L’exposition actuelle du musée Van Gogh d'Amsterdam, intitulée Van Gogh et les tournesols, est axée sur l'une des peintures de tournesol réalisée par l’artiste à Arles en janvier 1889. Dans le cadre de l’exposition, la toile, pourtant conservée et exposée au musée depuis 1973, a fait l’objet d’une étude approfondie pour la première fois.

Ella Hendricks, professeure à l'Université d'Amsterdam, a examiné le tableau à l’aide de méthodes non-invasives, telles que la lumière ultraviolette et infrarouge, ainsi que des examens aux rayons X. Ces études montrent à quel point l’œuvre a changé au cours des 130 dernières années, et en particulier sa colorimétrie. Le jaune vif utilisé pour les fleurs, par exemple, s’est assombri avec le temps. Ceci est dû, d'une part, à la réaction du chromate de plomb contenu dans la peinture aux rayonnements du soleil, et d’autre part, à des restaurations mal exécutées en 1927 et 1961. Au cours de ces deux opérations, la surface de la toile a été vernie - une méthode totalement inhabituelle pour une peinture du XIXe siècle. À la fin des années 1990, c’est une couche de cire qui lui a été ajoutée ; qui pourrait être minutieusement retirée dans le cadre de l’étude. Le vernis de 1961, lui, ne peut être ôté sans causer de dommages irréparables à la couche de peinture originale.

Autre détail, que l'on soupçonnait mais qui n’avait jamais été confirmé, Vincent van Gogh a prolongé sa toile en y ajoutant un panneau de bois dans la partie supérieure, l’espace restant pour peindre étant probablement insuffisant. Et juste là, imprégnées dans la couleur sur la bande de bois, deux empreintes digitales ont pu être localisées. Bien que d’autres empreintes digitales aient été découvertes sur les bords de plusieurs de ses peintures, il semblerait que dans le cas présent, il s’agisse bien de celles de l’artiste.

La peinture au tournesol a été créée en janvier 1889 à Arles, où Vincent van Gogh a vécu pendant presque un an et s’est avéré extrêmement productif. Au cours de deux années passées à Paris chez son marchand d’art de frère, Théo, qui l’a soutenu financièrement pendant toute sa vie, van Gogh était souvent morose et colérique, bien qu’il se soit intégré brillamment dans la scène artistique parisienne. Il organisait de petites expositions, est devenu ami avec son collègue Émile Bernard, échangeait avec Paul Gauguin, Paul Signac, et Henri de Toulouse-Lautrec. Néanmoins, la vie urbaine devenait de plus en plus pénible pour cet esprit créatif avide de couleurs et de nature. En route pour une commission à Marseille, van Gogh fait escale à Arles, et y pose ses valises décisivement, fasciné par les « tons bleus et les couleurs vives » qui avaient tant manqué à sa peinture.

Une fois à Arles, Vincent van Gogh loue une grande maison jaune, avec pour intention de la mette à disposition de ses amis artistes. Néanmoins, seul Paul Gauguin répond à l’appel, et afin de l’accueillir chez lui, en octobre 1888, et de rendre ses pièces plus agréables, van Gogh peint une série de toiles sur le thème du tournesol, qu'il complète de trois œuvres supplémentaires en janvier 1889, dont la version actuellement exposée à Amsterdam.

Van Gogh s’était intéressé au motif du tournesol au cours de son séjour à Paris : il y avait réalisé quatre études, dont deux étaient entrées en possession de Gauguin.
Cette attention amicale s’est pourtant vite transformée en un sujet de discorde entre les deux peintres. Il est dit que la querelle aurait conduit à l’automutilation de van Gogh en janvier 1889, lorsqu’il se coupe l’oreille gauche, bien qu’il n’ait jamais été confirmé qu’il se soit infligé la blessure tout seul. Quoi qu'il en soit, Gauguin est rentré à Paris après cet incident.

Gauguin s’enfuit à Tahiti peu après, mais emporte avec lui une véritable passion pour les tournesols, il en fera planter sur l’île, et en acclimatera d’autres sur les îles marquises, dans son jardin, afin de les peindre encore et encore. Un hommage au « hollandais fou » ?
