Une passion indiscutable, une générosité sans limite, un dévouement infaillible. C’est peut-être ce qui pourrait définir Charles Auzoux (1836 - 1922), l’homme de droit qui s'est battu pour toute une génération d’artistes, au point de devenir l’un des leurs. Sa collection, celle de toute une vie, est constituée d’œuvres acquises auprès des artistes pour soutenir leur travail, mais aussi d’œuvres offertes en signe d’affection par ceux qui se sentaient redevables de sa bonté et de son amitié.

Témoignage de son impact considérable sur l’Histoire de l’art, le corpus d’œuvres rassemblé par ce grand défenseur de la création, pieusement conservé par ses descendants depuis les années 1920, arrive aujourd’hui aux enchères. Il sera dispersé par la maison Artcurial le 24 mars prochain, lors d’une vente très justement intitulée « Charles Auzoux, l’intime des artistes de son temps ».
Lorsque l’on se penche sur l’histoire de Charles Auzoux, il n’est pas surprenant de retrouver au sein de sa collection les œuvres des artistes qu’il a le plus soutenu, et avec lesquels une amitié sincère s’est tissée. Ainsi, les peintres Anquetin, Mercié et Prouvé, les sculpteurs Dalou, Carpeaux, Desbois, Falguière et Carriès figurent au catalogue à de nombreuses reprises, par le biais d’œuvres variées montrant l’étendue de leur talent.

Aimé-Jules Dalou, sculpteur formé à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et spécialisé dans le portrait, est peut-être le plus présent. C’est sa rencontre avec Auzoux en 1884, un événement majeur dans la vie de l’un comme de l’autre, qui a solidifié le statut d’Auzoux en tant que défenseur des artistes de son temps. Leur amitié de dix-huit ans a joué un rôle majeur dans la valorisation de l’œuvre du sculpteur, et ce même après sa mort en 1902, lorsque Auzoux a pris en charge la rédaction des contrats d’édition pour le compte de sa succession, avec les Maisons Houdebine, Hébrard, Susse, la Manufacture de Sèvres et la Maison Giraudon.

Le lien profond entre les deux hommes s’observe à travers les quelque 26 lots présents dans le catalogue, qui s’étendent des lettres aux sculptures, des bas-reliefs aux photographies. Outre le lot phare de la vente, le haut-relief en plâtre Bacchanale, étude pour la fontaine du jardin Fleuriste d’Auteuil, on retrouve également le Portrait en buste de Charles Auzoux, commencé par l’artiste en 1898 et achevé la veille de sa mort, en 1902. C’est par le biais de Dalou que Charles Auzoux aurait rencontré Rodin et Jules Desbois, qui à leur tour ont invité Nierderhausen-Rodo et Josef Marakta à profiter de sa bienveillante amitié.

Jean-Baptiste Carpeaux, sculpteur et peintre français représenté à quatre reprises dans la vente, notamment avec la remarquable terre cuite L’Amour blessé, a également bénéficié du soutien de Charles Auzoux, mais cette fois à titre posthume. En effet, c’est en succédant à Maître Nicquevert, propriétaire de l’étude dans laquelle il a fait ses premières armes dans le monde de l’art, qu’Auzoux a commencé à travailler pour le compte de la veuve de Carpeaux dans les années 1880, avant de travailler pour sa fille. Auzoux contribué à la diffusion son œuvre posthume jusque dans les années 1920, et a dénoué l’affaire qui a opposé en 1906 la veuve de Carpeaux avec la Maison Jollet-Colin, éditeur privilégié des œuvres pour l’Atelier Carpeaux depuis des décennies. Son dévouement pour la famille Carpeaux fait de lui l’homme que les artistes se recommandent pour régler leurs problèmes. Madame Carpeaux lui léguera d’ailleurs dans son testament un bronze « qu’il choisira » et un bijou « pour chacune de ses petites filles », en signe de reconnaissance.

Les plasticiens Jean-Joseph Carriès, dont les portraits et masques figurent parmi les lots notoires du catalogue, et Jules Desbois, qui se démarque par la présence de ses vases, bouteilles et pichets, ont été parmi les artistes qui ont eu la chance de bénéficier des services de Charles Auzoux. Ce dernier est notamment intervenu dans la rédaction des contrats d’édition pour le compte de Desbois en 1905 avec Siot et Decauville, et fait une mise au point avec Arsène Alexandre, critique au journal le Figaro, sur l’exploitation frauduleuse de l’œuvre de Carriès en 1910.

Les peintres ne sont pas en reste, car la vente sera ponctuée de plusieurs créations de Victor Prouvé, qui lors de son séjour de 1891 dans la résidence Auzoux a peint tous les membres de la famille et la maison en travaux. On retrouve deux œuvres d’Antonin Mercié, dont Nu féminin à la pomme, une toile offerte à Auzoux par le fils de l’artiste, Fernand Mercié, avec une dédicace : « A monsieur Auzoux nous adressons cette toile que mon père n’a pu achever pour lui en témoignage de profonde reconnaissance, le 16 décembre 1916 ». Enfin, trois œuvres du peintre et aquarelliste postimpressionniste Louis Anquetin seront au rendez-vous.

Ce remarquable catalogue composé d’œuvres et de dons affectueux traduit le goût, l’intégrité et l’influence de Charles Auzoux, ami des plus grands artistes du tournant du XXe siècle. La dispersion de la collection se tiendra le 24 mars chez la maison Artcurial.
En attendant, retrouvez tous les lots d’Artcurial sur Barnebys !


![Tétradrachme d'Athènes (v. 454-404 av. J.-C.) : portrait d'Athéna, déesse patronne de la cité, avec casque. Revers : la chouette d'Athènes, avec une branche d'olivier et l'inscription αθε[ναιον], "des Athéniens" ; Image sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.en.](https://images.prismic.io/barnebys/2e4b6d51-dca0-4229-a9c2-a9ef7682a1eb_0afea6f9-069f-4964-b9d8-08b05e015c53_Cover%2Bnuova.jpg.webp?auto=compress,format)
