L’œuvre a été présentée chez Sotheby’s lors de la vente du soir d’Art impressionniste et moderne du 12 novembre, qui s’est soldée avec total de 209 millions de dollars et 84 % de lots vendus. Parmi les chefs-d’œuvre de Monet, Caillebotte, Signac ou encore Giacometti, un portrait exécuté en 1927 par la peintre la plus emblématique des Années Folles, Tamara de Lempicka, a établi le nouveau record mondial de l’artiste en s’envolant pour 12,1 millions d’euros (13,3 millions de dollars). Le précédent record remontait à novembre 2018, lorsque La Musicienne (1929), une allégorie de la musique pour laquelle son amie Ira Perrot avait posé, avait atteint 8,02 millions d’euros (9,1 millions de dollars).
« La vente de ce soir a reflété la profondeur et la force du marché de l'art impressionniste et moderne à tous les niveaux. Nous avons été témoins […] d’une compétition pour le portrait sensuel de Tamara de Lempicka, La Tunique Rose, qui a réalisé un nouveau record de vente pour l'artiste. Il est clair que ce marché connaît une croissance continue et recèle encore des opportunités », a déclaré Julian Dawes, directeur du département de l’Art impressionniste et moderne chez Sotheby’s New York.

Peu influencée par les représentations féminines de la peinture classique, Lempicka maîtrisait l’art de peindre les femmes de manière sexualisée tout en laissant transparaître leur personnalité et leur force de caractère. La Tunique rose en est un merveilleux exemple, et reste l’un des rares portraits de Lempicka où le corps du modèle est presque représenté dans son intégralité. La composition de l’œuvre trouve son équilibre dans un jeu de lignes et de courbes, la silhouette du sujet est soulignée par un clair-obscur dramatique, tandis que la couleur de la tunique et des lèvres contraste avec le rendu sensuel de la peau. L’appréciation de l’artiste pour le corps féminin et son pouvoir de séduction rappelle également les nus « scandaleux » de Modgliani, où les femmes s’affichent en pleine possession de leur sexualité et regardent le spectateur avec assurance.
Le modèle de La tunique rose n’est autre que Rafaëla, l’une des muses et amantes les plus célèbres de l’artiste. Lempicka se souvient de leur première rencontre dans le bois de Boulogne : « Soudain, je remarque qu'une femme marche à quelques mètres devant moi. Tous les gens venant de la direction opposée s’arrêtent pour la regarder. Ils tournent la tête lorsqu’elle les croise. Je suis curieuse. Qu'est-ce qu’elle a de si extraordinaire ? Je décide de marcher à vive allure pour la dépasser, je me retourne et remonte le chemin dans la direction opposée, et je comprends pourquoi tout le monde s'arrête. C'est la plus belle femme que j’ai jamais vue – de grands yeux noirs, une bouche sensuelle, un joli corps. Je l’interpelle et lui dis : « Mademoiselle, je suis peintre et je voudrais que vous posiez pour moi. Feriez-vous cela ? » Elle me répond : « Oui. Pourquoi pas ? » ».

Rafaëla occupe une place prépondérante dans l’œuvre de l’artiste, on la retrouve dans de nombreux portraits, cet notamment Le rêve (Rafëla sur fond vert), qui a détenu le record de Lempicka pendant sept ans, de 2011 jusqu’à l’adjudication de La musicienne. Dans sa monographie sur l'artiste, Patrick Bade décrit les représentations de Rafaëla comme « les œuvres les plus chargée d’érotisme, dans lesquelles le désir de l'artiste pour le corps tout en courbes du modèle est palpable. »
La vente du soir comprenait également l’œuvre Charing Cross Bridge de Monet, vendue pour 25 millions d’euros, un tableau de Gustave Caillebotte adjugé pour 17,8 millions d’euros, un paysage de Signac qui a réalisé 14,7 millions d’euros, et enfin un buste de Giacometti que sept enchérisseurs se sont disputé jusqu’à 12,9 millions d’euros. À ce jour, le total des ventes mondiales de Sotheby’s dans la catégorie de l’Art Impressionniste et Moderne s’élève à 900 millions de dollars (817 millions d’euros) pour 2019.
