Le 17 mars prochain, lors d’une vente d’art moderne et contemporain africain organisée par la maison Bonhams, un portrait majeur réalisé par la peintre sud-africaine Irma Stern sera présenté. Estimé entre 700 000 et 1 million de livres sterling, le tableau est l’un des plus importants de l’artiste à apparaître aux enchères depuis son œuvre record, Arab Priest, adjugée chez Bonhams en mars 2011 à 4,3 millions d’euros (3 millions de livres sterling).
Le portrait Arab with Dagger fait partie d’une série de tableaux réalisés par Stern à Zanzibar alors que, fascinée par la culture arabe, elle y retourne pour la seconde fois avec la ferme intention de nourrir sa pratique et de cultiver un nouveau vocabulaire plastique. Les œuvres qui découlent de cette période décisive témoignent de son génie créatif et sont considérées comme les plus importantes de sa carrière.
"Arab with Dagger" est une œuvre remarquable et montre une Irma Stern à son apogée.

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Si son intérêt pour la culture arabe s’est développé par le biais de la population malaise du Cap, c'est à Zanzibar que Stern a véritablement pu comprendre et s’immerger dans leur communauté. Elle effectue son premier voyage à l’été 1939, alors que le conflit mondial éclate, et le second en 1945 avec, semblerait-il, l’intention de faire évoluer sa peinture. Installée dans une maison en face d'une mosquée, elle prend le thé avec la sultane, déambule dans les bazars, assiste à un mariage… et prend note de tout ce qui l’émerveille. Dans ses lettres, elle décrit son séjour comme « une conquête d'un nouveau terrain pour mon travail et mon développement. Je peins des images, des compositions et des visages dramatiques. »
Stern était particulièrement intéressée par les hommes âgés et leur visage qui dégageaient, comme elle le décrira elle-même, « de profondes souffrances, une profonde sagesse et une compréhension totale de tous les plaisirs de la vie - des visages vivants portant les expériences de la vie ».
Arab with Dagger, comme la plupart des œuvres exécutées par l’artiste lors de son séjour, est encadrée dans une section de porte en bois de Zanzibar. Ces portes sculptées en relief dans des thèmes traditionnels comme les fleurs de lotus, l’encens ou encore les poissons, sont typiques de l’île et rendent hommage à son patrimoine et à son histoire. Le fait que ces portes aient été sujettes à une interdiction d’exportation n’a en rien dérangé la peintre, qui a fait appel à un charpentier pour assurer un encadrement parfait de ses toiles.

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Selon Giles Peppiatt, directeur du département de l’art africain chez Bonhams, « Arab with Dagger est une œuvre remarquable et montre une Irma Stern à son apogée. Comme beaucoup de ses portraits de cette période, elle capture non seulement une certaine individualité, mais aussi le fatalisme et la profondeur spirituelle dont l’artiste a été témoin parmi le peuple arabe, qu'elle admirait tant ».
Artiste singulière influencée par l’expressionnisme allemand, Irma Stern a été l’une des premières à représenter la population noire en son pays. Son art du portrait et du paysage s’est enrichi au fil de nombreux voyages, en Afrique (Sénégal, Zanzibar, Congo belge, Swaziland…) et en Europe, pour accéder à une sorte de reconnaissance dans les années 1940.
L’Afrique du Sud, qui a d’abord plutôt mal accueilli, voire moqué son art, lui a fait une juste place dans l’histoire de l’art. Près d’une centaine d’expositions ont été organisées de son vivant à travers le monde et plusieurs de ses tableaux sont aujourd’hui accrochés dans les collections permanentes des plus grands musées internationaux, dont Arab Priest, qui réside au Orientalist Museum à Doha depuis son acquisition par le Qatar Museums Authority en 2011.
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