Le travail de Dame Magdalene Odundo transcende le temps et l’espace. Inspirée par ses origines kényanes, la culture africaine et le corps de la femme, la céramiste arrivée au Royaume-Uni en 1971 s’est imposée comme l’une des plus influentes de la discipline.
Sa cote est restée stable pendant cinq ans, de 2015 à novembre 2020, avant que l’œuvre Angled Mixed Coloured Piece, de 1988, ne soit adjugée pour 221 600 euros chez Maak Contemporary Ceramics. Aujourd’hui, on ne l’arrête plus : Sotheby’s a enregistré, lors d’une vente du soir d’art britannique tenue le 29 juin dernier, le nouveau record mondial de l’artiste avec Untitled, une céramique de 1986. Estimée entre 60 000 et 90 000 livres sterling (70 000 à 105 000 euros), l’œuvre s’est envolée pour 378 000 livres (environ 440 000 euros), soit plus du quadruple de son estimation haute.

Ce qui est si beau dans le pot, c'est qu'il véhicule un langage universel, celui de l'utilité spirituelle et de l’esthétique.
Issue d’une collection privée, Untitled était l'une des plus belles œuvres d'Odundo à être mise aux enchères, selon la maison de ventes. Reposant sur un pied à la superficie considérablement réduite, Untitled présente un corps généreux et arrondi, qui contraste élégamment avec les pointes angulaires du cou allongé. Vu de profil, c’est un mariage habile entre la sensualité des courbes du bas et la netteté des lignes du haut. Pour arriver à cette palette chromatique de brun, de noir et d’orange, et cette surface à la fois matte et brillante, Odundo a réalisé de multiples cuissons. Cette technique est caractéristique de l’artiste et lui permet de faire cohabiter deux couleurs de manière subtile.

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Chez Odundo, la méthode manuelle est au cœur du processus, comme pour la sculpture directe de Moore et Hepworth (qu’elle a d’ailleurs rencontrés peu après son arrivée en Angleterre), dictant ainsi la forme finale des œuvres. « Ils sont très sculpturaux et très figuratifs... Ce qui est si beau dans le pot, c'est qu'il transmet un langage universel, celui de l'utilité spirituelle et de l'esthétique. Il est vénéré et compris par tous, et donc important pour tous... Quoi d'autre de mieux qu'un pot peut vous parler de la vie humaine ? », a déclaré l’artiste lors d’une interview avec Ben Okri en 2019.
Outre les références générales au corps féminin (pied, corps, cou, lèvre, bouche), Odundo confère à ses œuvres des références qui lui sont propres, comme celles au corps de la femme enceinte ou au corps féminin modifié par des traditions rituelles et culturelles. On retrouve par exemple, dans certaines de ses œuvres, des échos aux profils des femmes Mangbetu de la République démocratique du Congo, dont les crânes ont été allongés dès l’enfance.

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Comme l’a déclaré Andrew Bonacina, conservateur en chef du Hepworth Wakefield, « Odundo était, et reste, l'une des plus grandes voix à émerger de l'essor de la céramique d'atelier britannique dans les années 1980 ; dans ce contexte, son travail a contribué à remodeler et à enrichir ses expressions et ses discours. Fabriqué en Grande-Bretagne mais façonné par une vision globale, le travail d'Odundo s'oppose à toute tentative de le définir géographiquement, préférant s'exprimer dans un langage qui transcende le lieu et l’espace ».
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