Alors que ses œuvres battent des records aux États-Unis, l’artiste, morte en 1986 au Nouveau-Mexique à l’âge de 98 ans, tend ces dernières années à être redécouverte en Europe, « revisitée » comme un visage authentique de l’Amérique.
Née le 15 novembre 1887 dans une ferme du Wisconsin, d’un père irlandais et d’une mère hongroise, Georgia O’Keeffe se destine à une carrière de peintre dès l’âge de 12 ans. C’est à l’Institut d’art de Chicago qu’elle commence sa formation en 1905, puis, après l’obtention d’une bourse, poursuis son cursus à l’Art Students League de New York, sous la houlette de William Merritt Chase, d’influence impressionniste.

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Dans la « Grosse Pomme », elle fait la connaissance d’Alfred Stiegliz, photographe et propriétaire d’une galerie d’avant-garde sur la Cinquième avenue, la Galerie 291, qui deviendra son compagnon quelque dix ans plus tard, puis son époux en 1924.
Dans l’intervalle, O’Keeffe, rétive à l’enseignement académique et étant allergique au parfum de la térébenthine, est tentée d’abandonner la peinture. C’est Arthur Wesley Dow, dont la pédagogie repose sur les principes de l’art japonais, qui lui en redonne le goût en 1912 à la faveur d’une université d’été en Virginie. Cette rencontre sera déterminante pour la suite de sa carrière, tout autant que les théories de Kandinsky sur l’abstraction. Elle suit alors l’enseignement de Dow à l’université Columbia pendant près de trois ans.
J'ai décidé d'oublier tout ce qu'on m'avait appris, et de peindre exactement ce que je ressentais.
Volontiers solitaire, voyageuse dans l’âme, Georgia O’Keeffe séjourne quelque temps au Texas, où elle donne des cours de dessin. À l’initiative d’une amie photographe rencontrée à Columbia, une première exposition lui est consacrée à la Galerie 291 en 1917, à partir de laquelle ses relations avec Alfred Stiegliz n’auront de cesse de s’intensifier au cours des quinze ans à venir.

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O’Keeffe devient la muse du photographe, qui lui permet de rencontrer plusieurs artistes modernistes dans son cercle d’amis : Demuth, Dove, Harley, Steichen… Sa peinture (dont de nombreux paysages urbains, fleurs en gros plan et représentations du lac George), s’affirme à leur contact, passe de l’aquarelle à l’huile et tend vers toujours plus d’abstraction. C'est à cette époque qu'elle déclare : « J'ai décidé d'oublier tout ce qu'on m'avait appris, et de peindre exactement ce que je ressentais ». Les expositions s’enchaînent dans le New York des années 1920, où elle devient rapidement une artiste de premier plan. Les commandes suivent.
Dès le début des années 1930, elle se rend régulièrement au Nouveau-Mexique afin d’y chercher de nouvelles sources inspirations, couchant sur la toile les états émotionnels et les sensations que lui procurent les paysages désertiques.

Après une dépression qui l’empêche d’achever une peinture murale pour le Radio City Music Hall de New York, elle s’établira définitivement dans la région de Ghost Ranch, près du village d’Abiquiu, en 1940. Son œuvre tire alors vers le fantastique et deux rétrospectives lui sont consacrées au milieu de la décennie à l’Institut d’art de Chicago, puis au Museum of Modern Art (MoMA) de New-York, où elle est la première artiste femme a bénéficié de cet « honneur » …
Victime d’un infarctus, Alfred Stieglitz meurt en juillet 1946 et, bien que leurs relations se soient distendues, Georgia O’Keeffe va s’occuper pendant trois ans de sa succession, inventoriant plus de 4 000 œuvres, ainsi qu’une correspondance de plusieurs dizaines de milliers de lettres.

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Elle retourne dans son domaine du Nouveau-Mexique en 1949 et y cultive malgré elle une image d’ermite, quoique couverte de distinctions honorifiques : membre de l’Académie des arts et des lettres, fellow (compagnon) de l’Académie des arts et des sciences, récipiendaire de la médaille présidentielle de la Liberté et de la National Medal of Arts…
Son travail fait l’objet d’une nouvelle rétrospective au Whitney Museum of American Art, à Manhattan, en 1970, après que la décennie 1960, avec ses nombreux courants et mouvements, et son isolement volontaire dans le désert l’eurent un peu relégué au second plan de la scène artistique américaine.
A partir de 1972, atteinte de cécité, elle ne peut plus peindre, mais continue de dessiner jusqu’au début des années 1980 et recourt aux services d’un ami potier pour l’assister dans son travail et rédiger son autobiographie.

Le 6 mars 1986, Georgia O’Keeffe, 98 ans, meurt à Santé Fe, capitale du Nouveau-Mexique où, quelque dix ans plus tard, un musée lui sera dédié. Mis en vente en novembre 2014 chez Sotheby’s à New York, le tableau Jimson Weed / White Flower No.1 (1932), qui faisait partie de sa collection, atteint le record de 44,4 millions de dollars (35,4 millions d'euros).
En 2016, la Tate modern de Londres consacre à l’artiste américaine sa première grande rétrospective posthume en Europe. Qui la redécouvre enfin, à sa juste valeur.
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