Dans quelques jours, la maison parisienne Rossini dispersera lors de sa vente d’art moderne et contemporain quelque 248 peintures et sculptures incluant une très belle sélection d’œuvres d’artistes franco-asiatiques. Parmi les travaux majeurs cédés lors de cette vente, nous soulignerons une encre et gouache sur soie, ainsi qu’un livret de poèmes illustrés par Mai Thu, une encre de Chine sur papier Japon et une lithographie de l’artiste chinois naturalisé français Zao Wou-ki. Enfin, les amateurs de Foujita seront ravis de découvrir un ravissant autoportrait de l’artiste. La vente du 1er décembre mettra également à l’honneur les maîtres du XIXe et début du XXe siècle avec par exemple un ensemble d’une trentaine de lots d’Eugène Villon, trois céramiques de Pablo Picasso, deux huiles de Brayer, 10 lots de Richard Guino ou encore 7 tableaux de l’artiste de Mad-Jarova.

Cette peinture au sujet bucolique représente une joute navale dans l’Yonne en France. Son auteur, Maximilien Luce était un proche de Paul Signac et de Paul Seurat, les deux peintres paysagistes à l’origine du divisionnisme et du pointillisme, techniques qui ont probablement inspirées Luce. En effet à la manière de ses confrères, et notamment de Camille Pissaro dont il se rapproche dans les années 1890 lorsqu’il emprunte le chemin du néo-impressionnisme, la juxtaposition des couleurs complémentaires dans cette peinture crée une vibration particulière et une intense luminosité.
Ce portrait de femme et son enfant jouant avec une ancienne pièce de monnaie, fut réalisé par le peintre français d’origine vietnamienne Mai-Thu (1906-1980) à l’encre de Chine. Cette technique, particulièrement appréciée par ce grand dessinateur et portraitiste lui permet ici d’exprimer avec beaucoup de douceur et de finesse un sujet poétique, inspiré de sa propre vie et de ses origines. En effet, à cette époque la femme de l’artiste est mourante et, manquant de temps, Mai-Thu développe ce savoir-faire sur les recommandations de son ami le poète Henri Michaux. Cette œuvre évoque la rencontre entre l’orient et l’occident, entre la calligraphie et l’abstraction, évoquant ainsi l’histoire de l’artiste et sa culture.
Cette encre de Chine sur papier Japon signée de l’artiste sino-français Zao Wou-Ki ne passera pas non plus inaperçue. Né à Pékin, l’artiste fait ses études aux Beaux Arts de Hangzhou puis se rend à Paris en 1947 où il fait la connaissance de Paul Klee, Franz Kline, Alberto Giacometti, Jean Paul Riopelle ou encore Pierre Soulage. Mêlant sa culture d’origine à l’abstraction des années 50 très en vogue dans son milieu parisien, son travail se fait rapidement remarquer par les collectionneurs chinois jusqu’à atteindre des millions au début des années 2000. À l’instar de Mai Thu, le poète Henri Michaux encourage l’artiste à utiliser l’encre de chine, un savoir-faire traditionnel en accord avec la démarche du peintre.

Cette fonte de fer intitulée « expansion à l’autoportrait » témoigne de l’appétence de son sculpteur, César, mondialement connu pour son utilisation de matériaux nouveaux et ses gestes radicaux. Cet artiste qui révolutionna la sculpture rejoint le mouvement des Nouveaux réalistes fondé en 1960 par Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany. À la fin des années 60.
Il exploite les possibilités des matériaux en coulées lisses, il superpose et juxtapose les couches, intervenant ainsi sur la rigidité, le nappage et la masse figée de la matière. Cette sculpture de 1994, présente une version aboutie de ce travail appelé « Expansion ». Rossini présentera également une Compression palmes et étoiles de 1985, édité par Arthus Bertrand à 400 exemplaires, ainsi qu’un dessin représentant un portrait d’homme sur une chaise.

Dans un style différent, Edmond Moirignot est aussi un sculpteur de génie. À l’instar d’Alberto Giacometti ou de Germaine Richier, il renouvelle la sculpture figurative d’après-guerre. Comme beaucoup d’étudiants des Beaux-Arts, Moirignot reçoit un enseignement conventionnel lui permettant d’acquérir les techniques académiques et de s’inspirer des grands maîtres classiques. Pourvu d’une incroyable sensibilité l’artiste fait de sa foi en l’âme humaine qui pense et qui aime son centre de gravité.
Comme c’est le cas pour cette sculpture intitulée Eve, il conçoit ses bronzes dans l’idée que la lumière puisse s’y refléter et faire ainsi transparaître l’âme et les émotions de son sujet. Art, spiritualité ainsi qu’une grande humanité sont donc au coeur de sa démarche.
Les œuvres de Moirignot ont d’ailleurs conquis le coeur des conservateurs de musées. On retrouve ses figures légères dans les galeries de musées à Alger, Fontainebleau, Genève ou encore Paris au Musée d’Art Moderne.

Nous clôturerons cet article avec ce charmant portrait de femme par Roger Bissière, un autre représentant de la Nouvelle École de Paris dans les années 1950. Ami de Georges Braque et André Lhote, Bissière se fait connaître au début du XXe en présentant ses travaux au Salon d’Automne. Après la guerre il devient un membre clé de la nouvelle École de Paris et, développe une expression cubiste dans laquelle la figure humaine n’est jamais absente, bien qu’il s’oriente vers l’abstraction. Artiste, Bissière est également un important critique d’art et professeur. À travers ses écrits, il influencera toute une génération d’artistes et d’académiques. Ce portrait de femme (Buste de femme ou La République), réalisé en 1920, fut présenté lors de sa première exposition personnelle dans la célèbre Galerie Paul Rosenberg en 1921. Ce portrait est particulièrement remarquable, puisque le peintre décidera d’abandonner quelques années après sa réalisation la figure humaine, un sujet qui était jusqu’alors au coeur de son travail.
Les œuvres seront exposées à la salle de vente du 29 novembre au 1er décembre et la vente aura lieu le 1er décembre.


