Le tribunal de grande instance de Paris a accueilli, le 25 juin 2019, le procès des héritiers Gimpel, qui demandent à l’État la restitution de trois tableaux ayant appartenus à leur grand-père, le marchand d’art et collectionneur juif René Gimpel, mort en déportation en janvier 1945.
Deux des trois œuvres en question, Paysage à Cassis et La Chapelle-sous-Crécy, ont été déposées par l’État au musée de Troyes, tandis que la dernière, Pinède, Cassis, a été acquise en 1987 par le musée Cantini de Marseille. Selon les descendants de Gimpel, leur grand-père aurait été contraint de les vendre peu après l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Le célèbre marchand avait fermé sa galerie d’art parisienne en 1939, avant de fuir pour rejoindre la résistance en juillet 1940. Une partie de ses biens, conservée dans 81 caisses, avait été saisie par les Allemands en 1942. Gimpel est décédé en déportation au camp de concentration d’Hamburg-Neuengamme trois ans plus tard.

La première réclamation des héritiers a été déposée en 2013, via leur avocate, Me Corinne Hershkovitch. Le dossier s’est pourtant enlisé, car retracer le chemin parcouru par les œuvres dans une période aussi agitée relève presque du défi. Lors du procès, l’avocate des Gimpel a apporté un certain nombre de preuves pouvant établir la spoliation, comme le catalogue de la vente de la collection du marchand Kahnweiler à Drouot, qui démontre l’acquisition par Gimpel de six tableaux du fauviste en 1921, dont quatre paysages. Parmi ces œuvres figurent Cassis, Vallon à Cassis, et Le Moulin, qu’il rebaptisera La Chapelle-sous-Crécy.
Le dossier de Me Hershkovitch comprenait également des photographies détenues par les musées, tirées directement des archives de Gimpel, ainsi que des clichés de son hôtel particulier, où les œuvres étaient accrochées. « René Gimpel a probablement fait ce qu’il a pu pour les faire vendre et pour survivre », a-t-elle plaidé, ce qui, en vue des lois d’exception qui accablaient le peuple juif à ce moment là, est assimilable à une « vente forcée ». La famille du marchand se fonde donc sur une ordonnance d’avril 1945 sur la nullité des actes de spoliation, et réclament le retour des trois toiles.

Les avocats des musées ont attesté la légalité des acquisitions, et notamment celle de Pinède, Cassis, dont la vente a été orchestrée par des résistants et proches de Gimpel. Le tableau aurait donc été acheté en 1942 par la famille Terrin au critique d’art Jacque Guenne, puis vendu au musée en 1987. Les deux œuvres du musée de Troyes auraient, quant à elles, été achetées par Pierre Levy en 1948 et 1951, qui en a ensuite fait don à la ville en 1976.
« On manque hélas de certitudes dans ce dossier », a déclaré l’avocat du ministère de la Culture, Me Burel. « Nous n’avons pas de liste exhaustive des Derain que René Gimpel possédait. On sait qu’il en a eu d’autres que ceux achetés à la vente Kahnweiler, notamment une « Barque rouge » citée dans son journal ». Le ministère de la Culture estime que les preuves de la spoliation restent insuffisantes, et qu’il n’existe aucun acte de vente retraçant son activité pour ces années 40-45. « Évidemment », a relevé Claire Gimpel, « puisqu’il n’avait pas le droit de les vendre ».

Pour Claire, qui a orchestré la chasse aux tableaux, ce n’est pas une question d’argent : « S'ils m'avaient proposé de refaire le cartel à côté des tableaux pour raconter leur histoire et mentionner leur provenance, avec le nom de mon grand-père, j'aurais été ravie. Mais ils n'ont même pas été capables de faire ça ».
Face à l’hostilité des musées depuis 2013, à « l’inertie de la France », et à l’impasse du dialogue engagé avec le ministère de la Culture, l’affaire a été portée en justice, et la délibération est attendue le 29 août prochain.
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