L’incendie qui a ravagé la chapelle royale de Milot à la mi-avril a souligné la fragilité du patrimoine de la nation des Caraïbes et la nécessité pour le gouvernement du pays de préserver ses trésors historiques. Les dirigeants culturels d'Haïti ont décrit la destruction d'une célèbre église vieille de deux siècles comme une tragédie « qui aurait pu être évitée. »
« [Depuis des années], nous demandons à l'État d'assurer la protection de ces habitations coloniales, qui sont importantes en tant que monuments de l'esclavage, mais rien n'a été fait », a déclaré Laënnec Hurbon, sociologue à l'Université d'État d’Haïti.
L’incendie a pris vers 3h du matin dans un bâtiment annexe, provoquant l'effondrement du dôme en bois noir de l’édifice, d’une trentaine de mètres de diamètre, et de tous ses meubles. Alain Prophète, le curé de la paroisse, a rapidement été informé de la situation, mais la commune ne disposant pas de service d’incendie, les habitants ont eux-mêmes lutté contre les flammes pendant près de deux heures avant l’arrivée des pompiers de Cap-Haïtien.

Située à vingt kilomètres au sud du Cap, la chapelle Immaculée Conception trône à l'entrée du grand parc historique de la citadelle Laferrière, classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982. L’édifice religieux a été construit entre 1810 et 1813 sur décision du héros de la guerre d'indépendance d’Haïti, Henri Christophe, auto-proclamé roi Henri Ier en 1811.
Comme l'explique l'Unesco, ces monuments « sont chargés d’un symbolisme universel car ils sont les premiers à avoir été bâtis par des esclaves noirs ayant conquis leur liberté ». Avec les dommages considérables causés par le drame, vient la délicate question de la reconstruction de la chapelle.
« Étant donné qu'il s'agit d'un monument classé patrimoine de l'humanité, la restauration doit se faire à l'identique et les fonds ne sont pas disponibles, il n'y a pas de doutes là dessus. Donc je peux déjà vous dire que l'on va beaucoup ramer pour pouvoir refaire le monument tel qu'il était », a expliqué Patrick Durandis, directeur de l'institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan).

Henri Ier a régné sur le nord d'Haïti jusqu'à son décès par suicide en 1820, au milieu d'une guerre civile prolongée. À sa mort, l'église a été saccagée et son dôme s'est effondré à la suite d'un tremblement de terre de 1842. Dans les années 1970, le célèbre architecte haïtien Albert Mangonès a entrepris de restaurer le complexe, classé à l’Unesco douze ans plus tard.
Dans une lettre adressée au gouvernement après l'incendie, des citoyens et représentants d’institutions du secteur privé, socio-professionnel et académique du pays ont appelé les dirigeants politiques à « mettre fin à ce déni de notre histoire en tant que peuple [car] seuls ces monuments subsistent, témoignages de notre histoire parsemée de luttes, de souffrances et d'espoir. »
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