La maison PIASA aura le plaisir de présenter, dans le cadre d’une vacation de joaillerie et d’horlogerie de premier ordre, une pendule mystérieuse signée par la griffe Cartier à l’apogée de la période Art déco.
Tout commence en 1912, alors que l’horloger Maurice Couët, âgé de 28 ans, décide de suivre le célèbre illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin et met au point l’objet qui deviendra l’un des emblèmes de la maison Cartier : la pendule mystérieuse. Cet objet, dont la mécanique a laissé le public et le monde de l’horlogerie stupéfaits, est composé d’un disque transparent à bord dentelé actionné par un système caché dans l’encadrement, donnant ainsi l’impression que les aiguilles fixées au disque flottent et ne sont connectées à aucun mouvement (qui est caché dans le socle). Un vrai miracle de l’horlogerie !

On compte environ 90 pendules mystérieuses fabriquées avant les années 1930, avant que la production ne soit interrompue pendant la guerre, pour reprendre plus généreusement dans les années 1970. Au sein de l’enseigne Cartier, on considère que la plupart des dessins de ces pendules était réalisée par Charles Jacqueau et George Remy. Charles Jacqueau, dessinateur en joaillerie parisien, a commencé sa carrière chez la prestigieuse maison en 1909 (il a été employé directement par Louis Cartier), pour devenir Directeur de la Création de 1911 à 1935.
La pendule présentée ici, réalisée aux alentours de 1930, porte les marques stylistiques de l’esthétique art déco, soient des forme géométriques, des motifs sobres et des matériaux lourds et élégants, comme l’or ou le marbre. De par ses aiguilles, la pendule fait clairement référence à « la 7e merveille du monde moderne », l’Empire State Building de New York, puisqu’elles en empruntent la silhouette.

Le socle se compose principalement de rhodonite (du grec « rhodon » pour sa couleur rose), une espèce minérale parcourue de veines noires d’oxyde de manganèse, qui contraste magnifiquement avec les parties en onyx et donne à la pendule un aspect architectural. L’utilisation de la rhodonite est rare chez Cartier, et cette pendule est d’ailleurs le seul exemplaire connu qui en est constitué.
Dotée d’un axe unique et d’un mouvement à huit jours classique, elle porte le poinçon de Maurice Couët, qui a développé plusieurs versions de la pendule mystérieuse pour Cartier dans les années 1920, après la mise au point de la toute première en 1912, le Modèle A. Pour ses pendules, le maître a puisé son inspiration dans différentes cultures, allant jusqu’à développer douze versions aux aspirations chinoises et six reprenant la structure dite « Portique ».

À l’instar de la merveille Art déco présentée ici, chaque pendule mystérieuse nécessitait plusieurs mois de travail minutieux (jusqu’à 12 mois), avant d'être somptueusement décorée par un bijoutier. L’intervention de six ou sept spécialistes des ateliers parisiens de Cartier (orfèvre, émailleur, lapidaire, sertisseur, graveur et polisseur) était requise, portant la pendule mystérieuse au rang des objets d’arts décoratifs les plus onéreux jamais produits par la maison.
Avec une estimation haute surpassant le demi-million, ce joyau de l’horlogerie sera l’incontestable lot phare de la vacation de PIASA, qui se tiendra le 19 mai prochain. Elle provient de la collection particulière du commissaire priseur Maurice Rheims et apparaît sur le marché pour la première fois depuis sa sortie des ateliers Cartier dans les années 1930.

Outre la pendule mystérieuse, PIASA dispersera une belle sélection de bijoux et de montres, dont une autre création attribuée à l’enseigne à la panthère, un bracelet Charms sur le thème de Charlie Chaplin. Le bijou soutient six charms en or jaune émaillé, dont un représentant Chaplin et un représentant Jackie Cogan. Chaque charm est double face, laissant ainsi voir la face et le dos de chaque personnage.

Un bracelet à breloques viendra ponctuer la session, mais cette fois, c’est l’enseigne Lacloche Frères qui est à l’honneur. Fondée à Paris en 1892 par Jules et Léopold Lacloche, l’entreprise a assis sa réputation avec des créations innovantes comme les bracelets « petit point », mais aussi des accessoires en or sur le thème des animaux (créés en collaboration avec Julien Duval et Paul Frey), ou encore de somptueux bijoux Art déco de style Chinoiserie et renaissance égyptienne.
Le bracelet présenté ici, réalisé vers 1920, retient six breloques sur le thème de l’amour et se constitue de six maillons articulés sertis de diamants taille ancienne et rubis.

Il convient de noter deux importants bijoux de créateurs, l’un signé René Boivin et l’autre Lydia Courteille. Deux créateurs que plusieurs décennies séparent, mais que leur esprit aventureux et provocateur rapproche. René Boivin est un emblème de l’orfèvrerie française, dont l’atelier a connu différentes vagues d’inspiration, produisant des collections allant du monde marin au monde végétal, en passant par un bestiaire varié, mais toujours dans des formes et des matériaux originaux. La maison Boivin a mis à l'honneur, avant l'heure, les pierres fines (citrines, péridots, améthystes) et les bijoux polychromes. Le présent bracelet a été réalisé d’après un dessin de Juliette Moutard, orfèvre employée par Jeanne Boivin à la mort de son mari, qui a donné un nouveau souffle aux conceptions de la maison, et date de 1933-1935.

Lydia Courteille, qui a déclaré que « l’art n’existe pas sans provocation », est une joaillière et gemmologiste dont les créations ont paré les plus grandes stars. Son enseigne, située rue Saint Honoré, se présente comme un cabinet de curiosités et attire les collectionneurs les plus avisés. La créatrice sera représentée avec une importante bague en platine entièrement pavée de diamants taille rose sertie d'une tanzanite de forme coussin entre deux tanzanites triangulaires.

Enfin, parmi les accessoires, on retrouve un étui à cigarettes en or de deux tons signé Arnold Ostertag. Conçu à Paris aux environs de 1935-1940, l’étui comporte monogramme « J.S » et un poussoir serti de saphirs calibrés.
La vente, qui comprend près de 120 lots, se déroulera le 19 mai prochain à 18h chez PIASA.



