Le Rijksmuseum d'Amsterdam, qui possède le plus grand nombre d’œuvres du peintre baroque néerlandais Rembrandt, a annoncé en octobre 2018 la restauration de son œuvre la plus populaire, le portrait collectif de 1642 intitulé la Ronde de nuit. L’opération succède à la grande exposition rétrospective organisée cette année par l’institution pour célébrer le 350e anniversaire de la mort de l'artiste.

La Ronde de nuit est une commande de Frans Banning Cocq, un chevalier et bourgmestre d'Amsterdam de la première moitié du XVIIe siècle, représenté par Rembrandt au centre de la composition, entouré de la compagnie civile qu’il commandait. L’œuvre était destinée à décorer la grande salle du premier étage de la Maison des arquebusiers (le siège de la milice) d'Amsterdam, le Kloveniersdoelen, qui bénéficiait de grandes dimensions et de hauts plafonds après des travaux exécutés en 1638. Le commanditaire de l’œuvre, Frans Banning Cocq, est illustré au milieu de la scène aux côtés du lieutenant Willem van Ruytenburch, comme en témoigne le nom officiel du tableau : La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch. Les 17 autres gardes placés sous le commandement de Cocq ont payé l’artiste afin de figurer sur le tableau, portant le revenu total de Rembrandt à 1 600 florins (le salaire annuel d’un ouvrier amstellodamois étant de 250 florins).
Pour ce chef-d’œuvre à grande échelle, Rembrandt a utilisé la technique du clair-obscur, qui, jumelée avec l’asymétrie des militaires les uns par rapport aux autres, donne l’impression d’un mouvement vers l’avant. Le titre « la Ronde de nuit » n’a été donné à l’œuvre qu'au XIXe siècle, après que les différentes couches de vernis appliquées au cours des siècles aient noirci, donnant l'impression que la scène se déroulait la nuit. Le titre peut aujourd’hui apparaître comme un contresens, le portrait collectif étant diurne.

La toile est restée exposée dans la grande salle de la Maison des arquebusiers pendant plus de 70 ans, et en 1715, a été déplacée à l'hôtel de ville d'Amsterdam. L'espace prévu était néanmoins trop petit pour accueillir une œuvre d’une telle envergure, si bien que plusieurs parties du tableau ont été généreusement coupées, en haut et sur les deux côtés, réduisant le tableau à une taille finale de 3,6 sur 4,3 mètres. On ignore toujours où se trouvent les morceaux sectionnés.
Environ un siècle plus tard, en 1808, la Ronde de nuit est transférée de la Haye à Amsterdam pour entrer dans les collections du Rijksmuseum qui, à l’origine, était installé dans un manoir néoclassique à Trippenhuis. Le chef-d'œuvre de Rembrandt était exposé dans le grand hall du manoir, et en 1885, l’institution déménage dans le bâtiment qui abrite aujourd'hui ses précieuses collections.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le célèbre portrait collectif et les autres trésors du musée ont été retirés pour être conservés et cachés dans un dépôt à Maastricht, puis rendus au musée après le conflit.
Après presque quatre siècles sans incidents majeurs, le chef-d’œuvre a subi deux actes de vandalisme entraînant des restaurations complexes : en 1975, un homme lui inflige douze coups de couteau, tandis qu’en 1990, la toile est aspergée d’acide sulfurique par un visiteur. Les conséquences de cette deuxième attaque ont été minimisées par les experts du musée, qui ont immédiatement nettoyé la surface du tableau.

Cette restauration, qui a démarré le 8 juillet dernier, sera la plus importante jamais réalisée sur l’œuvre, et permettra d'en savoir plus sur son histoire. Le musée ne voulant pas priver le public de sa pièce maîtresse, l’opération se déroulera dans la salle de la Ronde de nuit, derrière une paroi de verre, pour permettre aux visiteurs de suivre le travail des experts de près. Le chef-d’œuvre du maître hollandais sera visible en permanence, et le processus peut même être suivi en direct.
La restauration devrait durer un an et coûter près de 3 millions d'euros.
Découvrez toutes les œuvres d'art aux enchères sur Barnebys !


