Sotheby's dispersera, lors d’une vente de tableaux de Maîtres prévue le 29 janvier 2020, une partie de la collection de l'investisseur brésilien d'origine syro-suisse Jacqui Eli Safra, comprenant une scène suggestive du peintre baroque néerlandais Jan Lievens.

Jan Lievens est né à Leyde en 1607. Il part pour un apprentissage de deux ans chez le peintre Joris van Schooten à l’âge de 8 ans, avant de terminer sa formation sous l’enseignement de Pieter Lastman à Amsterdam. Son œuvre est liée à celle de Rembrandt van Rijn, un jeune artiste originaire de Leyde d’un an son ainé, lui aussi élève de Lastman. De retour dans leur ville natale après leur formation (Lievens rentre en 1621 à 14 ans alors que Rembrandt rentre au bout de 6 mois, en 1625), les deux étudiants collaborent étroitement, bien qu’il n’existe aucune preuve que les deux artistes aient un jour partagé un atelier. Les deux compères se sont servis de modèle à plusieurs reprises, et à cette période, leur travail témoigne d’une influence réciproque très positive. Il est donc probable que le jeune homme du tableau de Lievens, réalisé vers 1626-1627, ne soit autre que Rembrandt âgé d’une vingtaine d’années.
Les scènes de genre aux personnages sexuellement libérés étaient populaires aux Pays-Bas durant le siècle d’or. Néanmoins, lorsque le tableau à été découvert pour la première fois en 1998, son apparence avait considérablement changé depuis sa création : le tableau avait été agrandi en haut et à droite, et les seins nus de la femme complètement recouverts d’un voile.

Jan Lievens avait dépeint le couple enlacé de manière légèrement différente (et sans prendre Rembrandt pour modèle) quelques années auparavant, dans l’œuvre Allégorie des cinq sens, où les deux personnages en question symbolisent le toucher. Tout comme le présent tableau, l'Allégorie des cinq sens démontre une technique picturale impressionnante, surtout si l'on considère que Jan Lievens n'avait que 15 ans au moment de sa création.
Au fil du temps, la relation entre Jan Lievens et Rembrandt est devenue concurrentielle. Selon plusieurs spécialistes, Rembrandt a emprunté très tôt matière artistique à Lievens, et aurait antidaté quelques-unes de ses œuvres, donnant l’impression que les toiles de Lievens avaient été inspirées par les siennes plutôt que l’inverse. Les deux artistes se sont installés à Amsterdam, travaillant indépendamment dans leur atelier respectif, en tant que membres de la Guilde de Saint-Luc. Si les deux maîtres ont connu le succès de leur vivant (Lievens a travaillé temporairement en Angleterre, à Berlin et à La Haye), ils ont tous deux fait faillite à la fin de leur vie. Lievens a même laissé des dettes si importantes à ses enfants que ces derniers ont refusé d'hériter à sa mort, en 1674.

Avec un modèle aussi illustre et le regain d’intérêt pour les tableaux de maîtres aux enchères observé au cours de ces dernières années, il ne serait pas surprenant que Femme étreinte par un homme, modélisé par le jeune Rembrandt établisse un nouveau record pour Jan Lievens. Selon la base de données d’adjudications de Barnebys, la cote de Lievens s’élève à 3 014 346 euros, un montant enregistré en 2007 chez Christie's pour une vanité montrant un vieil homme tenant un crâne. Le tableau qui sera présenté lors de la vente du soir du 20 janvier prochain est estimé entre 4,7 à 7 millions d'euros (4 à 6 millions de livres sterling).
À lire également : Le retour des maîtres.
