Chaleureux, novateur, tourné vers la modernité, le mobilier brésilien de la seconde moitié du XXe siècle témoigne du parcours de ses créateurs et se nourrit d’une nature incroyable. Pour les novices comme pour les collectionneurs chevronnés, « il reste beaucoup de pièces à découvrir », confie Mikael Najjar, l’un des acteurs clés de ce marché encore à ses prémisses en France.
« On peut surtout découvrir des meubles de la seconde moitié du XXe siècle », poursuit Najjar, marchand spécialisé dans le design et co-auteur d’un ouvrage sur le design brésilien. « Le Brésil a très peu produit d’objets de design, hormis ceux de rares créateurs spécialisés dans les arts de la table ou dans les luminaires. »

Excepté le travail de l’architecte Oscar Niemeyer (1907- 2012), connu pour sa contribution majeure à la construction de Brasilia dans les années 1950, ou les étranges créations des frères Campana à partir de 1990, c'était un univers encore méconnu il y a peu. Y compris de certains habitants du pays. Néanmoins, « le travail des Brésiliens montre une façon originale d’approcher le design. Il permet de renouveler l’offre », souligne Mikael Najjar.
Lina Bo Bardi (1914-1992), une architecte formée à Rome, devenue figure incontournable du design et de l’architecture dans son pays d’adoption, a largement contribué à la découverte de ce patrimoine en soulignant l’importance des racines et de la culture populaire. Au début des années 2000, les grandes galeries américaines s’activent, suivies des premières expositions. En Europe, depuis moins de dix ans, la maison de ventes parisienne Piasa et quelques galeries participent également à la diffusion du design brésilien.

Comment expliquer une découverte si tardive ? « Les meubles sont rares chez nous, car ils n’ont pas été distribués en Europe », poursuit Mikael Najjar. « Il faut donc aller les chercher sur place. Les infrastructures et la complexité administrative ne facilitent pas la tâche ! »
Un creuset multiculturel
C'est à partir des années 1940 que la production se développe, et connaît son heure de gloire au cours des deux décennies suivantes. Boom économique de l’Après-guerre, quête de modernité : des designers venus d’Europe ou du Japon rejoignent cette période d’effervescence. La création des pionniers est influencée par l’esthétique européenne et le mouvement moderniste : le Portugais Joaquim Tenreiro, les Italiens Carlos Hauner, Lina Bo Bardi et Giuseppe Scapinelli, ou encore le Polonais Jorge Zalszupin.
« Beaucoup de pièces évoquent quelque chose de familier au premier coup d’œil, même si leur originalité est réelle », déclare Mikael Najjar. Ces créateurs puisent leur inspiration dans la culture et les modes de vie brésiliens, tout en revendiquant leur participation à la construction d’une identité propre au pays. Natifs du Brésil, Sergio Rodrigues et José Zanine Caldas occupent une place à part dans la création...

Architecture et conscience politique
L’explosion de la construction dynamise le domaine du design : les architectes et artistes modernistes créent des pièces de mobilier en adéquation avec l'esthétique de leurs bâtiments. La tendance s’amplifie dans les années 1950 et 1960 autour de projets phares comme Brasilia, la capitale fédérale inaugurée en 1961. Les manufactures répondent à la demande privée et publique, permettant aux designers issus du monde de l’architecture de développer des projets majeurs axés à la fois sur l’immobilier et le mobilier.
La fin des années 1940 marque la naissance d'une offre plus démocratique, qui vient compléter les meubles élitistes. José Zanine Caldas mise sur l’industrialisation. Lina Bo Bardi intègre des éléments de la culture populaire. Geraldo de Barros dessine et produit des meubles aux allures d'œuvres d’art qui se veulent accessibles à tous. Giuseppe Scapinelli mélange des éléments modernes à des ré-interprétations de meubles classiques et intégre de nouveaux médiums à sa pratique (peinture, céramique). L’usine de Hobjeto se transforme en un grand laboratoire de design et rassemble plus de sept cents collaborateurs. Son style marque le Brésil jusqu’aux années 1980.

À partir des années 1970, les productions industrielles et les fabrications sur plan s’imposent, de même que l'utilisation de matériaux synthétiques. « C’est le cas des équipements pour les bureaux des banques et des grands groupes internationaux lors de la création de la capitale », commente le spécialiste Najjar. Alors que certains designers s’adaptent, comme Zalszupin, beaucoup de concepteurs phares commencent alors à tomber dans l’oubli... pour ressurgir aujourd’hui, y compris en France.
Article rédigé par Aladin Antiquités, le magazine des chineurs, collectionneurs, amateurs d’art et du patrimoine depuis 1987 !




