L’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo proposera prochainement une vente allant de la peinture à la sculpture, en passant par le mobilier et les objets d’art tournés vers l’Empire. On trouvera également des tableaux anciens et du XIXe siècle, qui précèderont une dernière partie civilisation, consacrée aux arts extra-européens.

Incontestable chef-d’œuvre de cette vente, cette Tête de Calliope d’Antonio Canova est une splendide représentation du néo-classicisme. S’inspirant de la statuaire antique, l’œuvre montre merveilleusement l’élégance digne et épurée de ce retour au passé, influencé par la sculpture gréco-romaine et délaissant le baroque et le rococo.
Souvent décrit comme le plus grand artiste de son époque, Antonio Canova demeure l’un des sculpteurs les plus doués de l'histoire de l'art. D’origine italienne, son génie et sa maîtrise incontestés lui ont permis de collectionner les mécènes internationaux et d'acquérir une renommée dans toute l’Europe de son vivant. Parmi ces illustres admirateurs, Napoléon Ier, qui a fait appel au sculpteur vers 1810-1814 pour représenter son entourage. Justement, ce serait sous les traits d’une femme proche de l’Empereur que Canova aurait choisi de sculpter cette tête de Calliope, qui était l’une des neufs Muses.

Fille de Zeus et de Mnémosyne, devenue Muse de la Poésie épique, Calliope était souvent représentée sous les traits d’une jeune fille d'une grande beauté, et constituait un sujet de prédilection pour les artistes néo-classiques. Ici, ce sujet antique emprunterait les traits de l’impératrice Marie-Louise d’Habsbourg, seconde épouse de Napoléon et mère de son seul enfant légitime. Canova la représente admirablement, entre idéal antique et portrait réaliste : notons surtout les boucles naturalistes, souples et élastiques, sculptées avec virtuosité dans le marbre, et nous donnant une trompeuse illusion de légèreté.
À cette prestigieuse identité du sujet s’ajoute également une provenance historique célèbre. De fait, la sculpture provient de la collection du baron Gaspard Gourgaud, un général fidèle à Napoléon présent à ses côtés dans les victoires comme dans les défaites, l’accompagnant jusque dans son exil à Sainte-Hélène. Après la mort de Bonaparte en 1821, Gourgaud lui reste indéfectiblement loyal et collectionne les œuvres d’art et memorabilia liés à l’Empereur. Il a ainsi constitué l’une des collections les plus importantes lui étant consacrées, transmise de génération en génération jusqu’au début du XXIe siècle.

Enfin, la notice du catalogue, merveilleusement fournie et détaillée, est également agrémentée d’une longue bibliographie qui atteste de la solide notoriété de cette sculpture, estimée entre 2 500 000 et 3 500 000 euros.
Poursuivons dans l’Empire avec ce siège d’époque, estampillé Pierre Gaston Brion. Sculpteur et menuisier célèbre, son talent l'a poussé à travailler pour le Garde-Meuble Impérial, puis Royal. Avec ses guirlandes de lauriers et entrelacs de feuillages et de fleurs, ses accotoirs supportés par des sphinges, ainsi que ses pieds antérieurs fuselés, ce siège représente parfaitement l’époque et le style Empire.

On retrouvera également un imposant bronze formidablement exécuté et inscrit de plusieurs devises latines autour du thème de l’amour. Parmi les trois panneaux centraux qui composent l'objet se dégage la scène principale, qui figure un homme à cheval et une Vénus entourée de suivantes et de putti. Cette représentation s’inspire de la Renaissance italienne et des redécouvertes de fresques romaines à Pompéi à la fin du XIXe siècle.

Du côté des tableaux anciens, notons la présence d’une nature morte de Jacob Foppens van Es, peintre flamand du XVIIe siècle qui s’était spécialisé dans ce sujet. Représentant ici une corbeille de raisins entourée de fruits et de pain sur une table d’un rouge riche et intense, le peintre fait un usage remarquable de la lumière, utilisant des ombres dramatiques pour rehausser minutieusement chaque élément.

Enfin, arrêtons-nous un instant sur cette sculpture Senoufo, provenant de Côte d’Ivoire. À l'origine utilisée pour marquer le rythme lors de cérémonies rituelles, elle a conservé sa patine d’usage. Malgré les destructions des objets de culte liées au changement de croyance au début du XXe siècle, la sculpture nous est parvenue intacte, conservant le corps fin et élancé du sujet, tout en courbes et en symétrie.

Les enchères auront lieu le 9 juillet 2021 à 14h, à l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo, et seront précédées d’une exposition publique du 5 au 9 juillet. D’ici-là, et pour ceux qui peut-être n’auront pas l’opportunité de s’y déplacer, le catalogue de la vente est d’ores et déjà disponible sur le site internet de la maison de ventes.
