Une vente d’art africain fait polémique à Nantes

Le 23 mars dernier, l’Association Afrique Loire est intervenue lors d’une vente aux enchères nantaise comprenant des objets d’art africain du XIXe et du XXe siècle, dont plus de 300 armes. Pour l’association, le contenu de la vente était contraire aux récentes actions du gouvernement sur la restitution des œuvres d’art en Afrique. 

Une vente d’art africain fait polémique à Nantes

La collection extensive d’objets d’art africain de ces deux derniers siècles, comprenant 328 armes (épées, poignards, couteaux et haches) devait passer sous le marteau de Salorges Enchères le 23 mars dernier, à Nantes. C’était sans compter sur la réaction d’une association locale, l’Association Afrique Loire, qui a dénoncé la provenance des œuvres comme étant le résultat de pillages coloniaux. L’association a exprimé le désir de débattre avec les organisateurs et les collectionneurs présents lors de la vente.

Image ©Radio France / Paul Sertillanges
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Les deux parties étaient en désaccord sur la provenance des objets. L’administrateur de la salle des ventes a déclaré ne pas comprendre la polémique autour de la collection : « Ce ne sont pas des biens nationaux, ça ne reste que des armes. Ce ne sont pas des objets de culte non plus ». Thomas Bouli, le président de l’association, a cependant affirmé qu’une « quarantaine d’objets, parmi les quelque 300, sont des objets de culte ».  

L’évènement fait écho à la question actuelle des restitutions des biens culturels en Afrique, et à l’action du gouvernement initiée fin 2018 visant à restituer 26 œuvres d’art réclamées par le Bénin depuis longtemps. Selon Bouli, les collectionneurs et experts font passer des objets cultuels et religieux pour des armes afin de pouvoir les vendre plus facilement.

Image ©Radio France / Paul Sertillanges
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En effet, bien que la vente ait été promue comme une dispersion « d’armes courtes africaines », l’objet le plus cher du catalogue était une statuette rituelle. L’association s’est donc rendue dans la salle de ventes avec pour seule intention de débattre, sans pour autant perturber les enchères. Bouli n’a pas manqué de rappeler la période au cours de laquelle les objets ont été rapatriés sur le sol français : « Tous ces objets proviennent de la période précoloniale, à la fin du XIXe siècle, qui est la période la plus violente, avec de nombreux pillages. Ce ne sont pas des missionnaires religieux qui ont ramené des souvenirs, mais ce sont bien des officiers de l’Armée française qui ont pillé, sous les ordres de l’État français ».

L’Association Afrique Loire a réussi à faire intervenir l’État, et à faire retirer une quarantaine d’objets litigieux de la vente. Selon Presse Océan, le ministère des Affaires étrangères aurait annulé la mise à l’encan de 47 objets provenant de l’ancien Royaume de Dahomey, qui seront bientôt rachetés par l’État du Bénin.  

(Image d'en-tête : ensemble de masques et d'objets ornementaux, ©Annie Spratt)