Du 22 au 24 octobre, la maison viennoise Dorotheum tiendra sa traditionnelle semaine de ventes, qui sera principalement consacrée aux tableaux de maîtres anciens et à la peinture du XIXe siècle. Le lot phare de la vacation dédiée aux maîtres est une Madone à l’enfant inédite, conservée par une famille noble depuis près de deux cents ans et qui apparaît pour la première fois sur le marché des enchères.

La Madone est une huile sur panneau de bois qui a été soigneusement étudiée, tant sur le plan stylistique que scientifique, pour garantir son authenticité et déterminer sa provenance. L’œuvre est datée du début du XVIe siècle et tout porte à croire qu’elle provient du cercle proche de Raphaël ; et aurait peut-être même été réalisée sous sa supervision.
Autre chef-d’œuvre de la vente, David avec la tête de Goliath, de la peintre baroque Artemisia Gentileschi. Cette composition biblique a été peinte en 1631 à Naples, où Gentileschi possédait son propre atelier, ce qui était très inhabituel pour les femmes de l'époque.

David, dont la main droite repose sur la tête coupée du géant Goliath, regarde directement vers le spectateur, avec l’expression déterminée et sereine que l’on retrouve sur le visage de l’héroïne la plus célèbre de Gentileschi : Judith, alors qu’elle tranche la tête de son bourreau Holopherne.

La raillerie du Christ est une œuvre exécutée par Jusepe de Ribera vers 1615, dans laquelle on observe un Christ livide moqué par son jeune bourreau. L’homme tire la langue devant le Christ mutilé et ensanglanté, formant de sa main gauche le geste de la mano-fica, ou « geste de la figue », un vestige très irrévérencieux de l’esprit contestataire du peuple face aux pouvoirs en place, qui servait à l’origine à se protéger du mauvais-œil.

Le sujet du Christ prenant congé de sa mère, repris ici par Jörg Breu d’Augsbourg, n'illustre pas un passage biblique. La scène provient de l’ouvrage pseudo-bonaventurien (nom donné par convention à l'auteur ou aux auteurs non identifiés des ouvrages de dévotion attribués autrefois à saint Bonaventure) Les Méditations sur la vie du Christ, écrit vers 1300, très apprécié des artistes nordiques des XVe et XVIe siècles. Le tableau est inspiré de la gravure d’Albrecht Dürer de 1511 reprenant le même sujet.
Les personnages agenouillés en prière au premier plan sont les membres de la famille du donateur, qui a commissionné le tableau. Bien que leur petite taille ne semble pas respecter l’échelle de la composition, elle indique leur degré de sainteté par rapport aux divinités représentées au-dessus d’eux.

Autre habitant d'Augsbourg, Joseph Heintz le Jeune, pionnier de la veduta vénitienne au XVIIIe siècle, sera représenté avec Compétition au Ponte dei Pugni à Venise. Heintz a passé la majeure partie de sa vie à Venise et s’est souvent inspiré de la ville pour son art. Ici, il a capturé la légendaire « Guerre des poings », où les habitants des deux factions opposées de la ville, les Castellani de San Pietro di Castello et les Nicolotti de San Nicolò dei Mendicoli, se rencontraient à coups de poing au dessus des ponts. Le but de la bataille consistait à jeter les adversaires dans le canal, le rio Novo. L'équipe gagnante était celle qui avait gardé ses hommes sur le pont.

Dans cette œuvre, l'artiste hollandais Abraham Bloemaert a représenté Psyché étendue sur un lit au drapé luxueux, à moitié dissimulée dans l’ombre grâce à la technique du sfumato (technique picturale qui donne au sujet des contours imprécis au moyen de glacis d'une texture lisse et transparente). Selon la légende, la jalouse Vénus avait plongé Psyché dans un profond sommeil, dans lequel elle est restée jusqu'à ce que Cupidon vienne la réveiller. Bloemaert a dépeint le moment juste avant son réveil. Néanmoins, il est peu probable que le chérubin représenté à ses côtés soit Cupidon : ici, le rôle est plutôt attribué au spectateur.
La vente de peintures du XIXe siècle du 23 octobre comprendra, entre autres trésors, la Dame turque de Constantinople d'Osman Hamdi Bey, un peintre ottoman formé à Paris et fondateur de sa propre école de peinture à Constantinople.

En septembre dernier, Bonhams a enregistré le nouveau record d’Osman Hamdi Bey avec Young Woman Reading, pour 6 690 363 livres sterling. Si l’estimation de ce portrait de dame turque affiche déjà sept chiffres, les œuvres orientalistes sont de plus en plus populaires et la maison de ventes n’exclut pas la possibilité d’une nouvelle adjudication record.

Jean-Léon Gérôme, professeur d'Osman Hamdi Bey et grand représentant de la peinture académique du Second Empire, sera également au rendez-vous avec Le Bain Maure. Selon la maison de ventes, l’œuvre aurait été abandonnée par Gérôme, puis complétée par un artiste inconnu plus tard.

Ce paysage d’Ivan Konstantinovich Aivazovsky témoigne d’une grande maîtrise de la lumière. Le coucher de soleil sur la Crimée illumine le ciel, les montagnes, et effleure l'océan dans une remarquable harmonie colorée.

Petrus van Schendel n’est pas en reste : dans Marché nocturne à La Haye, il joue avec différentes sources de lumière pour créer un effet de clair-obscur. Les faisceaux lumineux émanant des lanternes éclairent à proximité, suffisamment pour mettre en valeur les visages des personnages, créant des décors intimes parsemés dans la grande composition.

Dans Una Catastrofe, une scène de genre de 1887, le peintre Gaetano Chierici met en scène une petite fille qui ne peut résister à l'invasion de volailles dans sa cuisine, tandis que ses chats se regroupent (de manière peu efficace) pour lui venir en aide.

Plusieurs paysages vénitiens seront également proposés. Jusqu’au XIXe siècle, la Sérénissime était encore une destination populaire pour les artistes européens, bien que les peintres locaux n’aient pas manqué de rendre hommage à la ville. C’est le cas de Luigi Querena, que l’on retrouve ici avec une représentation de l'une des plus grandes églises de Venise, Santi Giovanni e Paolo.
La semaine de ventes sera complétée par des sessions dédiées aux bijoux (23 octobre), au mobilier, aux objets d'art décoratif, à la sculpture et aux antiquités, ainsi qu'au verre et à la porcelaine (24 octobre).



