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Magazine/Sculpture/Connaissez-vous Jean Lambert-Rucki ?

Connaissez-vous Jean Lambert-Rucki ?

Arrivé dans la capitale française à l’âge de 23 ans avec seulement 17 francs en poche, ce plasticien d’origine polonaise s'est fait une place dans l’histoire de l’art français aux côtés des plus grands artistes. Ses œuvres font encore sensation sur le marché des enchères.

30 avril 2021Laurianne Simonin
Jean Lambert-Rucki, Ohne Titel, 1925, huile sur carton (détail). Photo © Christie's

Jean Lambert-Rucki, Ohne Titel, 1925, huile sur carton (détail). Photo © Christie's

Artiste d’avant-garde et sculpteur, Jean Lambert-Rucki est un plasticien polonais qui s’inscrit dans le cubisme, le surréalisme et les arts décoratifs. Il arrive à Paris un beau matin de février 1911 et après avoir trouvé refuge chez des amis d’origine polonaise, il s’inscrit à l’Académie Colarossi. Il fréquente les lieux « branchés » de la capitale, où de nombreux artistes bobos se retrouvent pour refaire le monde. Il rencontre d’importantes personnalités comme Blaise Cendrars, Max Jacob ou Amadeo Modigliani, avec lequel il partage une chambre au 8 rue de la Grande-Chaumière.

Jean Lambert-Rucki, Femme et profil d'homme dans la ville, 1921, huile et traces de mine de plomb sur carton. Photo © Christie's

À lire aussi : Modigliani, artiste maudit ?

Après s’être enrôlé dans la légion française pendant la Première Guerre mondiale, il sert auprès des troupes françaises et rencontre pendant son service militaire les sculpteurs Joseph Csaky et Gustave Miklos.

Une fois la guerre terminée, il retourne à Paris et expose ses œuvres, qui connaissent un franc succès et génèrent des commissions pour des établissements, et en particulier des églises (nécessitant des rénovations après la guerre) situés aux quatre coins de l’Europe, du Canada et des États-Unis.

Jean Dunand et Jean Lambert-Rucki, paravent à quatre feuilles reprenant des éléments des paravents « Animaux fantastiques » et « Le Cirque », vers 1923, bois laqué. Photo © Christie's

Il collabore en 1925 avec Émile-Jacques Ruhlmann et Jean Dunand lors de l’Exposition des Arts Décoratifs industriels et modernes, qui contribuera quelques années plus tard à l’appellation « Art déco », un style dominé par des compositions géométriques et symétriques. Sa collaboration avec Dunand donne naissance à certains des objets les plus frappants de la scène parisienne dans l'entre-deux-guerres. Admirateur du travail de Lambert-Rucki, Dunand met volontiers les services de son atelier à sa disposition, fournissant notamment les ressources techniques nécessaires pour traduire ses œuvres en laque, dans des paravents, des enfilades ou encore des encadrements de cheminées exceptionnels et typiques de l'Art déco.

Jean Lambert-Rucki, Crucifix, vers 1930. Photo © Christie's

À lire aussi : 1925 : l’Art déco à son apogée entre Invalides et Grand Palais

À partir de 1930, Lambert-Rucki devient l’un des pionniers de « l’Art Sacré Moderne », une forme d’art majoritairement sculpturale qui présente des lignes pures et des formes simples. À travers l’Art Sacré Moderne, Lambert-Rucki parvient à s’exprimer avec un minimum de moyens, et le clergé de l’époque le recherche pour commissionner ses œuvres mystiques.

Tout en gardant son expression plastique unique, il s’intéresse à d’autres sujets et réalise des sculptures illustrant divers personnages, des figures longilignes souvent groupées, ou des couples s'enlaçant tendrement (un motif récurrent). Aucune forme d'art, aucune esthétique ne le laisse indifférent. Son travail consiste à supprimer l'inutile, par une économie de moyens et une simplification des formes, au profit d'une émotion pure.

Jean Lambert-Rucki, Couple au chapeau Gibus, vers 1923-1925, épreuve en bronze à patine noire nuancée. Photo © Artcurial

Il rejoint en 1931 l’Union des Artistes Modernes où il expose aux côtés de Charles-Édouard Jeanneret (Le Corbusier) et Jean Fouquet, et en 1932, il sera naturalisé par l’état français. Malgré un mariage dans les années 1920, Jean Lambert-Rucki est resté solitaire toute sa vie, fuyant le monde pleins d'exigences et de vanités. Sa raison d'être était le besoin incessant de créer quelque chose de « nouveau ».

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À propos de l'auteur

Laurianne Simonin

Laurianne Simonin Rédactrice en chef Laurianne écrit pour le Magazine français de Barnebys depuis 2018. Après des études en arts et en photographie, elle a exercé dans diverses entreprises culturelles, tant en galeries que dans le secteur muséal. Avec un penchant pour les découvertes et les objets aux histoires singulières, Laurianne a écrit sur un large éventail de sujets allant de l’archéologie au cinéma, mais affectionne particulièrement rédiger des articles de fond sur la céramique, l’art déco et l’art japonais. Laurianne est aujourd’hui Rédactrice en chef et supervise la stratégie éditoriale des six plateformes linguistiques de Barnebys.

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