Un cupidon apparaît dans une toile de Vermeer après trois siècles

Pendant près de trois siècles, un cupidon s’était caché dans l’arrière-plan de « La Liseuse à la fenêtre » de Johannes Vermeer. La couche de peinture est enlevée progressivement pour laisser l’angelot sortir de l’ombre. 

Un cupidon apparaît dans une toile de Vermeer après trois siècles

La Liseuse à la fenêtre est considérée comme l’une des premières scènes d’intérieur du maître hollandais comportant une seule figure. Dans le coin supérieur droite, sous une couche de peinture brunâtre, un petit angelot attendait patiemment de voir le jour. La présence du dieu de l’amour dans la composition était connue des historiens depuis 1979, mais la modification avait été attribuée à Vermeer lui-même. 

En 2017, des tests menés en collaboration avec le Rijksmuseum d’Amsterdam ont révélé que la couche de peinture supplémentaire recouvrant le cupidon avait été apposée plusieurs décennies après la mort du peintre hollandais. Une première restauration (entamée en 2017) a déjà permis d’enlever le revêtement de vernis multicouches, qui avait viré au brun jaunâtre au fil des siècles, dévoilant les couleurs subtiles et froides de Vermeer. 

Johannes Vermeer, La liseuse à la fenêtre, vers 1657, Staatliche Kunstammlungen, Dresde : avant et après restauration (en cours) © SKD, image : Klut / Estel et © SKD, image : Wolfgang Kreische
Johannes Vermeer, La liseuse à la fenêtre, vers 1657, Staatliche Kunstammlungen, Dresde : avant et après restauration (en cours) © SKD, image : Klut / Estel et © SKD, image : Wolfgang Kreische

L’allègement du vernis a également démontré que les propriétés de solubilité de la couleur dans la partie centrale de l’arrière-plan étaient différentes de celles des autres zones de la composition. 

Suite à la récente découverte, la Staatliche Kunstammlungen de Dresde a pris la décision d’entamer une seconde restauration, qui devrait s’achever en 2020. Christoph Scholzel, en charge de l’opération, retire progressivement au scalpel la couche surpeinte, et pour l’instant, seule une partie de l’angelot sort de l’ombre.

Johannes Vermeer, La liseuse à la fenêtre, vers 1657, Staatliche Kunstammlungen, Dresde, image © SKD / Wolfgang Kreische
Johannes Vermeer, La liseuse à la fenêtre, vers 1657, Staatliche Kunstammlungen, Dresde, image © SKD / Wolfgang Kreische

« C’est un travail de longue haleine qui progresse en moyenne de 1 cm2 par jour » explique le musée. Mais c’est aussi la meilleure façon de conserver les résidus de vernis recouvrant la peinture originale de 1657. 

Le projet, suivi par une commission internationale d’experts, est en partie financé par la Hata Foundation. À l’issue de la restauration, La Liseuse à la fenêtre devrait être exposée à Dresde dans le cadre de l’exposition permanente de la Gemäldegalerie Alte Meister. En attendant, la toile peut être admirée dans son état intermédiaire à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde jusqu’au 16 juin.

Restauration de l'œuvre, capture du reportage sur le processus, publié par © Staatliche Kunstsammlungen Dresden
Restauration de l'œuvre, capture du reportage sur le processus, publié par © Staatliche Kunstsammlungen Dresden

L’apparition du dieu de l’amour modifie considérablement la lecture de l’œuvre : la figure de la lectrice est à présent contrebalancée par la silhouette à l’arrière-plan, l’impression d’isolement et d’intimité qui entourait la jeune fille est troublée, tandis que la feuille de papier qu’elle tient dans ses mains peut être interprétée comme une lettre romantique.

Retrouvez toutes les œuvres d’art aux enchères sur Barnebys !