Il est le plus jeune directeur d'une maison de ventes en Europe, mais « ça n'a pas réellement d'importance », nous a-t-il confié. Ce qui compte pour l'entrepreneur Sam Taïr, qui a repris Renard & Associés en 2017, c'est l'échange, la transmission et l'émotion qui accompagnent le métier de commissaire-priseur et le monde des enchères. Retour sur un parcours hors du commun.
Comment avez-vous débuté dans le monde de l’art ?
Sam Taïr : Très jeune, j’ai toujours été très curieux de comprendre comment les sociétés ont vécu avant nous. Peut-être pour m’aider à comprendre la société dans laquelle j’évoluais, je dévorais les bouquins d’histoire de mes grands frères : l’histoire des peuples, leur façon de vivre, leurs coutumes....
De l’histoire à l’art, il n’y qu’un pas. Parce que l’art est l’activité fabricatrice de l’homme, l’expression des peuples, des époques et des sociétés. C’est un vecteur d’adhésion, d’élévation intellectuelle et émotionnelle des hommes. C’est je crois, l’une des formes d’empreintes que laisse l’humanité de son passage sur Terre.

J’ai naturellement transformé cette curiosité d’enfant en un parcours de formation, et j’ai réalisé des études d’histoire de l’art et de design à Paris, après un passage éclair en droit et en gestion d’entreprise pour faire plaisir à mes parents.
Pourquoi le monde des enchères vous a-t-il attiré ?
J’ai toujours adoré transmettre. C’est de toute évidence ce qui m’a donné envie d’apprendre le métier puis de reprendre une maison de ventes.
En effet, le monde des enchères est garant de transmission de l’histoire des objets. Nos clients nous confient leurs objets remplis d’histoire à vendre, que nous devons sublimer en la partageant et en la valorisant pour leur trouver une nouvelle place chez des acquéreurs qui les désirent.
De fait, nous entrons dans l’intimité des foyers, des familles et de leurs histoires. C’est un métier de proximité, de confiance, d’empathie et de belles histoires humaines. Mon père était médecin, donc peut-être ici un peu de génétique paternelle.

Sans aucun doute, le plaisir de valoriser des objets d’exception, hors du cadre classique du prix imposé, puisque la valeur des objets est dirigée par la logique de la désirabilité et parfois, jusqu’où les enchérisseurs sont prêts à aller par simple esprit de compétition.
Et puis, il y a naturellement dans les enchères le spectacle d’émotions qui fait vibrer toute une salle. C’est un moment fort d’adrénaline, de pression, de rires et de surprises. Rien n’est jamais joué d’avance et c’est ce qui est excitant.
Vous avez repris, à 24 ans, la présidence d’une maison de ventes. Parlez-nous de cette transition.
Je pense être un entrepreneur dans l’âme, j’ai toujours été attiré par le monde des affaires. Il y a sûrement un peu de génétique maternelle (ma mère est sérial-restauratrice), mais surtout une curiosité vive qui me permet d’entendre les opportunités et suffisamment d’insouciance pour les saisir sans tergiverser très longtemps.
En ce qui concerne Renard & Associés, au cours de mes études d’histoire & d’art, j’ai eu l’opportunité d’apprendre le métier de commissaire-priseur au sein de la maison de ventes.
Dans le cadre de mon premier job, je me suis focalisé sur le développement de la maison de ventes à Paris puis à travers le monde. En interagissant dans 6 langues différentes, avec des collectionneurs étrangers par téléphone pendant les ventes d’abord et en prenant ensuite la responsabilité de multiplier les ventes en ligne, tout en digitalisant notre gestion.
Lorsque Maître Renard a pensé à sa succession, j’étais à ses côtés, je connaissais parfaitement le fonctionnement de l’entreprise et nos vendeurs & acquéreurs, la reprise était donc naturelle.
Je ne vous cache pas que reprendre une entreprise est un puzzle complexe à assembler mais une superbe aventure collective: restructurer en profondeur avec l’équipe, nos partenaires et nos clients pour réécrire l’histoire à notre manière. Cette étape est justement une belle histoire de transmission.

Je suis en effet devenu le plus jeune dirigeant d’une maison de ventes en Europe, mais ça n’a pas réellement d’importance. Même si ma jeunesse peut parfois surprendre, le labeur n’a pas d’âge, j’ai travaillé dur pour apprendre aux côtés de Jean-Claude Renard, qui est connu pour être d’une exigence sans pareille.
J’ai également toujours pensé qu’il n’y avait pas d’âge pour avoir le souci de servir au mieux ses clients. C’est plutôt une affaire d’empathie, d’écoute et de goût des choses bien faites.
Que peut-on trouver dans les catalogues de Renard & Associés ?
J’aime la diversité, l’ouverture et créer la surprise. Je veux que la maison soit reconnue pour la qualité et l’originalité de nos ventes, plus que pour un type d’objet en particulier.
Nous n’avons donc pas pris le parti de la spécialisation. Évidemment, nous thématisons nos ventes puisque notre métier est de savoir parfaitement aligner un vendeur et son objet, à un ou plusieurs collectionneurs.
Et les 15 000 acquéreurs répartis dans le monde ayant acheté chez nous nous demandent d’accueillir dans nos ventes un large éventail d’objets.
À titre d’exemple, nos ventes de décembre mêleront des belles pièces comme un dessin Paul Jouve estimé 30 000€, des luminaires modernes du designer Carlo Scarpa, de superbes véhicules de collection, du mobilier anglais en acajou, des belles pièces décoratives à partir de 100€…
Tout objet peut trouver chez nous son nouveau propriétaire, à la valeur que celui-ci souhaitera lui accorder. D’autant plus lorsqu’il y a une belle histoire à raconter. D’une certaine façon, je souhaite démocratiser les ventes aux enchères dans un système vertueux, pour chacun.
Selon vous, comment le covid-19 a-t-il impacté le marché des enchères, et comment envisagez-vous l’avenir du marché ?
L’art est une valeur refuge qui apporte une forme de sécurité et du plaisir au quotidien. Les ventes aux enchères existent depuis l’Antiquité, ont résisté à de nombreuses crises et ont donc de beaux jours devant elles.
Sans surprise, l’épidémie du covid-19 a mis nos ventes physiques en pause pendant une longue période, mais les acquéreurs sont toujours là et en redemandent. Les précédentes crises (attentats, gilets jaunes, réforme des retraites) et les mesures de confinement nous amènent à faire preuve d’agilité, de capacité d’adaptation et surtout, amplifier la portée de nos ventes.
Nous avons donc accéléré l’intensité des actions que nous portions vers le digital. Nous avons multiplié par deux nos ventes en ligne, et nous investissons pour améliorer l’expérience des ventes diffusées en live. Pour que nos clients partout dans le monde aient l’impression d’être à nos côtés en salle.
Cette crise nous a spécifiquement permis d’affiner la manière avec laquelle nous servons nos clients en améliorant la connaissance que nous avons d’eux pour déceler des objets qu’ils attendent et qui, nous l’espérons, remporteront un franc succès lors de nos prochaines ventes.
Quels sont vos projets à venir ?
En 3 ans, nous avons restructuré et relancé la croissance de Renard & Associés. Fin 2024, nous dépasserons les 5 millions d'euros d’adjudications par an. Pour atteindre cette ambition et accélérer notre croissance, nous lançons un vaste programme d’investissement.
Nos racines sont régionales par notre présence historique à Gien (1h30 de Paris), puis à Paris au sein de Drouot. Mais parce que les objets d’art européens et l’art de vivre du Vieux Continent plaisent beaucoup et s’exportent facilement, nous organiserons nos premières ventes physiques aux Etats-Unis et en Chine à la rentrée 2021. Nous y ouvrons les succursales en ce moment.
Nos clients viennent chercher chez nous le spectacle de la vente aux enchères. Alors, charge à nous de continuer à leur faire vivre des expériences inédites, dans des lieux insolites ou chargés d’histoire. Nous construisons en ce moment notre programme 2021 et cette saison sera particulièrement riche et animée.

La vente aux enchères est connue pour être un dispositif fortement plébiscité par les œuvres caritatives pour collecter des fonds au service de leurs actions. Pour les 3 prochaines années, nous allons multiplier les partenariats pour aider les œuvres caritatives à se financer, parce qu’elles aussi, connaissent la crise covid.
Nous portons à ce juste titre, un projet de plateforme innovante que nous dévoilerons avant l’été prochain, qui nous permettra de massifier nos communautés d’acquéreurs et de vendeurs tout en multipliant les occasions d’acheter et de vendre de beaux objets à travers le monde, le tout en ligne et en embarquant les jeunes générations de vendeurs et d’acquéreurs, aujourd’hui absentes des salles de ventes.
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Ne manquez pas la vente du 20 décembre prochain chez Renard & Associés, à 14h00. Pour garder un œil sur l'actualité et le calendrier de la maison, nous vous invitons à visiter son site internet.



