Inigo Philbrick, jeune marchand d'art bien connecté au style de vie luxuriant, avait disparu l'année dernière après avoir été accusé, entre autres, d'avoir vendu plusieurs fois la même œuvre d’art à différents acheteurs, ou d’avoir vendu des œuvres dont il n’était pas propriétaire. Les forces de l’ordre l’ont arrêté jeudi dernier au Vanuatu, un pays du sud de l'océan Pacifique.
Le marchand d’art de 33 ans est aujourd’hui poursuivi pour fraude électronique et vol d’identité aggravé. Ce présumé « stratagème » a escroqué, entre 2016 et 2019, des collectionneurs et entités du marché de l’art pour un total de 20 millions de dollars, ont déclaré les procureurs fédéraux de Manhattan.
À la demande de l'ambassade des États-Unis en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philbrick a été emmené à Guam, où il a comparu en cour fédérale ce lundi. Selon le bureau du procureur américain de Manhattan, Philbrick avait quitté les États-Unis peu de temps avant que les allégations contre lui ne soient rendues publiques. Le Vanuatu a affirmé aux forces de l'ordre américaines qu'il y vivait depuis fin octobre 2019.
Les galeries de Philbrick, situées dans le quartier de Mayfair à Londres et à Miami, exposaient des artistes de premier ordre tels que Rudolf Stingel, Christopher Wool, Wade Guyton et Mark Bradford. Philbrick s’est forgé une réputation auprès des acteurs du marché de l’art pour avoir vendu des œuvres non seulement à des particuliers, mais aussi à des groupes de collectionneurs. En seulement quelques années, il s’est placé comme un expert sur les œuvres d’artistes contemporains en vogue, dont les prix ont nettement augmenté au début des années 2010.

En 2019, Philbrick a revendu un portrait de Pablo Picasso par Rudolf Stingel chez Christie’s, pour 5,5 millions de dollars (il l’avait acheté pour 6,7 millions de dollars plusieurs années auparavant). Néanmoins, à la suite de la vente aux enchères, une personne a affirmé détenir 100% de cette peinture, quand deux autres ont déclaré détenir chacune 50%, suggérant que Philbrick avait vendu l’œuvre deux fois. L’argent touché suite aux multiples ventes lui servait apparemment à en acquérir une autre, et ainsi de suite.
Il aurait également utilisé de faux documents, des contrats et des dossiers frauduleux pour tromper ses investisseurs et faire gonfler le prix des œuvres.
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Selon son ami et ancien collaborateur, l’écrivain et marchand new-yorkais Kenny Schachter, les opérations frauduleuses de Philbrick ont été rendues possibles grâce à un « manque de transparence du marché de l’art. Il n'y a pas de base de données centralisée et peu de réglementation, malgré l'argent en jeu. Il est difficile pour les investisseurs de vérifier combien leurs marchands ont acheté leurs œuvres, ce qui leur permet d’ajouter une marge sur les prix. C’est triste. » L’écrivain s’est dit choqué que Philbrick, une personne si brillante et talentueuse, ait été aveuglé par l’orgueil et la cupidité.
Poursuivi par ses anciens clients à New York, Miami et Londres, Philbrick avait disparu l'année dernière et n’a jamais comparu aux audiences du tribunal concernant certains de ces litiges. Fin 2019, la galerie de Miami a fermé ses portes, tandis que ses avocats l'ont abandonné. Il encourt jusqu’à 20 ans de réclusion.
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