Le marteau de Maître Poncet dispersera, le 4 novembre prochain chez Rossini, la seconde partie de la bibliothèque Gaulard, soit un ensemble de 125 livres et écrits retraçant les moments forts de l’histoire de l’économie politique et des populations. Cette vacation succède à un premier acte dédié aux livres et documents sur l’esclavage, la traite négrière, les colonies et les voyages, tenu le 5 mars 2019.
Outre le corpus d’ouvrages rassemblés par Gaulard, le catalogue comprendra quelques livres anciens et modernes (dispersés en fin de session), portant le nombre total de lots à 141. Avec une majorité d’ouvrages rares des XVIIIe et XIXe siècles, cette vente thématique permettra une réelle transmission de connaissances et fera perdurer la passion d’un mordu d’histoire.

Parmi les lots phares de la collection figure Philosophie rurale, ou Économie générale et politique de l’agriculture, un ouvrage de 1763 rédigé par le marquis de Mirabeau et François Quesnay et qui représente à lui seul l’exposé le plus complet du système physiocratique. École de pensée économique, politique et juridique, la physiocratie est née en France à la fin des années 1750 et avant le travail en tandem de Mirabeau et Quesnay, aucun écrit énonçant les principes de cette nouvelle doctrine aussi purement et simplement n’existait.
On dit que c’est dans cet ouvrage qu’apparaît pour la première fois le terme « système mercantile ». Le mercantilisme, courant de la pensée économique, s’est constitué progressivement du XVIe au XVIIIe siècle et a fait l’objet de critiques d’abord en France chez les physiocrates, même si leurs arguments n’ont pas toujours été bien compris. L’ouvrage de Mirabeau, écrit en étroite collaboration avec Quesnay, qui a rédigé l’intégralité du 7e chapitre, a été édité chez les Libraires associés à Amsterdam et l’édition originale constitue une vraie rareté pour les collectionneurs.

Non moins rare, un second ouvrage de Mirabeau, L’Ami des hommes, ou Traité de la population, sera proposé. Édition originale « rarissime », d’après l’expert de la maison de ventes, cet écrit a rencontré un véritable triomphe lors de sa parution dans les années 1750. L’auteur y préconise la nécessité d’un accroissement démographique, source de toute richesse, et considère que l’agriculture, en tant que fondement de la population, doit être stimulée. L’Ami des hommes, rédigé un an avant l’adhésion de Mirabeau à l’école physiocratique, a été responsable de l’intérêt porté aux questions de population dans le troisième quart du XVIIIe siècle.

Rédigé par Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, cet important texte de réforme fiscale de 1723 a été publié six ans après le Mémoire sur l’établissement de la taille proportionnelle, son premier texte sur les questions fiscales et monétaires. Dans cet ouvrage, dont une rare édition originale est présentée chez Rossini, l’abbé de Saint-Pierre va plus loin dans ses idées et préconise la nécessité d’établir une taille proportionnée aux revenus de chacun afin d’éviter la mendicité et de favoriser l’enrichissement de l’État et des particuliers. L’ouvrage se compose de deux parties publiées en un seul volume in-4 et présente les armoiries dorées de Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis de Richelieu, duc de Fronsac puis duc de Richelieu à partir de 1715.

Autre incontournable du catalogue, cette édition originale d’un écrit de Louis-René Villermé, texte phare du XIXe siècle sur la question ouvrière. Tableau de l’état physique et moral des ouvriers, employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, publié en deux volumes chez Jules Renouard et Cie en 1840, est le résultat d’une enquête menée entre 1835 et 1837 par Villermé, médecin et sociologue, sur les conditions de travail dans les manufactures de textiles (notamment à Mulhouse, Lyon, Lille, Amiens et Rouen). La loi du 22 mars 1841 relative au travail des enfants découle directement de ses observations édifiantes sur la condition des enfants ouvriers.
La vacation se clôturera sur une sélection de livres anciens et modernes issus de diverses collections, parmi lesquels figurent les sept volumes in-folio de l’Atlas historique de Nicolas Gueudeville, édité chez Les Frères Châtelain à Amsterdam en 1708-1720. L’ouvrage comprend en tout 5 frontispices et 283 planches à double page où se déclinent des mappemondes, des cartes des pays du Nord, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, mais aussi des planches de botanique et de zoologie. Atlas historique ou Nouvelle introduction à l’histoire, à la chronologie & à la Geographie ancienne & moderne, de son nom complet, est une œuvre littéraire indispensable à toute bibliothèque de voyages.

On termine avec un magnifique livre de fêtes de Johann Martin Weiss entièrement gravé sur cuivre. La publication a été ordonnée par François-Joseph de Klinglin, prêteur de la ville de Strasbourg, afin d’immortaliser l’entrée triomphale de Louis XV dans la cité alsacienne le 5 octobre 1744. Le grand in-folio a vu le jour en 1745 et comporte un titre illustré gravé par Marvye, un portrait équestre de Louis XV gravé par Wille d’après Parrocel, 11 planches par Le Bas d’après Weiss et 20 pages de texte.
Le deuxième volet de la dispersion de la bibliothèque Gaulard se déroulera le 4 novembre prochain chez Rossini à 14h30. Rendez-vous pour une vacation sous le signe de l’Histoire.



