Avez-vous déjà croisé la route de Mr. A ? Après plusieurs milliers d'apparitions dans le monde, ce petit personnage canaille au chapeau haut de forme est devenu plutôt familier dans le paysage urbain. Son créateur, André Saraiva, a rejoint la communauté des stars du Street art et s’est élevé au rang des légendes du mouvement, telles que Keith Haring, Jean-Michel Basquiat et Futura 2000. Il s'est récemment rendu à Stockholm pour rendre hommage à Grandmaster Flash, le lauréat du prix Nobel de la Musique, en concevant les invitations pour la cérémonie de remise des prix, et pour ouvrir une exposition à la galerie CFHILL.

Vous souvenez-vous de votre premier Mr. A ?
J'ai commencé à reproduire mon personnage sur les murs de Paris à la fin des années 1980. À l'époque, j'avais déjà couvert la ville avec mon vrai nom, André. Mr. A est ensuite devenu ma signature et a totalement remplacé mon nom.
Vous continuez dépeindre Mr. A apparaître partout dans le monde. Pourriez-vous essayer d'expliquer ce qui le rend si « durable » ?
J’ai réalisé qu’un personnage figuratif aux traits minimalistes serait plus accessible que des lettres, surtout à l’échelle internationale. Tout le monde peut appréhender le personnage, qu’importe la langue, l’âge ou la culture. J’ai toujours dit que Mr. A était à moi jusqu'à ce que je le dessine sur un mur, le donnant ainsi à la rue.

Lors de votre apparition dans l’émission suédoise « Kulturnyheterna », vous avez déclaré que votre travail, une fois dans une galerie (comme CFHILL ou le Palais de Tokyo) n’appartient plus au Street art, mais à autre chose. Pouvez-vous développer là-dessus ?
Je pense que le graffiti - et son essence - est un acte qui a lieu dans la rue, et souvent illégalement dans la nuit. Une fois que je transpose cette pratique à l'intérieur, dans un studio ou dans une galerie, c’est beaucoup plus intime et relève d’un processus artistique plus classique. Bien sûr, ce qui se développe sur la toile est similaire à ce que je fais dans la rue, mais ce n’est pas du graffiti, simplement de l’art.
Comment décririez-vous votre exposition à CFHILL ? Les couleurs fluorescentes et les affiches de concert sont-elles un nouveau thème ?
Pouvoir venir en Suède une semaine plus tôt pour travailler sur l’exposition in situ était incroyable. Un énorme choix de couleurs et de bombes aérosols était mis à ma disposition, en plus de mon rose et bleu habituels. Je pense qu'une partie de cette série est plus colorée et plus nette grâce à l'air pur suédois.

Qu'est-ce que la couleur rose signifie pour vous ?
Le rose a toujours été ma couleur, depuis mes débuts de graffeur. C’est une belle couleur, qui va avec tout. Le rose n’a pas été utilisé par beaucoup d’artistes car il n’est pas perçu comme une nuance très virile. J'étais le seul à vouloir l'utiliser.
Quelle est votre relation à la Culture Club en général, et à Grandmaster Flash en particulier ?
Lorsque je peignais dans les rues au beau milieu de la nuit, les seuls endroits où je pouvais me réfugier étaient les discothèques et les bars. Je m’y suis toujours senti très à l'aise et accepté. J'avais le sentiment d'être un outsider et un renégat pendant la journée, mais j’avais trouvé dans le milieu de la nuit un endroit où on m'accueillait à bras ouverts, et pour qui j’étais. J'ai ensuite commencé à organiser des soirées et à ouvrir des boîtes de nuit afin d’offrir ce sentiment à d’autres. Un endroit où les étrangers et les artistes pourraient se réunir, où les valeurs n'étaient pas la gloire ou l'argent, mais une véritable interaction humaine. Le hip-hop a toujours été mon genre préféré. La phrase de Grandmaster Flash « Don’t push me cause I’m close to the edge » (ne me pousse pas car je suis au bord du vide), m’est toujours restée en tête. C'était la bande originale de ma vie.

Où dans la culture placeriez-vous le phénomène du Street art ? La société doit-elle l'accepter ou le côté rebelle du mouvement est-il inhérent à son existence ?
Les graffitis et le Street art font aujourd'hui partie de notre culture. La plupart des adultes et des jeunes d’aujourd’hui ont littéralement grandi avec. Cela dit, je pense que le Street art doit garder une part de danger - cela fait partie de son ADN. Son langage, son esthétique et son sens critique font partie du monde de l’art actuel. À mon sens, l’art urbain est peut-être le mouvement artistique le plus important depuis la Renaissance, et une façon honnête de raconter des histoires.
Avez-vous un avis sur Stockholm et sur sa culture du Street art ?
Stockholm et la Suède ont adopté cette culture très tôt, dès les années 1980. Encore aujourd'hui, c’est une forme d’art très réelle et pratiquée, on peut voir que c’est une part importante de la société et la culture suédoises.
L'exposition de Saraiva à la galerie CFHILL sera ouverte jusqu'au 5 juillet 2019.
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Photographie: Pierre Björk et Magnus Mårding



