Une remarquable collection de peintures de maîtres s’est glissée dans le catalogue de la maison Rossini. Rassemblé par un couple de passionnés dans les années 1980 à Florence, l’ensemble comprend près de 70 tableaux des écoles italiennes et flamandes, dont des peintures religieuses, des natures mortes et des paysages retraçant deux siècles d’histoire. Tour d’horizon.

Premier lot majeur, ce portrait de Martin Luther signé par l’atelier de Lucas Cranach l’Ancien, peintre et graveur de la Renaissance allemande. Cranach et Luther étaient des amis intimes (chacun était d’ailleurs le parrain des enfants de l’autre), et Cranach, converti à l’idéologie luthérienne, a activement participé à la création de l’iconographie protestante. La figure du célèbre théologien et professeur est apparue plusieurs fois dans l’œuvre du peintre, comme en témoignent le tableau de la vente ainsi que les portraits réalisées autour de 1520-1525 à l’exemple de celui conservé au musée de Bâle.

Giovanni Pietro Rizzoli, dit Giampietrino, était un élève de Léonard de Vinci qui a largement contribué à la diffusion du travail de son maître en réinterprétant nombre de ses compositions. On lui connaît notamment une copie de La Cène, conservée à la Royal Academy of Arts de Londres, ainsi qu’un Salvator Mundi autrefois attribué à De Vinci. Artiste très prolifique, Giampietrino a produit de nombreux retables et madones similaires à cette Marie-Madeleine repentante, qui sera présentée le 24 mars.

Le Tintoret sera représenté avec une Vierge à l’enfant exécutée par son atelier. La composition est inspirée d’une sculpture de Jacopo Sansovino et se retrouve dans plusieurs toiles du maître, comme La Sainte Conversation conservée au musée de Cologne, la Vierge à l'Enfant de Hampton Court et celle de la collection Barbaro Curtis de Venise qui comme ici, apparaît sur fond de paysage. Malgré une œuvre aux thèmes très variés, les travaux les plus connus du Tintoret restent ses séries de scènes de la vie de Jésus, de la Vierge Marie et de la vie de Moïse.

Place à la peinture flamande avec un superbe paysage attribué à Joost de Momper, artiste anversois connu pour son appropriation de la perspective atmosphérique (une technique picturale consistant à marquer la profondeur de l'espace par un dégradé progressif des couleurs et l'adoucissement des contours). En systématisant ce procédé, Momper a trouvé sa signature personnelle, alternant au fil de sa carrière les perspectives plus basses et plus élevées. On retrouve dans certains de ses paysages le principe anthropomorphique qui a fait la renommée de l’artiste Arcimbolodo et de ses têtes composites.

La Vierge et l'enfant Jésus avec saint Jacques et un autre saint est une huile sur toile attribuée à Jacopo Confortini, peintre florentin du XVIIe siècle. Élève de Giovanni da San Giovanni, Confortini a participé à la décoration du Casino Mediceo di San Marco (résidence citadine médicéenne de Florence) entre 1621 et 1624, avant son admission à l'Accademia del Disegno en 1628. Il a principalement produit des peinture religieuses destinées aux églises provinciales de la Toscane, l’une de ses dernières œuvres connues étant un baptême du Christ daté de 1667, dans l'église de Santo Stefano al Ponte à Florence.

Plus rare dans la sélection, cette superbe scène mythologique à l'atmosphère caravagesque attribuée à Pietro Paolini, actif à Venise et à Rome au XVIIe siècle. La toile reprend le thème d’Hercule et Omphale, que l’on retrouve notamment dans un célèbre tableau de Rubens (1603). Hercule, condamné à une année de servitude par l’oracle de Delphes, est acheté comme esclave par Omphale, et effectue à son service de nombreux exploits pour nettoyer le royaume des monstres. Il existe plusieurs interprétations de leur amour, et le détournement de la figure héroïque d’Hercule, une réflexion sur l’inversion de la domination homme/femme, a fasciné bon nombre d’artistes.

Outre les œuvres de cette impressionnante collection, on note la présence de quatre peintures du peintre viennois Balthasar Wigand, ainsi qu’une belle nature morte de l’artiste baroque flamand Alexander Adriaenssen.

Formé à la peinture sur parchemin, Adriaenssen a d’abord été étiqueté comme un aquarelliste par ses contemporains, avant de s’essayer à l’huile. Son talent pour la nature morte était tel qu’elles ont suffit à bâtir sa réputation et à lui octroyer le respect de Rubens, qui lui a acheté deux œuvres, ou encore d’Antoine van Dyck, qui a peint son portrait.
Le catalogue comprend un total de 104 tableaux et œuvres sur papier et sera présenté le 24 mars chez Rossini.


