Le 23 mai prochain, la maison Artcurial orchestrera une vente axée sur l’Art Déco et le Design, avec au catalogue de la vaisselle et verrerie, du mobilier, et autres objets de décoration. Les lots, triés sur le volet par les experts, datent de diverses périodes et constituent un beau panorama de la création du siècle dernier. De la tapisserie au mobilier, en passant par le luminaire, Artcurial proposera une sélection prestigieuse ponctuée de grands noms comme Charlotte Perriand, Le Corbusier, Jean Prouvé, Jean Royère, ou encore Paul Dupré-Lafon. Tour d'horizon.

Nous commençons notre exploration avec les frères Jean Prouvé et Henri Prouvé et leur grand meuble de séparation double face, datant d'environ 1950. Ce meuble à l’allure épurée sert à la fois d’espace de rangement, avec une partie bahut et une partie bibliothèque-étagère, et de séparateur. Il a été commandé à Jean Prouvé par Pierre Bindschelder qui a chargé Henri Prouvé, architecte et frère de Jean, de l’aménagement de sa résidence bretonne. Jean Prouvé est un des designers français les plus connus, ayant débuté en tant que ferronnier d’art avec un style Art nouveau pour progressivement se tourner vers une esthétique moderne et avant-gardiste. Il affectionnait particulièrement l'utilisation de l’acier inoxydable, que l’on retrouve dans ce meuble d’un beau rouge laqué.

Meuble similaire daté d'environ 1960, le Bahut « Droit » de Charlotte Perriand propose un tout autre style évoquant un ailleurs oriental. En effet, on y retrouve les subtiles influences du Japon, où Charlotte Perriand a séjourné. Le design épuré parle de lui-même, alliant bois massif et plastique (pour les portes), deux matières appréciées par la designer. Grâce au plastique, les portes coulissent en silence, de la même manière que les panneaux japonais en papier, tandis que la couleur noire accentue le côté minimaliste du bahut.

Artcurial aura le plaisir de présenter trois pièces emblématiques de Jean Royère, talentueux décorateur et designer de l’après-guerre connu pour ses luminaires et ses meubles à l’aspect organique. Ici, l’ensemble a été commandité par le couple Denis et René Lucas dans les années 1950. Il comprend la table basse « Flaque », conçue pour compléter le canapé « Ours polaire », ainsi que le fauteuil « Éléphanteau ».
Le canapé « Ours polaire » est une création iconique du design de l’après-guerre : la forme organique et l’absence d’ossature apparente sont inédites à l’époque. C’est là la patte de ce décorateur de génie, Jean Royère abrogeant les structures traditionnelles pour inventer de nouvelles formes.

Du mobilier, nous passons aux panneaux décoratifs avec Les Chevaux (circa 1935) de Jean Dunand. Jean Dunand avait de nombreuses casquettes : décorateur, sculpteur, laqueur, ébéniste, peintre, ce Suisse naturalisé français s'est imposé comme l'un des plus grands créateurs de l’Art déco. Ce panneau décoratif en bois gravé a été laqué et doré à la feuille. Les grands aplats, ainsi que la perspective particulière de la scène animalière, ne sont pas sans rappeler les courants artistiques de l’époque.

Les dés sont jetés est, non pas un panneau décoratif, mais un tissage en laine de couleurs, daté de 1960. Cette pièce saisissante a été créée par le non moins impressionnant Charles-Édouard Jeanneret, alias Le Corbusier. Cet architecte, décorateur, peintre et sculpteur est l’une des grandes figures du mouvement moderne, son œuvre architecturale étant classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. La tapisserie est un médium que Le Corbusier découvre en 1930 et qu’il ne tarde pas à explorer dans sa recherche picturale de la modernité. Les dés sont jetés symbolise à la perfection le genre de créations murales modernes et graphiques typiques du Corbusier.
Le cousin de Le Corbusier figure également au catalogue : la table de lecture éclairante de Pierre Jeanneret est un bel objet en teck jouant avec la symétrie et l’assemblage de divers matériaux comme l’acier laqué gris et le verre dépoli.

En parlant d’éclairage, un rare lampadaire (circa 1945) de Paul Dupré-Lafon est une pièce d’une rare élégance, captant le regard grâce à son fût en lames de fer patiné noir qui encadre deux plaques rectangulaires dorées à la feuille d’or, elles-mêmes protégées par deux plaques de verre. C’est là la particularité des intérieurs de Paul Dupré-Lafon, car il apporte un soin tout particulier aux luminaires qui sont les points où le regard converge, là où le reste de l’espace est dépouillé et minimaliste. Les matériaux choisis sont aussi la marque de fabrique de Dupré-Lafon ; à noter que, si ce modèle de lampadaire a fait son apparition dans les années 1930, celui-ci est le seul exemplaire connu utilisant la feuille d’or.
Des créations de François-Xavier Lalanne, Line Vautrin et Ron Arad seront également présentées. Rendez-vous le 23 mai chez Artcurial pour un plongeon dans l'histoire du design, de la période Art déco au reste du XXe siècle.



