Le 23 février dernier, la maison Freeman’s à Philadelphie a présenté un tableau de Carl Moll qui réunit trois figures majeures du modernisme viennois. L’adjudication a établi un double record.
Weissen Interieur (Intérieur blanc) a été réalisé en 1905 par le peintre autrichien Carl Moll, l'un des cofondateurs de la Sécession viennoise avec Gustav Klimt. Cette huile sur une toile mesurant environ 1 mètre par 1 mètre est dotée d’un titre simple pour un sujet qui, en apparence, l’est tout autant. Mais cette toile a en vérité beaucoup à dire.

À lire aussi : Gustav Klimt et Adele Bloch-Bauer étaient-ils amants ?
Avec ce tableau, Moll emmène le spectateur dans l'un des salons les plus modernes de Vienne à l'époque : le salon de Berta Zuckerkandl-Szeps, une influente hôtesse, journaliste, critique d'art et fervente defénseure de l'avant-garde viennoise.
Fille de l'éditeur de journaux Moritz Szeps, Berta a, dès sa jeunesse, établi des relations avec toutes les classes de la société. Après son mariage avec l'éminent anatomiste hongrois Emil Zuckerkandl, elle met en place un salon où des personnalités du monde politique, médical, musical, littéraire et artistique telles que Gustav Klimt, Otto Wagner et Josef Hoffmann, viennent se rencontrer.

C'est l'architecte et designer Josef Hoffmann, principale figure de la Sécession viennoise, qui a conçu la salle représentée dans la toile. Exemple parfait de l’abandon du style saturé qui avait prévalu à la fin du XIXe siècle, cet intérieur présente les lignes épurées de l'Art nouveau et se pare d’une couleur blanche qui résonne par sa simplicité.
La composition du tableau et le fait que la maîtresse de maison, en train d’arranger un bouquet de fleurs dans un vase, tourne le dos au spectateur, confèrent une dimension intime et légèrement indiscrète à la scène.
Outre l'intérieur conçu par Hofmann, Carl Moll a représenté, au premier plan, les objets d'art asiatique de la célèbre collection de Berta et Emil Zuckerkandl, permettant une fois de plus d’identifier le lieu et l’identité du sujet avec précision. L'Europe ayant été submergée par le japonisme à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, une tendance qui a eu une grande influence sur le modernisme, ce type d’objets était très en vogue à l’époque.

À lire aussi : Il était une fois le Japonisme
L’œuvre Weissen Interieur a été présentée à la deuxième exposition du Deutscher Künstlerbund à Berlin l’année de sa création, avant de faire partie de l'exposition « Wiener Werkstätte » au musée Folkwang en 1906. Vue une dernière fois à la foire de Vienne en 1908, elle a ensuite disparu de la vue du public.
Vers 1920, le tableau est entré en possession d’une famille de Francfort, dont les descendants, qui vivent en Californie depuis les années 1970, l’ont vendu aux enchères chez Freeman’s. Proposé avec une estimation de 300 000 à 500 000 dollars, il a attiré douze acheteurs venus d'Autriche, d'Allemagne et des États-Unis. La bataille, qui a fini par opposer l'Autriche et les États-Unis, s’est soldée par une adjudication de 4 756 000 dollars (frais inclus) au profit d’un collectionneur américain. Weissen Interieur sera prêté et exposé à la La Neue Galerie à New York.
Le résultat constitue non seulement un nouveau record mondial pour Carl Moll, mais aussi pour la maison de vente aux enchères Freeman’s, qui a été fondée en 1805 à Philadelphie.
Découvrez l’actualité des enchères sur le Magazine Barnebys !


