Un chef-d’œuvre découvert d’Alphonse Mucha est en vente

« La Nature », un buste de femme réalisé vers 1889-1900 par Alphonse Mucha, sera présenté à la vente pour la première fois à Paris. L’œuvre découverte compte maintenant parmi les trois exemplaires connus encore en mains privées. 

Un chef-d’œuvre découvert d’Alphonse Mucha est en vente

On ne connaissait que six versions de La Nature dans le monde. Ce buste, qui sera présenté chez Sotheby’s à Paris le 28 mai prochain, a été conservé dans une collection privée et porte désormais à sept le nombre d’exemplaires référencés. 

Toutes les versions reprennent le sujet de l’allégorie de la nature, et ont été exécutées en fonte au sable par le fondeur Emile Pinedo (elles emportant d’ailleurs la signature). Les sept œuvres présentent de légères variations, notamment sur le diadème et le bijou qui les coiffent, ainsi que dans le traitement de la patine. 

La Nature a été exposée pour la première fois à l’Exposition Universelle de 1900, mais sera négligée par la critique. La deuxième apparition publique de l’œuvre remonte à 1902, à l’Esposizione Internazionale d’Arte Decorativa Moderna à Turin.

Alphonse Mucha, La Nature, sculpture en bronze, image © Sotheby'sAlphonse Mucha, La Nature, sculpture en bronze, image © Sotheby's

Installé à Paris en 1887, Alphonse Mucha voit sa carrière décoller suite à un concours de circonstances, le 24 décembre 1894, alors qu’il corrige des épreuves chez l’imprimeur Mercier pour rendre service à l’un de ses amis. Sarah Bernhardt fait appel à l’imprimeur pour la création de l’affiche de sa nouvelle pièce, Gismonda, tenue au Théâtre de la Renaissance. Mucha réalise pour Sarah, et en cinq jours seulement, l’affiche qui définira son vocabulaire plastique et son style, irrémédiablement tirés du mouvement de l’Art Nouveau. Les couleurs pastel et le halo divinisant l’héroïne seront des éléments récurrents à travers son œuvre.  

Dès lors, Mucha commence à travailler pour « la Divine Sarah », et assure la production des affiches, des décors de théâtre, des costumes et des bijoux en collaboration avec Georges Fouquet, le joaillier installé rue Royale, dont Mucha signera le décor entier en 1901. 

Affiche de « Gismonda » par Alphonse Mucha (détail), 1894, image via Pinterest
Affiche de « Gismonda » par Alphonse Mucha (détail), 1894, image via Pinterest

Alphonse Mucha se tourne vers la sculpture entre 1899 et 1903, encouragé par le grand Auguste Rodin. Son œuvre sculpturale, très limitée, est axée sur les statues et bustes de femmes idéalisées, similaires aux illustrations qui ont assis sa réputation. 

Le calendrier de la revue La Plume, réalisé en 1896 pour l’imprimeur Champenois, semble être le point de départ de l’œuvre La Nature : son héroïne présente une chevelure abondante qui se déploie en un flot de courbes gracieuses, et entourent son visage à la beauté classique. En 1899, Mucha réinterprète le profil de la jeune femme du calendrier, dans un buste qui deviendra son archétype absolu de la féminité. Quelques hypothèses, selon lesquelles un portrait de Sarah Bernhardt aurait inspiré l’œuvre, ont également fait surface dans les extraits de littérature. 

« S’il est toujours passionnant de travailler sur des œuvres majeures des plus grands créateurs du XXe siècle, il est en particulièrement émouvant de pouvoir dévoiler au public une œuvre inédite, d’autant plus quand il s’agit d’une icône absolue de l’Art Nouveau », a déclaré Elie Massaoutis, spécialiste en design chez Sotheby’s.

La bijouterie Fouquet réalisée en 1901 par Alphonse Mucha dans un style Art nouveau, image via France Inter 
La bijouterie Fouquet réalisée en 1901 par Alphonse Mucha dans un style Art nouveau, image via France Inter

Les différentes versions de La Nature ont ressurgi dans plusieurs pays d’Europe à partir des années 1960. On ne connaissait à l’époque que celle réalisée pour le décor de la boutique parisienne de Fouquet, en 1901 (aujourd’hui conservée au Musée Carnavalet). Les autres ont refait surface en 1965, 1971, 1972, 1988, et en décembre 2002 chez Sotheby’s New-York, où le record du monde de l’artiste a été établi, avec une adjudication de 807 000 dollars. 

Voir une telle œuvre apparaître sur le marché, presque 20 ans après la dernière vente de l’une des versions, représente un évènement pour le marché de l’art. La Nature sera présentée le 28 mai prochain avec une estimation entre 450 000 et 550 000 euros. 

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