipements de luxe, elle est capable d’atteindre les 100 km/h en quatre secondes, départ arrêté !

Des ventes en hausse
Malgré les performances de haut vol et la classe féline de la XJ220, sans parler des tentatives de lancement sur le marché de quelques modèles plus populaires et accessibles, Ford ne s’y retrouve plus et en 2008, revend Jaguar à Tata Motors en même temps que Land Rover. Depuis, la marque a repris des couleurs et retrouvé ses lignes élégantes et sportives, comme le souhaitait le groupe indien. En 2017, Jaguar a d’ailleurs battu son record mondial de vente avec 178.601 véhicules commercialisés dans le monde. Preuve que le style anglais peut encore faire rugir de plaisir…
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