La marque Comme des Garçons est née à Tokyo en 1969 sous la griffe de Rei Kawakubo, une styliste dont l’ambition était aux antipodes de celle de la plupart des designers. Peu envieuse de suivre ou de ressasser les tendances, la créatrice cherchait avant tout à remettre en question la nature même du vêtement. Le nom, tiré de la chanson de Françoise Hardy Tous les garçons et les filles, témoignait déjà d'un intérêt pour les questions sur le genre et l'identité. Officiellement créée en 1973, la marque a rapidement connu le succès au Japon avant de faire des débuts très remarqués à Paris en 1981. Depuis lors, Rei Kawakubo, aujourd'hui considérée comme l'une des figures les plus influentes de l'histoire de la mode, a continué à façonner l'industrie à sa manière.

La première rencontre de la marque avec la presse de mode française a été explosive : la collection, dominée par des vêtements noirs et des formes asymétriques, a bousculé une critique encore habituée aux codes ancestraux de la haute couture, menant à l’émergence de l'expression « Hiroshima chic ». Les tissus délavés et les coutures brutes, presque inachevées, étaient considérés comme une provocation directe aux idéaux de la mode. Cette volonté de renverser les conventions a, tant bien que mal, posé les bases d'une nouvelle esthétique selon laquelle la beauté n'était plus définie par le raffinement ou la perfection, mais par le courage de les rejeter.
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Selon la philosophie de Kawakubo, la mode pouvait être conceptuelle, intellectuelle et parfois délibérément dérangeante. La styliste a donc brouillé les frontières entre la mode et l'art, présentant ses créations non pas comme des vêtements conçus uniquement pour être portés, mais comme des idées à interpréter. C’est ainsi que la tradition japonaise a rencontré la couture occidentale, que les références punks se sont heurtées à des formes sculpturales, pour donner naissance à un langage visuel à la fois ancré dans son époque et intouchable face à l’épreuve du temps.

Les collections les plus célèbres de Kawakubo comptent aujourd’hui parmi les plus révolutionnaires de l’histoire de la mode. Au printemps 1997, la collection « Body Meets Dress, Dress Meets Body », souvent appelée « Lumps and Bumps », comprenait des vêtements rembourrés qui déformaient la silhouette et remettaient en question les idéaux conventionnels du corps humain. D’autres, telles que « Destroy » (1982), avec ses tricots déchirés et ses trous en dentelle, « Broken Bride » (2005), qui démantelait la robe de mariée traditionnelle, et « Not Making Clothes » (2014), où les vêtements s’apparentaient à des sculptures moulantes, ont cimenté son statut de créatrice de mode et d'artiste à part entière. Aux enchères, ses pièces phares, très recherchées par les collectionneurs, peuvent atteindre des prix à cinq, voire à six chiffres dans certains cas, ce qui les place résolument dans le domaine de l'art.
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Au-delà des podiums, Comme des Garçons s'est imposé dans le paysage culturel grâce à des collaborations avec des marques telles que H&M, Louis Vuitton, Nike et Supreme, ainsi qu'à travers ses parfums et ses boutiques conceptuelles Dover Street Market, où se croisent mode, art et commerce. L'influence de la marque se reflète également dans la musique et la culture populaire : la chanteuse Björk a porté du Comme des Garçons dans le clip Isobel, Frank Ocean a composé une chanson nommée d’après la marque, et en 2017, Kawakubo a été honorée par une grande rétrospective au Metropolitan Museum of Art de New York, « Rei Kawakubo / Comme des Garçons : Art of the In-Between ».
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Pour les collectionneurs et les passionnés de mode, Comme des Garçons est plus qu'une simple marque de vêtements. Elle incarne une infaillible volonté d’expérimenter avec les matières, les silhouettes et les couleurs, pour remettre en question les idées reçues. Plutôt que de simplement enfreindre les règles, Comme des Garçons les a remodelées.

