Bram Bogart, le matérialiste

En 70 ans de carrière, Bram Bogart a épuisé plus de tubes de peinture que la plupart de ses contemporains. En repoussant les limites du support créatif jusqu’à l’extrême, l’artiste belge a remis la matière au centre du débat esthétique en lui conférant une indépendance inédite. Sa cote modeste sur le marché permet encore de s’offrir des œuvres de qualité.

Bram Bogart, Geld Spielt Keine Rolle (détail), 1990, image via Cornette de Saint Cyr Bruxelle
Bram Bogart, Geld Spielt Keine Rolle (détail), 1990, image via Cornette de Saint Cyr Bruxelle

Bram Bogart naît à Delft en 1921. Fils de forgeron, il entame des études de peintre en bâtiment. Il réalise d’abord des façades et des panneaux publicitaires. De cette période formatrice, il gardera une conception compacte de l’usage de la couleur.

En 1939, Bogart s’inscrit aux beaux-arts de La Haye. Il peint alors des tableaux abstraits inspirés du cubisme. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il s’installe dans le Sud de la France puis se fixe à Paris dans les années 1950. C’est là qu’il crée ses premiers impasti (de l’italien « empâtement »), selon une technique typique : la pose d’une pâte composée de pigments mélangés dans du plâtre sur une épaisse toile de jute. Mélangeant la peinture à l’huile et à l’eau, Bogart crée des œuvres proches du tâchisme (Gris et bleu, 1954). Au même moment qu’Yves Klein, il produit ses premiers monochromes (Absolution, 1959). C’est sur le toit de son atelier, situé rue Santeuil, qu’il fait sécher ses blocs de peinture à l’air libre.

Bram Bogart, Gris et Bleu, 1954, image © Vigo Gallery via Artsy
Bram Bogart, Gris et Bleu, 1954, image © Vigo Gallery via Artsy

Dès le départ, Bogart refuse d’adhérer à une mouvance quelle qu’elle soit. Son travail se rattache pourtant à plusieurs courants de l’art informel d’après-guerre (expressionnisme, matiérisme). Il se rapproche aussi du groupe CoBrA (1948) ou du groupe Zéro (1957).

À la fin des années 1950, l’artiste organise son premier solo show à la galerie Creuze (Paris). Déjà ses toiles s’épaississent, le tableau devient à lui seul un mur-support, un mur-sujet. La masse picturale est le socle d’une réflexion confrontant la matière et la représentation. La matérialité du support tridimensionnel confère à la peinture une force sculpturale, au-delà des oppositions entendues.

Bram Bograt, Zwartraam rood, 1965, image via Bukowskis
Bram Bograt, Zwartraam rood, 1965, image via Bukowskis

Au tournant des années 1960, Bogart s’installe à Bruxelles. La dimension volumique de son travail s’accentue. Le peintre ajoute de plus en plus de matière et de poids. Les toiles se font plus grandes, plus colorées, plus lourdes aussi (Call-Girl, 1964). La jute craque sous l’huile, l’artiste doit mettre au point un système de panneaux renforcés permettant de supporter des compositions pesant parfois des centaines de kilos. La peinture s’étale à la spatule et à la truelle.

Progressivement, la palette de Bogart s’enrichit de couleurs vives allant du bleu (Roodinblauw, 1967) au jaune vif (Rye Summer, 1963), dans des compositions à l’esprit parfois proche de Nicolas de Staël. Ailleurs dans le monde, d’autres artistes traitent alors de l’autonomisation picturale comme Ron Gorchov aux États-Unis ou Takesada Matsutani au Japon.

Bram Bogart, Cirkelblauwzwart, 1969, image via Uppsala Auktionskammare
Bram Bogart, Cirkelblauwzwart, 1969, image via Uppsala Auktionskammare

En dépit des apparences, la matière n’est pourtant pas l’élément central des créations de Bogart. « L’essentiel, c’est l'écriture et la construction du tableau, déclare l’artiste. Je m'efforce de ne jamais refaire deux fois le même signe ou la même bande. C'est pourquoi, la matière, si elle est épaisse, lorsque j'y plante plus ou moins profondément mes signes, me permet de grandes variations. »

Désormais reconnu, Bogart expose en 1971 à la Biennale de Venise. Ses concepts se déclinent sous toutes les formes, qu’il s’agisse de cadres de petite taille ou de grandes gouaches en masse colorée. Il poursuit également ses recherches monochromes (White plane white, 1974).

Bram Bogart, Les blancs, 1960, image via Lempertz
Bram Bogart, Les blancs, 1960, image via Lempertz

Les années tardives se caractérisent par des ajouts de couche éclatants et monumentaux témoignant d’un goût du spectaculaire presque baroque. Autant de traitements divers attestant de l’influence des grands maîtres flamands, auxquels Bogart réfère en épaisseur explicite (Hommage à Mondrian, 1991).

Le Perroquet de Monsieur Vollard (1989) est sûrement l’une de ses créations les plus accomplies. Un assemblage pictural se déploie de manière fantaisiste en formant un champ de mouchoirs multicolores d’une rare vivacité. Procédé que Bogart reprend dans des créations ultérieures en jouant sur les couleurs primaires et secondaires (Juli, 2002). Les monochromes prennent un aspect toujours plus cimenté, tantôt verdâtre (Lichtgroen, 1990), rouge (Rouge, 1991) ou blanc (Gebrokenwit, 2002).

Bram Bogart, Geld Spielt Keine Rolle, 1990, image via Cornette de Saint Cyr Bruxelle
Bram Bogart, Geld Spielt Keine Rolle, 1990, image via Cornette de Saint Cyr Bruxelle

Bram Bogart meurt en 2012 à l’âge de 91 ans. Il laisse probablement derrière lui l’œuvre la plus épaisse de l’art du XXe siècle. Sur le marché, ses meilleures créations se vendent à quelques dizaines de milliers d’euros. Bogart est l’un de ces rares artistes renommés que l’on peut s’offrir moyennant un investissement réduit. Ses tableaux offrent un support idéal pour égayer un intérieur artistique et coloré dans l’esprit design.

En 2010, une œuvre importante intitulée Rue Santeuil a été acquise 20 000 euros (Pierre Bergé & Associés, Paris). En 2014, un bichrome Rouge Blanc typique de sa production est parti pour seulement 7 500 euros (Pierre Bergé & Associés, Paris). C’est le moment d’acheter !

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