La chasse sous le signe de l’art

La chasse, tradition remontant aux origines de l’homme, a donné naissance à de nombreuses créations artistiques et artisanales qui séduisent le collectionneur, le décorateur, et l’esthète.

Baron Karl Reille, Le bât l'eau (détail), image © Cornette de Saint Cyr
Baron Karl Reille, Le bât l'eau (détail), image © Cornette de Saint Cyr

Artisan, Dominique Saulnier n’a jamais complètement abandonné son premier métier. Antiquaire spécialisée dans la décoration de chasse, elle présente ses créations à l’orée du bois, aux Puces du canal, à Lyon-Villeurbanne dans une boutique appelée « Retour de chasse ». Elle fait le point pour nous sur le marché, avec un point de vue « décoratif ».

Parmi les objets de collection sur la chasse les plus recherchés, on retrouve les bijoux (bracelets, épingles, boutons). Ils connaissent un réel succès, mais «sont difficiles à trouver et sont généralement demandés par des collectionneurs exigeants ». Pour le mobilier de chasse, et les buffets de chasse en particulier, l’antiquaire confie que : « non seulement ils sont rares, mais que lorsque l’on en trouve, le client est encore plus difficile à atteindre ». Un beau buffet bas d’époque Régence (vers 1720) incarne l’élégance du meuble français. En revanche, « une belle table à gibier, cela se vend bien », affirme Mme Saulnier. Quant aux (trop) célèbres gravures d’Aldin et d’Elliot, « elles intéressent surtout les chasseurs » eux-mêmes. 

Xavier de Poret, Chien et Lièvre, dessin à la mine de plomb et fusain, image © OVV Pousse-Cornet-Valoir
Xavier de Poret, Chien et Lièvre, dessin à la mine de plomb et fusain, image © OVV Pousse-Cornet-Valoir

« Oui, il existe encore des amateurs pour les beaux bronzes animaliers », confirme le commissaire-priseur Romain Merien. Me Merien travaille à l’étude Pousse Cornet, qui organise quatre à cinq ventes par an dédiées à la chasse, à Orléans et à Blois, aux portes de la Sologne. L’étude s’adresse à une clientèle connaissant l’univers de la chasse, et se concentre davantage sur la collection que sur la décoration… Notre interlocuteur évoque des incontournables parmi les sculpteurs bronziers, tels qu’Alfred Barye (1839-1882) ou Alfred du Dubucand (1828-1894). « Un grand nom n’est pas forcément nécessaire pour qu’un bronze plaise : de jolis modèles anonymes peuvent tout autant s’envoler pour plusieurs centaines d’euros ».

Côté peinture, il faut aussi épingler les célébrités de la catégorie : « Édouard Paul Mérite (1867-1941), Charles-Fernand de Condamy (1855-1913), Karl Reille (1886-1975), Jules Finot (1827-1906) … ». Même de simples pochoirs d’Harry Eliott trouvent preneur autour de 100 euros pièce. Outre les « petits objets décoratifs ou intimistes très appréciés », Romain Merien note un réel intérêt pour les livres anciens de cynégétique, mais « à condition qu’ils soient en bon état ». Les petites pièces de collection, elles, se défendent très bien. « Un seul bouton de vénerie se vend entre 30 et 70 euros, et certains peuvent monter jusqu’à 120 euros, selon la rareté et l’équipage du domaine de chasse qu’ils représentent ». Quant aux plaques de garde-chasse, certaines atteignent les 600 euros. « Derrière ces pièces, il existe un historique qui plaît beaucoup aux collectionneurs », signale Me Merien. La chasse, la vraie, enracinée dans l’histoire des hommes, ne pouvait que rencontrer l’art. 

Pierre-Jules Mène, Chasse en Écosse, bronze, image D.R.
Pierre-Jules Mène, Chasse en Écosse, bronze, image D.R.

Zoom : les gravures d’Harry Eliott et de Cecil Aldin

Pour ces deux artistes classiques des scènes de chasse, que sont Harry Eliott (1882-1959) et Cecil Aldin (1870-1935), on ne confondra pas les gouaches avec les gravures. Ces dernières n’étant pas des œuvres uniques, elles sont moins valorisées que les premières. Nous trouverons déjà quelques estampes de Cecil Aldin autour de 200 euros, mais nous prévoirons plutôt 500 euros pour un exemplaire de belle dimension et de bonne qualité. Certaines dépassent les 1 000 euros. Pour Harry Eliott, le Français, le Parisien (de son vrai nom Charles Edmond Edmet Hermet), les prix sont un peu moins élevés. Dans les deux cas, nous nous méfierons sérieusement des copies, relativement nombreuses. Celles-ci ont d’ailleurs nui à la cote des œuvres authentiques. Par ailleurs, un simple pochoir d’Harry Eliott bivouaque entre 100 et 150 euros (on peut les acheter par lot, pour faire des économies).

Les bronzes

Dans la sculpture animalière évoquant la chasse, deux noms historiques sont sans cesse cités : Alfred Barye (1839-1882) et Pierre-Jules Mêne (1810-1879). Barye est considéré aujourd’hui comme plus prestigieux. Ses sculptures vont de quelques centaines d’euros à plusieurs milliers d’euros. Certaines dépassent les 10 000 euros. Qu’est- ce qui fait la différence ? L’originalité du sujet, la fonte (d’époque sous le contrôle de l’artiste et avec un fondeur réputé) et la qualité de celle-ci, les dimensions, le tirage… Il existe encore de nombreux amateurs pour les belles pièces vendues dans de prestigieuses maisons d’enchères. Cependant, en considérant les nombreuses copies par surmoulage de Barye qui traînent sur le marché depuis un siècle, on se reportera sur d’autres noms, si l’on n’est pas certain de son choix. Ainsi, de la Brière, Masson, du Dubucand, Rosa Bonheur, Fratin, Rochard peuvent être de bons choix. Bien des jolis petits bronzes d’Alfred Dubucand (1828-1894) s’acquièrent entre 300 et 800 euros.  Notons aussi Théodore Gechter (1796-1844), qui peut constituer une option plus originale (autour de 1 500 euros), ainsi qu’Arthur Marie Comte du Passage (1838-1909), un sculpteur apprécié, mais qui est plus porté sur les chevaux et la sculpture animalière que sur la chasse. Côté prix, le choix des bronzes est déjà abondant entre 500 et 2 000 euros, sans tomber dans la médiocrité. 

Les appelants

Ces leurres se présentent sous forme de sculpture évoquant un canard. Leur usage se combine avec un sifflet adéquat, et leur collection revête souvent un côté régional. Les amateurs les lient à la chasse en baie de Somme, dans les Landes, en Camargue… Pourtant, les appelants les plus réputés sont canadiens. Ils peuvent dépasser les 400 euros alors que les Français tournent autour de 250 euros, sauf quelques très beaux Méridionaux atteignant les 1 000 euros. Ils sont très recherchés pour leur côté décoratif.

Baron Karl Reille, Chasse à courre, 1929, aquarelle, image © Paris Enchères
Baron Karl Reille, Chasse à courre, 1929, aquarelle, image © Paris Enchères

La peinture

Plusieurs peintres sont considérés comme des spécialistes des scènes de chasse, comme : Baron Karl Reille (1886-1974), Olivier de Penne (1831-1897), de Fernand de Condamy (1855-1913) … Les peintures de Karl Reille possèdent une cote particulièrement solide auprès des amateurs de scènes de chasse. Surtout réputé pour ses gouaches et ses aquarelles, l’artiste est apprécié pour son côté « reportage sur le vif », la finesse de son trait et la représentation de paysages qui se prêtent à l’évocation d’une autre époque… Son talent pour peindre les chevaux est connu (il a également décrit de nombreuses courses hippiques). Ses gouaches se chiffrent souvent entre 4 000 et 10 000 euros (pour des formats moyens de 30 x 50 cm, environ ; ce qui n’est pas très grand). Olivier de Penne, peintre de Barbizon à l’origine, a orienté la seconde partie de sa carrière vers la peinture de chasse et animalière. Lui aussi, qui avait fondé la société des peintres animaliers, est dans la ligne de mire des amateurs de scènes de chasse. D’autres artistes, parfois célèbres comme Carle Vernet (1758-1836) ou Alfred de Dreux (1810-1860), sont davantage connus pour avoir peint des chevaux. Cependant, les connexions ne manquent pas entre le monde de la chasse et celui de l’équitation. Quant à l’acquisition d’une aquarelle d’Harry Eliott (et non pas un pochoir), prévoyez autour de 1 500 euros (à ne pas confondre avec un carton fait au pochoir). Un autre aquarelliste de chasse à ne pas négliger le baron Finot ou de la Boulaye. À partir d’un noyau dur d’artistes consacrés dans le domaine, bien des découvertes sont aussi possibles.

 Coupes, poires, cannes...

Certaines coupes de chasse en bois sculptées, du XVIIIe siècle, avec des armoiries, sont de rares pièces d’arts et traditions populaires qui peuvent se chiffrer en milliers d’euros. Les « cannes de chasseur » feront aussi partie de notre collection. On les identifie généralement par la sculpture sur le pommeau, comme par exemple un sanglier. Vu leur abondance, les prix ne sont pas très élevés : autour de 100 euros, et parfois moins. Cependant, il en est d’exceptionnelles totalement sculptées qui peuvent valoir plusieurs milliers d’euros, même si elles sont du XIXe siècle. Quant aux poires de fusils à poudre, elles sont déjà nombreuses entre 50 et 100 euros. 

Article rédigé par Aladin Antiquités, le magazine des chineurs et des collectionneurs depuis 1987.

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