Les vacations s’essoufflent à mesure que l’année touche à sa fin, mais certaines maisons de ventes n’ont pas dit leur dernier mot. C’est le cas de l’étude parisienne Marc-Arthur Kohn qui organisera, le 21 décembre prochain, une vente de prestige comprenant de magnifiques œuvres d’art (dont un Juan Gris à l’estimation millionnaire), ainsi que de rarissimes bouteilles de vin. Tour d’horizon.

« Ne l'ayant pas adopté de façon consciente, après mûre réflexion, mais ayant travaillé dans un certain esprit qui m’a classé dans cette tendance, je n'ai pas médité sur elle comme celui qui l'a observée de loin ou qui y a réfléchi avant de l’adopter ». C’est ainsi que Juan Gris résume, en 1925 dans le bulletin de la Vie Artistique, sa propre approche du cubisme, mouvement qu’il est l’un des rares à pratiquer après la guerre alors que Picasso et les autres adoptent les formes plus spéculatives de l’abstraction. En effet, Gris n’a peut-être pas inventé le cubisme, mais il est certainement celui qui y a le plus cru.
Si ses premières toiles témoignent d’une esthétique franche et attestent déjà d’une maturité plastique, ce n’est qu’à partir de juillet 1916 que ses tableaux trouveront une structure plus affirmée et se délesteront de certains détails. Cette évolution stylistique, qui marque un tournant dans sa carrière, persistera pendant plusieurs années.
Les tableaux peints par Gris entre l'hiver 1916 et 1917 font partie de sa plus grande période, alors qu’il se détache lentement de l’influence du cubisme analytique pour devenir un interprète persistant du cubisme synthétique. Ainsi, les formes et la structuration des compositions prennent le dessus sur les apparences naturelles. Compotier et verre, une huile sur toile de 1916, est un chef-d’œuvre qui s’inscrit dans cette transition et marque le passage à une nouvelle « essentialité » de la forme chez le peintre.

Peintre et décorateur majeur de la première moitié du XXe siècle, Raoul Dufy a exprimé, tout au long de sa carrière, le spectacle festif du quotidien. Influencé par le fauvisme et en particulier par le travail de Matisse, Dufy a travaillé avec Lecourt, Marquet et Friesz sur des tableaux de rues animées, de fêtes de village ou encore sur des scènes de plages. Ce paysage hivernal intitulé La calèche à Falaise a été réalisé en 1905, année qui voit l'adhésion rapide et totale de Raoul Dufy au fauvisme.
Dans cette œuvre, l’artiste abandonne le réalisme impressionniste et simplifie le dessin et la couleur, allégeant les éléments de leur matérialité. À coups d’aplats blancs et de touches de couleurs quasi-pures, Dufy confère une sensation de vie et de modernité à sa toile.

Toujours chez les fauves, on retrouve Albert Marquet avec Avenue de Versailles, Paris, une huile sur toile de 1094 qui s’inscrit dans sa longue et remarquable série de vues de la capitale française (son lieu de résidence entre 1900 et 1910).
Fort de son amitié avec Matisse, le peintre d’origine bordelaise se lancera corps et âme dans la cause du mouvement fauve, sans guère se laisser influencer par le postimpressionniste. Marquet a la réputation d’avoir broyé lui-même ses couleurs, dans le seul but d’exprimer sa sensibilité personnelle.
Peignant les scènes urbaines depuis ses fenêtres, Marquet a donné naissance à des perspectives audacieuses dans le genre du paysage, des vues plongeantes parsemées de petits personnages occupés à leurs affaires. Chacune de ses vues parisiennes est empreinte d’une atmosphère particulière, propre à la saison et l’heure à laquelle l’artiste a œuvré.

Réalisée aux alentours de 1948-1952, Arlequin (Harmonie Rose) est une œuvre tardive de Georges Rouault qui fait partie d’une série d’innombrables portraits. S’il n'a jamais revendiqué d'appartenance à un mouvement particulier, son travail est nettement associé au fauvisme et à l’expressionnisme et prend pour thème central la nature humaine, traitant souvent des sujets liés à une critique sociale.
Georges Rouault a abordé le thème du cirque dès les années 1930, mais le plus souvent, n'a représenté qu’une seule figure cadrée à la tête ou au buste, comme dans la présente œuvre. Ainsi, Arlequin (Harmonie Rose) témoigne de la fidélité du peintre à la commedia dell’Arte (qui persiste sur deux décennies), présente un caractère très intime et n’est pas sans rappeler l’art du vitrail, sa première formation professionnelle.

Du côté des arts décoratifs, il convient de noter une superbe commode en laque de Chine de l’ébéniste français et maître de guilde Mathieu Criaerd, actif à Paris au XVIIIe siècle. Les meubles de Criaerd ont été particulièrement populaires sous Louis XV, alors que les dames de la cour s’enthousiasment pour les chinoiseries, une tendance stylistique des arts décoratifs qui s’est amplifiée à partir de 1737 avec la célèbre commande de la première commode du genre, passée par la reine Marie Leszcinska pour Fontainebleau. Criaerd s’est spécialisé dans les meubles en laque et de marqueterie florale ornés de somptueux bronzes rococo.

Quelques grands vins ponctueront la session, dont une remarquable bouteille de château d’Yquem de 1787, présentée avec un certificat d'authenticité établi par M. Alexandre de Lur-Saluces (ancien directeur et propriétaire de château d'Yquem) en 1995, contresigné en 2014.
Comme le déclare une lettre de Thomas Jefferson (homme d'État américain et troisième président des États-Unis) au Comte de Lur-Saluces datée du 6 septembre 1790, ce vin blanc de Sauternes a fortement impressionné le président Georges Washington, qui après en avoir goûté un échantillon, en a réclamé trente douzaines pour son compte. Cette bouteille, aussi remarquable par sa rareté que par son état de conservation, provient de l’ancienne collection de Raymond Beaudouin (directeur-fondateur de la Revue du Vin de France et Secrétaire général de l'Académie des Vins de France).

Une bouteille de château Lafite de 1803, issue de l’ancienne collection du violoncelliste Mstislav Rostropovitch devrait également séduire les amateurs, tout comme une rare bouteille de Petrus de 1985 ou encore un assortiment de 14 bouteilles du domaine de la Romanée-Conti Bourgogne, Côtes de Nuits et Côtes de Beaune de 2012.
Rendez-vous le 21 décembre chez Marc-Arthur Kohn à 14h. Les expositions sont ouvertes jusqu’au dimanche 20 décembre 2020 selon les conditions sanitaires en vigueur.



