Artiste adoré de la scène montmartroise, Michou avait élu domicile dans un appartement-terrasse voisin du Sacré-Cœur, lieu où la fête, dit-on, était aussi extravagante que dans son cabaret rue des Martyrs. Le bleu, dont il avait fait son image, de ses lunettes kitsch à ses costumes, en passant par sa salle de spectacle, était aussi partout chez lui. Amateur d’art et de belles choses, il a rassemblé, pendant un demi-siècle, les œuvres de ses amis artistes (souvent réalisées à son attention), des services en porcelaine, de la verrerie et de superbes pièces de mobilier.

Michou (Michel Catty de son vrai nom) fait ses débuts dans les années 1960 en ouvrant un restaurant et bar de nuit au 80 rue des Martyrs, qui deviendra progressivement le berceau des spectacles de transformistes de la capitale. Dans ses revues, Michou et ses deux compagnons interprètent des classiques de la chanson, de façon burlesque ou poétique, parodiant les stars de l’époque telles que Brigitte Bardot, France Gall ou encore Juliette Gréco.
« Leur maquillage est prodigieux. Ils marchent comme des débardeurs avec dix centimètres de talons aiguilles », s’émerveillent les critiques devant l’originalité du trio d’artistes. En quelques mois seulement, le cabaret fait salle comble et le Tout-Paris vient applaudir cette poignée d’artistes audacieux qui a su remettre le transformisme au goût du jour.

Le succès des spectacles s’est prolongé jusque dans les années 1970, pour atteindre une échelle nationale, attirant même l’attention des émissions de télévision. Pionnier du cabaret transformiste, Michou en est resté le roi jusqu’à la fin de sa vie. Très apprécié dans son quartier d’adoption, Montmartre, il est aujourd’hui synonyme de « l’art de bien-vivre » et demeure une personnalité symbolique du milieu de la nuit.
J’ai une grande passion pour les tableaux et surtout des œuvres signées Gen Paul [...] et Bernard Lorjou, deux peintres autodidactes...
On retrouve dans la collection de Michou un impressionnant corpus d’œuvres de Gen Paul, ou Eugène Paul, artiste peintre de Montmartre avec qui il a entretenu une belle et longue amitié. Bien que tout les oppose, leur enthousiasme commun pour l’art et la vie les a rapprochés. Michou a nourri sa passion pour l’œuvre de Gen Paul pendant près de 40 ans, recouvrant chaque pièce, chaque recoin de son appartement, du sol au plafond, des toiles colorées de l’artiste.

Comme le disait Michou, les toiles de Gen Paul sont « pleines de couleurs qui font du bien à voir, il y a une forme d’énergie positive, d’optimisme qui s’en dégage ». Ainsi, les aquarelles, gouaches, toiles et lavis d’encre acquis par Michou se comptent à plus d’une cinquantaine et couvrent toutes les périodes de Gen Paul, retraçant tout son répertoire de la comédie du quotidien.

Quant à Bernard Lorjou, on lui connaît sept tableaux au sein de la collection. Cet artiste militant, qui considérait la peinture comme une arme, a fondé avec le critique Jean Bouret le mouvement anti-abstrait « L’Homme témoin de son temps ». Préférant peindre les événements tragiques de son époque, Lorjou a mis sa technique au service du message, a questionné et marqué les esprits . On retrouve, dans la collection de Michou, une œuvre monumentale d’un bleu intense intitulée Les fêtes de la mer, où le style figuratif onirique et le lyrisme de l’artiste transparaissent. Les deux hommes se sont également unis autour de leur combat commun pour la recherche contre le Sida, que Lorjou à peint dans deux grandes compositions en 1985.

Plusieurs œuvres de Jean Marais viennent compléter la collection, dont un dessin à l’encre, à la gouache et au crayon sur papier réalisée spécialement pour le roi de Montmartre. « Pour gentil Michou à qui je souhaite le bonheur », peut-on lire en travers du feuillet, autour d’un visage colorié, bien entendu, en bleu.

Le sculpteur toulonnais David Pamboukdjian, qui s’est familiarisé avec l’objet très jeune, s’est tourné vers la sculpture en abordant des formes expressionnistes et organiques qui font la vitalité de ses créations. S’il est connu pour ses bronzes chimériques et fantastiques, il a aussi réalisé dès 1989 des bustes de personnalités connues, comme celui de Michou, en bronze à patine nuancée bleue, qui sera présenté lors de la vente.

Outre ses œuvres d’art, Michou a aussi façonné son intérieur à l’aide de pièces de mobilier et d’objets d’art décoratifs raffinés. On retrouve un ensemble de meubles de la Maison Roméo comprenant une table basse, des sellettes, une lampe de parquet, une console de style Louis XV, une table et une superbe commode de style Louis XIV. Des parties de services en porcelaine et de prestigieuses œuvres en verre viendront ponctuer la vente, qui se clôturera sur son extravagante garde-robe toute de bleu teintée où les grandes marques se succèdent (Hermès, Yves Saint Laurent, Lanvin, Dior, Versace…).
Cette vacation en bleu Michou retracera un demi-siècle d’art, de fête, de passion et de bon-vivre et à travers 255 lots, célèbrera la vie d’un personnage clé de la scène parisienne. Le vendredi 10 juillet chez Artcurial.


