L’œuvre la plus précieuse disparue à bord du Titanic 

Voici l'histoire de « La Circassienne au bain », une huile sur toile du début du XIXe siècle réalisée par le maître de salon français Merry-Joseph Blondel, qui a sombré à bord du Titanic en 1912.

L’œuvre la plus précieuse disparue à bord du Titanic 

Plus de 100 ans après son tragique naufrage, le Titanic continue de fasciner les foules. Parti en mer pour sa première traversée en 1912, le Titanic était alors le plus gros paquebot jamais lancé sur les flots. Sur les 1 300 passagers, environ 319, mêlant aristocrates européens et millionnaires américains, avaient embarqué en première classe, emportant avec eux une multitude de trésors, d’œuvres d'art, et même d’automobiles. C’est Mauritz Håkan Björnström-Steffansson, un Suédois âgé de 29 ans et héritier d’un industriel du bois fortuné, qui avait apporté le bien le plus cher connu à bord du navire : le chef-d'œuvre La Circassienne au Bain, réalisé par le peintre néoclassique français Merry-Joseph Blondel.

L'artiste Merry-Joseph Blondel est né à Paris en 1871. À l'âge de seulement 22 ans, il soumet Énée sauvant son père de Troie au Salon de la peinture du Louvre, une huile sur toile qui lui vaudra le prestigieux Prix de Rome, lui permettant d’aller étudier à la Villa Medici, à Rome.

Merry-Joseph Blondel, Énée sauvant son père de Troie, 1803, huile sur toile, image © Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts
Merry-Joseph Blondel, Énée sauvant son père de Troie, 1803, huile sur toile, image © Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts

Blondel séjourne à Rome pendant trois ans et à son retour à Paris, propose La Circassienne au bain au salon du musée parisien de 1814. La peinture à l'huile représente une femme circassienne dénudée en taille réelle et idéalisée, sur le point d’entrer dans un bain. L’arrière-plan laisse entrevoir une végétation dense qui semble s’étendre sur plusieurs kilomètres. Bien que la critique ait été mitigée à l’époque, l’œuvre a été reçue de manière plutôt positive par le public.

La Circassienne au bain a également été reproduite dans l'Almanach des Dames de l’An 1823, accompagnée d’un court texte explicatif qui, après avoir débuté sur un ton légèrement critique, se termine comme tel : « Nous devons dire que la solitude du lieu, la simplicité de la composition, la correction du dessin, et l’air de modestie de la jeune Circassienne, donnent à ce tableau un caractère d’originalité fort remarquable ; et que, sous le rapport de l’exécution et du coloris, il ne mérite pas moins d’éloges ».

La Circassienne au bain, gravure nº2, Almanach des Dames de l’An 1823, page 8, image via Wiki Commons
La Circassienne au bain, gravure nº2, Almanach des Dames de l’An 1823, page 8, image via Wiki Commons

De nombreux commanditaires ont fait appel aux services de Blondel, qui a par ailleurs participé à la décoration de Versailles, du Louvre et de Fontainebleau. Inscrite dans le style néoclassique, son œuvre comporte des portraits de membres de la cour, ainsi que de grandes scènes historiques et mythologiques où l’accent est mis sur le traitement du détail, de la couleur, sur une composition dynamique et une anatomie humaine idéalisée. Blondel s'était lié d'amitié avec Jean Auguste Dominique Ingres à la Villa Medici et, en 1824, le roi Charles X lui a décerné la Légion d'honneur. Le peintre a enseigné à l'École des Beaux-Arts pendant près de 30 ans, jusqu'à sa mort en 1853.

Merry-Joseph Blondel, La chute d'Icare sur le plafond du Louvre, 1819, image © Musée du Louvre
Merry-Joseph Blondel, La chute d'Icare sur le plafond du Louvre, 1819, image © Musée du Louvre

 La provenance de la toile, avant Björnström-Steffansson, est inconnue. Le jeune suédois voyageait afin de poursuivre ses études d’ingénierie chimique à Washington, DC, bien que la presse l’ait présenté comme attaché militaire auprès des États-Unis après le naufrage. 

Sur le Titanic, Björnström-Steffansson s’était lié d'amitié avec Hugh Woolner. Les deux hommes se trouvaient dans le fumoir de la première classe lorsque le navire a heurté l’iceberg. Après avoir aidé d'autres personnes à monter dans les canots de sauvetage, et alors que le navire était sur le point de sombrer définitivement, les deux hommes ont embarqué dans le dernier canot de sauvetage, le pliable D, avant d'être secourus par le RMS Carpathia, qui a conduit les survivants à New-York.

Le bateau de sauvetage dans lequel Björnström-Steffansson s'est réfugié lors du naufrage, avant d’être sauvé par le RMS Carpathia, image via Wiki Commons
Le bateau de sauvetage dans lequel Björnström-Steffansson s'est réfugié lors du naufrage, avant d’être sauvé par le RMS Carpathia, image via Wiki Commons

La White Star Line a dû faire face à une pluie de réclamations de la part des rescapés, qui exigeaient une compensation financière pour la perte de leurs proches et de leurs biens. Björnström-Steffansson a demandé 100 000 dollars (plus de 2,5 millions de dollars aujourd'hui) pour la disparition de sa peinture, la réclamation la plus élevée parmi les 6 millions de dollars demandés (environ 150 millions de dollars aujourd'hui). Toutefois, la White Star Line n’ayant déboursé qu’un total de 664 000 dollars (environ 17 millions de dollars aujourd’hui), il est peu probable que Björnström-Steffansson ait reçu le montant escompté.

Fidèle réplique de La Circassienes au Bain de John Parker, d'après la peinture à l'huile originale de 1814 par Merry-Joseph Blondel, image © Wiki Commons
Fidèle réplique de La Circassienes au Bain de John Parker, d'après la peinture à l'huile originale de 1814 par Merry-Joseph Blondel, image © Wiki Commons

L'intérêt pour l’œuvre perdure depuis plus d’un siècle, en raison de sa destruction prématurée à bord du célèbre paquebot et de la compensation record demandée par son propriétaire. En 2013, un artiste britannique connu sous le pseudonyme « John Parker » a réalisé, après des recherches approfondies, une copie de l'œuvre. La fidèle reproduction a été mise aux enchères en 2016 par Plymouth Auction Rooms en Angleterre pour environ 3 500 dollars.

Bien que l’œuvre de Blondel ait été considérée comme le chef-d’œuvre le plus précieux à bord, d’autres objets remarquables ont péri dans la catastrophe, comme, entre autres, un portrait du nationaliste italien Giuseppe Garibaldi et une édition originale du Rubaiyat, un recueil de poèmes persan datant du XIe siècle.

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