Une étude de Jacques-Louis David multiplie son prix par 200

Au salon de 1810, Jacques-Louis David a dévoilé La distribution des aigles, une commission napoléonienne historique suspendue à Versailles. L’étude de l’œuvre, autrefois attribuée à l’entourage de David, vient d’être authentifiée comme étant de la main du maître, et se dirige en salle des ventes avec une estimation gonflée.

Une étude de Jacques-Louis David multiplie son prix par 200

L'œuvre la plus emblématique du maître de salon français Jacques-Louis David est sans aucun doute Le Sacre de Napoléon, une œuvre monumentale de 13 mètres de large suspendue au Louvre (une seconde version est à Versailles), témoin du pouvoir de Napoléon Ier.

Le Sacre de Napoléon, Jacques-Louis David. 1805-1807, huile sur toile, image via Wiki Commons
Le Sacre de Napoléon, Jacques-Louis David. 1805-1807, huile sur toile, image via Wiki Commons

Cependant, ce que beaucoup ignorent, c'est que la scène du sacre faisait partie d'une commission de quatre peintures grand format, qui devaient représenter différents aspects de l'accession au pouvoir de Napoléon, à compter de son couronnement en 1804. Parmi les quatre œuvres commissionnées à l’origine, seulement deux ont été achevées par l’artiste, alors nommé peintre de l’Empire. La seconde œuvre terminée, La Distribution des Aigles (1805-1810), illustre l’empereur remettant le nouveau drapeau portant le symbole de l’Empire aux chefs de ses armées, lesquels sont élevés en l’air avec enthousiasme par ses fidèles régiments. La cérémonie tenue au Champs de Mars en 1804, après son couronnement, a donc inspiré l’immense toile qui est exposée dans la Salle du Sacre de Versailles depuis 1837, faisant face à la seconde version du Couronnement (ou Sacre).  

La Distribution des Aigles dans la Salle du Sacre à Versailles, image via Flickr
La Distribution des Aigles dans la Salle du Sacre à Versailles, image via Flickr

On connaît aujourd’hui, et depuis peu, deux études préparatoires de La Distribution des Aigles : un dessin à l’encre actuellement conservé au Louvre, et une huile sur papier marouflée qui, autrefois attribuée à l’entourage du maître, passera sous le marteau de Christie’s à New-York le 1er mai, toute paternité rendue à David. 

Jacques-Louis David, La distribution des Aigles, vers 1810, huile sur papier marouflée, image © Christie’s
Jacques-Louis David, La distribution des Aigles, vers 1810, huile sur papier marouflée, image © Christie’s

Les divergences qui peuvent être constatées entre les études et l’œuvre finale seraient dues à l’empereur lui-même, qui aurait demandé la modification de certains détails. Dans le dessin du Louvre par exemple, David avait illustré l’Allégorie de la Victoire, une figure ailée éparpillant des feuilles de laurier au-dessus des régiments, mais l’élément, jugé trop irréaliste par Napoléon, a été supprimé et ne figure ni sur la seconde étude, ni sur la peinture finale. 

Jacques-Louis David, étude pour la Distribution des Aigles, 1808, encre noire, lavis gris et rehauts de blanc, image © Musée du Louvre via Web Gallery of Art
Jacques-Louis David, étude pour la Distribution des Aigles, 1808, encre noire, lavis gris et rehauts de blanc, image © Musée du Louvre via Web Gallery of Art

 Sur le dessin, on remarque également que l'impératrice Joséphine est assise derrière son époux, en compagnie de son entourage. Cependant, à ce moment-là, Napoléon s'apprêtait à divorcer de Joséphine, qui ne lui avait pas donné d’héritier. Divorcé en janvier 1809, Napoléon s’est remarié trois mois plus tard avec Marie-Louise d’Autriche, obligeant David à retirer Joséphine du tableau (et par conséquent, de la seconde étude de 1810). Le tour de magie a été rendu possible en allongeant considérablement la jambe d’Eugène de Beauharnais, le commandant militaire qui se tenait derrière Napoléon.

Jacques-Louis David, La Distribution des Aigles, 1810, huile sur toile, image © WikiCommons
Jacques-Louis David, La Distribution des Aigles, 1810, huile sur toile, image © WikiCommons

Présentée en novembre 1810 au Salon, l’œuvre est considérée trop grande et trop difficile à accrocher au Palais des Tuileries, et fut renvoyée dans l'atelier de David. Le paiement des deux peintures a soulevé des tensions entre le gouvernement et le peintre, qui avait reçu 114 000 francs au total, alors qu’il en demandait 100 000 pour chaque œuvre. Les deux derniers tableaux ne furent donc jamais achevés. David avait néanmoins commencé une étude pour le troisième, Arrivée de Napoléon Ier à l'Hôtel de Ville, qui est aujourd’hui au Louvre. L’œuvre finale, L'Intronisation, ne bénéficie d’aucun croquis ou étude. En 1814, Napoléon est exilé à l'île d'Elbe, alors que la famille Bourbon reprend le trône. David a été gracié par le roi, et s'est même vu nommé peintre de la cour, avant de s’exiler lui-même en Belgique.

Jacques-Louis David, Arrivée de Napoléon Ier à l'Hôtel de Ville, 1805, dessin à la plume sur papier., image © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Jacques-Louis David, Arrivée de Napoléon Ier à l'Hôtel de Ville, 1805, dessin à la plume sur papier., image © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

L’esquisse qui sera présentée par Christie’s n'a été rendue publique qu'en 2017, après avoir été conservée dans une collection privée. Elle a été vendue à Paris en mars de la même année pour seulement 7 800 euros, créditée à « l’École française du XIXe siècle », et aux suiveurs de David.

Depuis, la petite huile a été authentifiée comme étant la main de David, et sera présentée dans la prochaine exposition de dessins consacrée à l'artiste au Met, en 2021. L’étude sera mise en vente chez Christie's le 1er mai, avec une estimation comprise entre 1,5 et 2,5 millions de dollars, soit son dernier prix d’adjudication multiplié par 200.

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