Les globes se vendent tout autour du monde

Orbe du monde, sphère terrestre, vision céleste ou zodiacale… Depuis des siècles, les globes figurent parmi les objets les plus symboliques en matière de science, de pouvoir ou de religion. Leur présence sur le marché de l’art témoigne de l’intérêt intarissable des collectionneurs pour ces objets d’art uniques.

Les globes se vendent tout autour du monde

Un globe est une représentation réduite en 3D d’une planète, d’une étoile ou du ciel. Dès l’Antiquité, la Terre s’impose comme le sujet privilégié de ces concrétisations sphériques d’un monde peu ou prou fantasmé. Car là est bien le cœur du sujet : la production de globes ne peut être envisagée qu’à partir du moment où l’on admet que la Terre est ronde…

Les premières sphères terrestres et célestes apparaissent chez les Grecs. Le globe est alors associé à l’astrologie et à la religion, au destin du monde et au pouvoir des dieux. Plus concrètement, il sert aussi probablement à la géographie ou à la navigation. Par la suite, le globe devient un attribut symbolique du pouvoir universel, dont l’Empire Romain et l’Église tirent le meilleur profit.

Artiste inconnu, l'Atlas Farnèse, IIIe siècle, image via Ilya Shurygin
Artiste inconnu, l'Atlas Farnèse, IIIe siècle, image via Ilya Shurygin

Du côté matériel, les modèles antiques ont aujourd’hui disparu. On sait que les Romains fabriquaient des « imitations du ciel » (ouranion mimena), mais très peu de globes nous sont parvenus. L’un d’eux est conservé au Musée National de Naples, sur le dos en marbre sculpté de l'Atlas Farnèse (IIIe siècle). Après la chute de l’Empire Romain, le savoir antique se transmet autour de la Méditerranée. Dans le monde islamique, on recense une douzaine de globes célestes correspondant à l’âge d’or de la science arabe (900-1300).

Martin Beheim, Erdapfel, 1492, image via Germanisches Nationalmuseum
Martin Beheim, Erdapfel, 1492, image via Germanisches Nationalmuseum

En Occident, il faut attendre la Renaissance avec la carte imprimée d'Albrecht Dürer et le premier globe céleste imprimé de Johann Schöner pour assister au renouveau de l'astronomie. Les XVIe-XIXe siècles peuvent être considérés comme un âge d’or de l’art globulaire. Parmi les pièces les plus prestigieuses, on compte le globe « Erdapfel » du cartographe allemand Martin Behaim (c.1492). D’un diamètre de 51 cm, il ne figure ni l’Amérique, ni l’Australie.

La mention du Nouveau Monde apparaît probablement pour la première fois sur le fameux Globe vert, tout en roseau et en kaolin (c.1506). Progressivement, le globe devient un symbole des avancées scientifiques de la Renaissance, dans une histoire jalonnée des noms célèbres de Copernic, Brahe, Kepler, Galilée ou Newton. On y ajoutera ceux des grands cartographes, souvent oubliés : Waldseemüller, Mercator, Hondius, Blaeu ou Coronelli.

Globes Coronelli « Terrestres et Célestes », 1688 et 1693, image via Globemakers.com
Globes Coronelli « Terrestres et Célestes », 1688 et 1693, image via Globemakers.com

À eux seuls, les célèbres globes de Coronelli offert à Louis XIV en 1684 (BnF) sont emblématiques de l’importance scientifique et symbolique conférée à ce nouvel objet. Pour autant, il n’existe pas de modèle standard. Tout dépend de l’état des connaissances, des choix des fabricants et des « croyances scientifiques » du moment (découvertes, équateur, tropiques, pôles, méridiennes…). Chaque globe contient des informations aléatoires, relatives à la géographie, à l’astronomie, à l’astrologie ou au découpage du temps terrestre.

Artiste inconnu, L'Armada Portrait, 1588, image via Elizabethi.org
Artiste inconnu, L'Armada Portrait, 1588, image via Elizabethi.org

Nombre d’artistes modernes représentent alors la place importante conférée au globe en tant qu’attribut de modernité, comme en témoignent l’Armada portrait (1588) ou Le Géographe de Vermeer (1669). Dès le XVIIIe siècle apparaissent des globes de poche. Les fabricants Charles Price et Nathaniel Hill s’en font une spécialité. Au XIXe siècle, Newton et Wyld sont parmi les plus réputés. Ce dernier présente en 1851 un impressionnant globe de 12 mètres, lors de l’exposition universelle de Londres. En France, quelques noms s’imposent aussi, comme Charles-François Delamarche.

Gerardus Mercator, Murad III Globes, XVIe siècle, image © Christie's
Gerardus Mercator, Murad III Globes, XVIe siècle, image © Christie's

Si l’usage scientifique du globe est aujourd’hui supplanté par les nouvelles technologies, les pièces anciennes restent un témoignage précieux de l’évolution des connaissances et des croyances humaines. La portée symbolique, elle, reste intacte, comme le prouvent nombre d’œuvres publiques (Sphère armillaire du Palais des nations à Genève) et les logos de grandes organisations (Unicef).

Côté marché, l’ancien règne en maître. Les pièces des XVIe-XIXe siècles sont les plus recherchées, mais les difficultés de datation expliquent souvent les adjudications aléatoires. Les pièces rares atteignent régulièrement des prix supérieurs à leur estimation. Une double sphère céleste/terrestre de l’époque de François Ier a été vendue en 1999 pour 276 500 livres (Christie’s Londres). En 2000, c’est une sphère céleste de luxe en bronze signée Paul Manship (1934) qui s’est envolée pour 941 000 dollars (Christie’s New-York). On peut encore citer le beau succès des globes de Coronelli ou de Vaugondy auprès des acheteurs.

Paul Howard Manship, sphère céleste, 1934, via Pinterest
Paul Howard Manship, sphère céleste, 1934, via Pinterest

Mais le top ultime du secteur est constitué par les lots extra européens ou très anciens. Une sphère céleste islamique d’un diamètre de 13 cm (1660) s’est envolée en 2016 pour 98 500 livres (Christie’s Londres). Enfin, en 2006, Christie’s Paris a mis en vente une pièce exceptionnelle en provenance de la galerie Kugel : une sphère zodiacale en argent doré datant des IIe-IIIe siècles, d’un diamètre de 6 cm. L’objet s’est envolé pour la somme céleste de 225 000 euros.

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