Avis aux amateurs d’art et de design, le catalogue de la prochaine vente de Rossini s’est paré des grands noms modernes et contemporains. Originaires de Pont-Aven ou Paris, d’Espagne ou du Viêtnam, les artistes qui ont forgé la scène internationale du XXe siècle seront représentés en première partie, tandis que de prestigieuses pièces de design (pensez Jean Prouvé et Maison Jansen) clôtureront la session.
Avec un talent inné pour la sculpture de bustes, l’artiste vietnamien Vũ Cao Đàm s’est épanoui sous la tutelle de Victor Tardieu à l’École des Beaux-Arts de Hanoï, avant de déménager en France en 1931 et d’y rester jusqu’à la fin de sa vie. Émerveillé par les maîtres européens comme Renoir, Van Gogh, Bonnard ou Matisse dès son arrivée dans la capitale française, Vũ Cao Đàm a contribué au développement de la scène parisienne à travers des peintures alliant les qualités de l’art traditionnel vietnamien et certaines caractéristiques de l’art occidental.
Jeune femme à la robe blanche est une œuvre sur papier réalisée pendant la Seconde Guerre mondiale, une période charnière pour l’artiste qui est alors contraint de mettre en pause la sculpture de bronzes (tous les métaux étaient réquisitionnés par l’armée allemande pendant l’Occupation) et se tourne vers d’autres médiums. C’est pendant le conflit qu’il réalisera certaines de ses plus belles peintures. Une huile sur panneau intitulée Mère et enfant et datant des années 1960, sera également présentée.
Le peintre Mai-Thu, contemporain de Vũ Cao Đàm, est majoritairement connu pour ses « Enfants », des représentations de bambins largement diffusées par L’UNICEF et d’autres maisons d’édition, bien qu’il ait aussi abordé les thèmes de la femme, de la famille et des fleurs. Jeune femme au bord de l’eau, une aquarelle et gouache de 1942, témoigne de « l’unité » qui a fait la notoriété de l’artiste : celle des formes, des couleurs, des lignes et de l’espace dans une composition très rigoureuse qui ne laisse rien au hasard.
Le japonais Toshio Bando, peintre de la première École de Paris, ainsi que l’artiste contemporain chinois Chhour Kaloon seront également représentés.

Ferdinand Loyen du Puigaudeau est un peintre post-impressionniste qui, comme beaucoup d’autres avant lui, s’est laissé charmé par les paysages bretons et a assisté aux prémices de l’École de Pont-Aven, formée deux ans après son premier passage dans la commune finistérienne. Il est surtout connu pour son travail exceptionnel sur la lumière et les ambiances nocturnes, que l’on retrouve aussi bien dans ses paysages que dans ses scènes populaires de bourgs.
Cette vue crépusculaire de 1928 a été capturée à La Brière, un marais situé au nord de l'estuaire de la Loire sur l'océan Atlantique, et fait partie des dernières œuvres de l’artiste, mort en 1930 au Croisic.
Artiste militant qui considérait la peinture comme une arme, Bernard Lorjou a fondé dans les années 1940, avec le critique Jean Bouret, le mouvement anti-abstrait « L’Homme témoin de son temps ». Souvent considéré comme un expressionniste tardif, Lorjou s’est démarqué par un style figuratif onirique et préférait peindre les événements tragiques de son époque, mettant sa technique au service du message pour questionner et marquer les esprits. Il ponctuera la vente avec une nature morte intitulée Compotier et bouquet en provenance de la Galerie Pams, à Antibes.

Du côté des lithographies et des œuvres sur papier, on retrouve des artistes tels que Bernard Buffet avec l’album Jeux de Dames, Foujita avec l’un des 170 exemplaires de La Mésangère, ou Pablo Picasso avec un ouvrage regroupant les thèmes qui lui étaient les plus chers : Le Carmen des Carmen, Prosper Mérimée, Louis Aragon. L'ouvrage de 1964 comprend une lithographie en couleurs, une pointe sèche et trois aquatintes de l’artiste catalan. Le personnage de Carmen de Prosper Mérimée, une femme provocante et rebelle symbolisant la passion, a hanté l’œuvre de Picasso et l’a embarqué dans une véritable quête artistique sur le thème des amours tragiques.
Le design succédera à l’art avec, entre autres, deux incroyables palmiers de l’enseigne de décoration d’intérieur parisienne Jansen.

La Maison Jansen, ce sont des tables basses en verre acoquinées avec des cabinets en laque noire surlignés de dorures, des luminaires en métal tourmenté éclairant des fauteuils luxuriants mais audacieux dans les formes. C’est un univers doté d'un éclectisme chic que l’on s’arrache, des Rockefeller aux Kennedy.
Fondée en 1880 par Jean-Henri Jansen, l’enseigne s’est imposée avec une sorte d’opulence en version élégante, mêlant à l'ameublement traditionnel de nouvelles tendances inspirées du style anglo-japonais, du mouvement Arts & Crafts et du style turc. Les deux palmiers du catalogue, en feuilles de laiton ciselées et soudées dans une base en bois laqué noir, sont de tailles différentes et seront présentés séparément.

« Dans mon esprit, il fallait qu’une chaise soit légère. Une chaise casse toujours à la jointure arrière entre les pieds et l’assise. C’est la raison pour laquelle tous mes meubles ont des formes d’égale résistance. » La chaise est un meuble qui a particulièrement intéressé le designer Jean Prouvé. Ses nombreuses recherches ont donné naissance à des modèles alliant stabilité et solidité, mais avec une certaine économie de moyens.
Très similaire à sa chaise démontable standard, la chaise Tout bois est la seule chaise de Prouvé entièrement constituée en bois, le matériau ayant été substitué à la base en métal pendant la Seconde Guerre mondiale. Trois chaises Tout Bois datées aux environs de 1942 seront à saisir.
La vente se déroulera le 8 décembre et marquera l’une des dernières de l’année pour la maison Rossini. À ne pas manquer.
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