Cap sur la féminité avec la vente thématique Féminin Pluriel, qui se tiendra chez Tajan le 17 mars prochain en parallèle d’une session dédiée à l’art moderne. À travers les œuvres de pointures des XIX et XXe siècles comme Auguste Renoir, Berthe Morisot, Kees van Dongen ou encore René Gruau, la maison de ventes pose un regard sur la représentation de la femme dans l’histoire de l’art.
Entre peintures, sculptures et dessins, les 65 lots sélectionnés par les experts feront la part belle à la féminité et démontreront comment l’essence, la beauté, le corps et la force de caractère des femmes a fasciné les artistes à travers les décennies.
Membre incontesté du groupe impressionniste, Auguste Renoir a évolué, dans les années 1800, vers un style plus réaliste sous l’influence de maîtres comme Raphaël et Delacroix. Particulièrement intéressé par la peinture de portraits et de nus féminins, laissant volontiers l’exercice du paysage au soin de ses contemporains, il a élaboré une façon de peindre totalement originale qui a transcendé ses premières influences.

Pour ses nus, il a d’abord fait appel à des modèles confirmés puis s'est mis à accoster des jeunes femmes, rencontrées parfois dans la rue, pour leur proposer de poser en échange d’un portrait gratuit, de fleurs ou de chapeaux à la mode. Ce procédé lui a permis de s’exercer à moindre coût et de perfectionner son interprétation du corps féminin sous tous médiums.
Comme le dira Théodore Duret dans son ouvrage de 1878 consacré à la peinture impressionniste, « je doute qu'aucun peintre ait jamais interprété la femme d'une manière plus séduisante. Le pinceau de Renoir rapide et léger donne la grâce, la souplesse, l'abandon, rend la chair transparente, colore les joues et les lèvres d'un brillant incarnat. Les femmes de Renoir sont enchanteresses. Si vous en introduisez une chez vous, elle sera la personne à laquelle vous jetterez le dernier regard en sortant et le premier en rentrant. Elle prendra place dans votre vie. »

À sa sortie de l’Académie royale des beaux-arts de Rotterdam, Kees van Dongen s’est formé sur le vif en fréquentant le quartier rouge du port, où il dessine des scènes de marins et de prostituées. Sa participation au très controversé Salon d’automne de 1905 lui a octroyé le statut de peintre fauve, comme son ami Matisse, faisant évoluer son style vers une utilisation des couleurs et des formes plus radicale.
Prenant la vie nocturne parisienne pour thème de prédilection, il a peint des danseuses, chanteuses, actrices de théâtre, meneuses de revues et s'est forgé une réputation pour ses portraits sensuels et osés. Les mots du critique Vanderpyl résument son œuvre comme tel : « L'originalité de Van Dongen est proverbiale : sa palette n'appartient qu'à lui ; son dessin, il le dépouille comme personne avant lui ; ses sujets, il les choisit avec une fantaisie qui n'a rien à envier à celle qui règne sur les boulevards et les champs de course, dans les théâtres et les endroits où le public s'amuse, à Deauville et chez les grands couturiers… Van Dongen est une époque. [...] Quelle éblouissante galerie d'histoire parisienne, ces effigies de Lantelme, de Paulette Pax, de Geneviève Vix, de Maud Loty, de 'l'Américaine aux cinq millions de dollars', de ces Trois Grâces dont l'une représente déjà une Suzy Solidor avant la lettre, de ces mondaines, habillées par Poiret, qu'entourent Anatole France, Painlevé, Boni de Castellane, les deux Guitry, Yves Mirande. »

Berthe Morisot, par son tempérament rebelle et son talent précocement affirmé, a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de l’art impressionniste, malgré la « difficile » condition féminine de l’époque et l’ombre de Manet. Issue de la classe bourgeoise, Morisot avait tout pour devenir un personnage de roman à l’eau de rose, une gravure de mode jolie mais silencieuse, un peu femme fatale, un peu femme objet...
Grâce à sa mère, qui souhaitait la voir réussir avec sa sœur Edma, Morisot fait la connaissance des frères Manet, de la famille Degas et de Jean-Baptiste Corot, dont l’influence sur sa palette ne se démentira jamais. Quand Edma se marie en 1869 et abandonne toute ambition artistique, Berthe doit travailler seule et subit la pression de son entourage. Sa sœur est néanmoins restée la personne la plus importante à ses yeux et c’est en réalisant « Le Berceau » en 1873 que son style s'est développé davantage. La toile est un portrait de sa sœur et de sa nièce Blanche, qui sera le premier d’une longue série d’œuvres sur le thème mère-fille.
Selon Théodore Duret, Berthe Morisot a fait « apparaître dans l'ensemble de l'œuvre impressionniste, à côté des caractères de force et de puissance qui appartiennent aux hommes, de ces traits qui n'appartiennent qu'aux femmes, un charme délicat, une grâce pleine d'abandon, une distinction à la fois naturelle et raffinée. »

Peu d’artistes ont sublimé la femme comme René Gruau. Cet illustrateur autodidacte passionné par le dessin de mode a publié ses premiers croquis à l’âge 15 ans dans le magasine Lidel. Arrivé à Paris en 1928, il a voué sa vie et son crayon à la figure féminine et à la mode parisienne, multipliant les collaborations avec de prestigieuses revues.
Après le conflit mondial, son ami Christian Dior lui propose de s'associer à sa nouvelle maison de couture et lui demande de réaliser la publicité du premier parfum de la marque. C'est le début d'une relation longue et prospère. Grâce à Dior, qui lui laisse une liberté artistique totale, Gruau s’épanouit pleinement et assied sa réputation. Son association avec la luxueuse enseigne fait de lui, encore aujourd'hui, l’un des artistes les plus respectés du monde de la mode. Un corpus de près de 30 dessins de l'artiste sera présenté lors de la vacation, y compris la maquette Projet pour "Rouge baiser" provenant d'une collection particulière.
« John Galliano, le créateur de robes de Christian Dior, a suggéré que Gruau capturait le style et l'esprit de Dior mieux que tout autre parce qu'il comprenait son ami de longue date ... pour moi, un croquis de Gruau capture l'énergie, la sophistication et l'audace de Dior, et témoigne également d'une amitié durable », a commenté l’auteure britannique Drusilla Beyfus dans The Telegraph.

Cette vacation, merveilleuse ode à la femme, fait également écho à l’exposition temporaire Portraits Forever présentée par The Gallery jusqu’au 10 mars. Dédié à la thématique du portrait en peinture, le catalogue met en lumière un grand nombre de représentations de femmes, dont des toiles signées Modigliani, Alex Katz, David Salle ou encore Patrizio Di Massimo.
Rendez-vous le 17 mars pour célébrer la femme avec Féminin Pluriel – Les femmes dans l’art impressionniste et moderne, et pour assister à une vacation d’Art Moderne comprenant près de 60 lots.



